lundi 7 janvier 2019

Mysticum : Planet Satan

Mysticum, et a fortiori Planet Satan, c'est une autre de ces histoires d'adéquation maximale entre le mot et la chose, à point tel que le mot devient la chose, réciproquement, et ensemble le tout un peu davantage.
"Mysticum", donc : le latin de cuisine, le terme lui-même, le logo préhistorique à la Beherit, tout là-dedans sent le cliché, et le résultat éclaire celui-ci d'une intention qu'on a envie d'attribuer à des gens qui n'ont pas le melon, des grenouilles qui ne se prennent pas pour des bœufs, ni au moment de se choisir un nom voilà des années, optant pour le fonctionnel qui fait clairement passer le message, plutôt que pour le machin tellement taillé dans le pur minerai de personnalité qu'il ne parle qu'à soi-même - ni au moment de faire son retour, et de choisir cet autre cliché, de soi-même cette fois puisqu'entretemps l'on est devenu une institution, qu'est cet intitulé de Planet Satan, redoublé qu'il est de cette illustration à la fois atterrante de figurativisme, et pourtant tellement non seulement suffisante, mais satisfaisante - ce qui vaut aussi pour ledit titre.
"Planet Satan" ; dites le rien qu'une fois, à la française même : ça ne sonne-t-il pas du feu de dieu ? Entre titre de nanar soixantard qu'on a l'envie aussitôt de voir, et goût de bon marché plus typiquement technoïde, parfaitement adapté au ton qui est celui de Mysticum - soit un pas tout à fait dans les mêmes eaux ni que la spiritualité débauchée d'Ananta Abhâva, ni que la cérébralité parallèle des disques de Spektr... ni que la suffisance athlétique de Blacklodge ou Aborym, dans leurs approches toutes deux plus virilistes que les premiers cités.
Mysticum, Planète Satan : on le sait d'emblée, on est ici au royaume du plébéien et du simple ; toutes choses qui n'ont jamais été antinomiques avec la profondeur. On pensera à nouveau à Oranssi Pazuzu - et encore davantage à la dernière fois qu'on y a pensé, et pour quelle raison : cette même façon de ne pas chercher plus loin que les truchements les plus simples et essentiels, l’œil sur la destination, en ignorant les sirènes de l'ego, ses satisfactions, ses fanfaronnades ; rien qu'en cela, Planet Satan relève plutôt de la techno que du metal, ce qui est toujours la meilleure voie à suivre lorsqu'on se pique d'electro-black ; et d'ailleurs, toutes choses étant bien cohérentes, on finit bientôt par également penser à une autre des meilleures jonctions opérées, via la transe occulte, entre beumeu et free-party, à savoir par Rachel Kozak, dans The Magick of Female Ejaculation, puis Brew Hideous...
Et le résultat, me demandez- vous, agacé de ce qui n'est finalement que tourner autour du pot - la fameuse destination atteinte, quelle est-elle ? Eh ! ma foi : Planète Satan. Comme bien souvent en matière de black norvégien - mais aussi comme chez récemment Candelabrum - il n'est pas question d'une idée très complexe, mais d'une puissante, pure - et froide. On est loin, coupé de toutes considérations quotidiennes, dans un monde de magie dont le black metal est l'oxygène. La fureur fervente d'une free-party dans l’œil du cyclone blizzardesque, si c'est pas une vache d'idée grisante, après tout ? C'est mieux que ça, mon con : c'est une réussite, franche et massive. Et petit à petit l'album de s'enfoncer au cœur du froid, les riffs de s'engourdir, la frénésie des beats de se confondre avec un grelottement terminal, un sanglotement des os qui touche au ravissement, l'Avalon de Filosofem n'est guère loin, sans que jamais pour autant on perde le contacte avec la palpitation primordiale d'une teuf revigorée par la rigueur norvégienne, transfigurée par cette sévérité qui tombe des étoiles, nues au-dessus de nos têtes... On touche clairement à l'essentiel, et le label "vieux Cold Meat" ne va pas tarder à tomber ; du reste justement Beherit n'avaient-ils pas fini par se rendre à l'évidence techno et coldmeatienne ?
Oui : entre les deux disques auxquels on songe là et cette bonne vieille Hecate, ça en fait du beau linge à quoi Planet Satan va venir tenir compagnie, avec nous à ronronner dans un fauteuil pour regarder.
Et puis, songez-y deux secondes : Never Stop the Madness, ça n'a jamais vraiment sonné comme un slogan sur lequel secouer ses cheveux, vous l'avez toujours su, pas vrai ? Moi, j'aime quand les étoiles s'alignent.


P.S. : j'ai la cagne de vous tourner ça de la façon brillante et spirituelle qu'il faudrait, et la majorité ne verra sans doute pas le rapport - mais ce petit disque vaut bien plus lourd que toute la disco passée et à venir de Darkspace, ça fait du bien de le dire quand même.

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