jeudi 13 décembre 2018

The Mon : Doppelleben

Le goustou d'Ufomammut qui donne dans le parti du (presque) tout synthé : on est titillé par l'envie d'en manière de compliment spirituel saluer l'événement d'un "ça tombe bien : c'est ce qu'il y a de meilleur dans Ufomammut". Ce serait, davantage que malhonnête, faux, car oublier un peu à bon compte que leur sommet absolu, à savoir Idolum, détient ce statut, et plus largement celui de disque non-générique de la scène sacrodoom, avant tout grâce à son exécution hardcore, non au sens de hardcore-punk, mais de hardcore-stoner-doom.
Doppelleben, pourtant, tient effectivement d'une fascinante version synthétique d'Ufomammut (et donc au passage aussi une plus étale et ambient du succulent, carnivore et mouvementé dernier disque de Dark Buddha Rising), qui parvient à tisser le même genre d'étranges climats paranoïaques sci-fi doom que... personne, hormis Slomatics, en fait ; mais dans une mouture encore plus k-dickienne que ces derniers, portée au cœur du cortex sur les ailes tranchantes de parties synthétiques qui viennent faire flotter leurs nappes d'encre aussi bien entre Filosofem et le Visions of Dune de Bernard Szajner, que du côté d'une version alourdie de ténèbres psychotropes d'Atomine Elektrine, ou encore de Nightmare Lodge pour rester en Italie ; en une manière d'impossible synth(wave)doom dont la bizarrerie rampante, froide et élégante brûle les lèvres du nom de Paul Barker - d'autant qu'elle s'avère pouvoir être, avec la parcimonie qui est la marque des grands et donc de mon Paul entre autres (on pourra encore citer Human Anomaly, pour la manière aussi bien que pour l'ambiance), portée à des rythmes hypno-industriels, mécanoïdes autant que psycho-inductifs...
Comme qui dirait une forme inédite de psychédélisme, ce qui n'est pas loin de nous conduire à affirmer après tout qu'Ufomammut en gardait mesquinement sous le pied, du talent de grade à ne pas prendre à la légère. Quant aux guitares, du reste, elles font bien un peu d'apparition, mais c'est sous une forme suffisamment chimique pour ne pas ruiner le projet, bien au contraire l'appuyant de façon dévouée, et rendant le solvant psychique qu'est cet album encore plus pénétrant.
Doppelleben ne riffe pas, il ébouriffe, à tout le moins.

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