jeudi 6 décembre 2018

The Prodigy : The Fat of the Land


Que les choses, j'y tiens, soient parfaitement claires entre vous et moi : promis, juré, les propos un rien taquins tenus à l'endroit de Fat dans la chronique d' Always Outnumbered l'étaient uniquement dans le feu de la flamme rallumée entre moi et ce dernier, et avec une parfaite conscience que je risquais d'en regretter quelques brins en réécoutant le premier.
Ce qui est à présent fait, et il m'en coûte de l'admettre : des deux, un a vieilli, l'autre... vieilli, mais pas comme un cru. Toujours dans le même souci de parfaite honnêteté : on ne va pas se mettre ce jour à trouver The Fat of the Land nul ni même mauvais, il reste un diable d'efficacité avec qui l'on a bâti de solides souvenirs et liens affectifs, et l'on gardera toujours un large sourire en coin en entendant commencer chacun... des morceaux qu'on adorait à l'époque ; mais il reste, précisément, attaché à une époque. Une dont il est le pinacle, le moment de climax supra-épique - mais d'une époque ; celle de la transmutation du déjà bouillant et survolté son de Music for a Jilted Generation, en la brutalité qui allait devenir celle de Prodigy par la suite. Une étape transitoire.
Un instant, une photo d'un épisode intense, et à ce juste titre précieux et chéri de notre vie ; pas un disque solide et qui traverse le temps et se redécouvre sous un nouveau jour comme le gangster d'album qui allait suivre. Une chose que même pendant ses moments les plus chéris on peut regarder avec la même distance et posture extérieure, que celle avec laquelle on peut regarder celui que l'on fut, à un âge autre. Une jouissance - que l'on n'aille SURTOUT PAS se méprendre, "Breathe" ou "Diesel Power" restent des poutres massives dont aucune narine ne sort en conservant tout à fait son quant-à-soi - aussi douloureuse de fragilité - le moment où The Prodigy s'est éveillé à sa propre violence sous cette forme aura finalement peu duré, puisque l'album d'après la verra déjà muer en autre chose plus prodigieux encore... et la suite y revenir mais sans aucun talent, tout perdu dans la rustrerie sans envergure - qu'elle est brute.
Et je ne parle que des bons morceaux, les mêmes à peu de choses près qu'à l'époque, donc : les autres donnent simplement la furieuse envie de dépoussiérer Jilted, plus zébulon, plus effervescent, plus créatif ; de réentendre "Poison" ou "Voodoo People"... Vous voulez la vérité, la totale vérité vraie et nue ? "Smack my Bitch up" a même un peu vieilli, légèrement, mais tout de même : ce passage Dead Can Dance, que l'on tolérait dans l'engourdissement de la griserie alors, faites excuses, m'enfin, sérieusement ? - et "Firestarter" également, quoiqu'un peu moins grâce à sa guitare ambigüe et son beat jungle forcément plus intranquille qu'un breakbeat racaillou de base ; restent donc réellement de ce disque "Breathe" et "Diesel Power", soit à peu près exactement l'inverse de ce que j'aurais parié, mais cela ne fait que confirmer la toute-puissance d'une bonne basse (mes plus plates excuses, je n'ai aucune admiration particulière pour Kool Keith, cependant que j'en ai une énorme pour Liam Howlett comme DJ de hip-hop) - à qui s'ajoute, qui a légèrement pris en grade puisqu'on l'aimait déjà bien bien mais c'est normal, "Fuel my Fire".
Beau comme un polaroïd.

4 commentaires:

Raven a dit…

Diesel Power über alles

Raven a dit…

et Firestarer ex-acequo, et Breathe juste après en effet

Raven a dit…

Le break couscous Ferrero de smack ouais..... Pour le reste, j'ai quand même l'impression que tu jettes un peu le bébé avec l'eau du bain... "Narayan", vraiment aucun frisson ? Tu me diras, y a bien ce passage Yannick Noah...

gulo gulo a dit…

"Narayan", ni maintenant, ni alors, quelle horreur... Je te dis, les choses ont simplement empiré un peu, mais déjà à l'époque, franchement, c'était un album truffés de moments propices à aller chercher son café (ou sa vodka Perrier) ou pisser, très accommodant de ce point de vue-là.