mardi 1 janvier 2019

Fudge Tunnel : The Complicated Futility of Ignorance

Comme bien souvent, il y a ici à prendre en considération (pour parvenir à assimiler dans son organisme ce que le disque parvient à conjuguer) la musique jouée, et la manière de la jouer.
Quant à la première, il vous faut penser à Quicksand : à cet alliage d'obédience metal au Mal et de ferveur emo qui fait de Slip ce monstre à côté de qui leurs autres disques ont forcément pâle figure ; au Nirvana de Bleach et aux vieux disques de -(16)-. Des choses écorchées et hurlantes de rage froide. Pour l’exécution… Vous me direz que ce n’est pas si antinomique, dans le fond et par le fait : on est en plein infra-indus (comme du reste le donne à deviner la pochette) ; mais si, vous savez ? Tout ce qui fait que Fudge Tunnel partage son génome avec Coroner, Napalm Death, Helmet, Shellac, Therapy?… toutes ces choses bien plus proches de l’esprit qui préside à la rigueur de Godflesh, que les fantasmes Universal Soldier de ces fâcheux que l’on sait.
Lesquels sont même à contresens complet de ce que cette musique-là traduit, et qu’ici l’on comprend on ne peut mieux, sans aucun besoin de lire les paroles, entre encore une fois une pochette gauchement explicite (Earache…) et l’incertitude stressante qu’exprime ce son montrant le présent comme le film de science-fiction anxiogène qu’il est. The Complicated Futility of Ignorance se nourrit d’émotions ambigües, ce qui n’est pas mince affaire pour un pareil album dont tous les riffs, du plus evil au plus garage-grunge en passant par les saccades qui ne sont rien moins que du proto-neo, sont joués au papier de verre, et dont la rythmique jamais ne se départit de cette sévérité de matraque télescopique, tous deux donnant au disque cette fausse uniformité qui ferait presque passer à côté d’un morceau tel que « Find your Fortune », quasiment du Godflesh pur – mais de quel tonneau ! Ambiguïté typiquement nineties, là encore, il suffit de voir comme un morceau tel que «Six Eight» est devenu ces dernières années un exercice de style obligé dans une musique extrême beaucoup plus codifiée et sectorisée, voire un fonds de commerce – quand à l’époque une pareille lourdeur maladive et onirique pouvait tout à fait être abordée en passant, au cours d’un album pratiquant des cadences et ambiances tout autres, voire, on s’en doute ? y gagner en acuité ; mais pas uniquement.
Non plus que le disque ne se saurait résumer à une angoisse industrielle qui après tout contamina pas mal de monde ces années-là, en témoignent Embedded (dont on pensera souvent, et étrangement, à la batterie ici), Chaos A.D., World Demise, Heartwork et d'autres. The Complicated Futility of Ignorance est des disques qui creusent les soubassements de l'histoire, pas de ceux qui les épousent. C’est en vérité un petit monstre, aussi interlope et dangereux que ses lignes de basse pareilles à des dobermans faisant nuitamment leur ronde silencieuse dans un entrepôt désert, que Fudge Tunnel sortait là. Un de ces cauchemars troubles qui laissent un goût saumâtre sur la langue.

5 commentaires:

Raven a dit…

je me ressortais justement Creep Diets, réalisant que je ne connais que celui-ci...

gulo gulo a dit…

Du coup je l'ai ressorti aussi, et j'ai pu vérifier qu'il n'y avait bien que la pochette à me faire un autre effet que cérébral, et que Futility me procurait concrètement tout ce que je devais me suggérer à l'écoute de l'autre... Revente. Hate Songs a l'air encore plus Godflesh, mais plus maladroitement.

Raven a dit…

dans mon brouillon de chro tout faisandé j'avais noté "grunge industriel de zone rurale". Je vais donc me ruer sur celui-ci...

gulo gulo a dit…

Revente de Creep Diets annulée, fausse alerte.

LANGOUSTE UH a dit…

Bon ça y est il s'est enfin ouvert à moi et je comprend sa supériorité sur ses grands frères, même si Creep Diets est ultra attachant. Et puis je la trouve pas si nulle cette pochette. Elle a un certain magnétisme, me fait penser au clip de Stinkfist. D'ailleurs je rapprocherais aussi cet album d'une version ingrate des premiers Tool.