vendredi 7 décembre 2018

The Eye of Time : Myth II : A Need to Survive


Marc Euvrie, quoique d'abord bourru, est un homme emo et fier de l'être ; il n'a honte ni des intitulés grandiloquents sur ses émotions, ni de ce qui musicalement lui en cause, de l'émotion, d'ailleurs le morceau de conclusion est nommé "Notre Amour est assez Puissant pour Détruire ce Putain de Monde" et quelque part cela résume pas mal le disque, dont il est question ici. Des références assumées - et imposantes - ne l'empêchent pas de s'élever  aussi haut que le ciel qu'il désire si douloureusement atteindre, aussi invinciblement que la façon dont The Eye of Time s'approprie et incarne sur ledit morceau le titre si exigeant à porter.
Alors sans doute l'album peut-il assez limpidement être vu comme se nichant pile entre Nothing Passes et un Third Eye Foundation : cela est certain ; aussi certain que s'y ajoute probablement un amour pour cette mouvance ambient moderne sensible que je connais de façon à peu près nulle.  Et les voix bulgares. Mondkopf collaborant avec The Body, si on veut. Bien. Et puis ? De toutes les manières l'innocence, et la pureté des émotions et désirs, sont pile le sujet ici - et question pureté, vous m'écouterez le final dont on parlait, vous me direz si cela ne fait pas mal, la pureté, et puis aussi si vous êtes capables de résister à la violence de la beauté d'un tel désir.
Et pourtant, qui n'y retournerait pas ? Car malgré son ambition, A Need to Survive est un disque qui s'avance sans prétention, et assurément pas celle d'être un de ces disques devant quoi nul n'est censé ignorer qu'il contemple (ou plutôt se fait contempler) un Disque Éprouvant ou Émotionnellement Exigeant, non : il s'avance avec des émotions brutes sensibles par tout un chacun, et par elles et la main vous prend, avec une douceur à la mesure de son envie immense, et de son empathie ahurissante. Et dès l'entame, il vous annonce la couleur, en une fanfare à l'enfantine candeur et la fragilité aigüe, et dans le déploiement de cette beauté aussi simple et délicate qu'elle est terrifiante son ambition d'aller décrocher le soleil, ce soleil hivernal douloureux, aussi lointain qu'un autre temps, pour le boire, et qu'il ne se contentera pas de moins, dût-il traverser la tragédie et l'épouvante - l'album est quand même principalement fait de post-rock et d'ambient, et n'évoque pourtant qu'un imaginaire apparenté à Sixth Comm, Haus Arafna, Le Tombeau des Lucioles, Akira, à l'apo-industriel le plus funèbre, et plus globalement l'extermination de masse et le chemin trébuchant de l'humain à travers ses foudres - dût-il se perdre entièrement dans la lumière blanche.
Il y a des choses qui, tout simplement, ne se refusent pas, des questions qui ne se posent pas, et A Need to Survive en fait partie.

Aucun commentaire: