mardi 1 janvier 2019

Ufomammut : 8

Alors eux, si ce sont pas des cochonneries de bandits… En commençant, encore et toujours par leur nom à la bouffonerie toute macaronie, qui ne semble du reste pas démentie par la plupart de leurs disques, gentiment inoffensifs patapoufs de sacrodoom éléphantoxicomaniaque ; et pourtant, dedans certains de ceux-ci, comment déjà qualifier une musique qui finalement tient peut-être autant de Sleep et toutes ces conneries, que de Lightning Bolt ?
Car voilà, précisément : si c’est la troisième fois qu’on s’attaque à ce disque, c’est qu’il subsiste chaque fois une part de mystère irrésolu concernant sa nature, une qui nous  nargue. 8 ne se joue pas dans les riffs, quoiqu’il use massivement de guitares sabbatho-jammeuses : les siens ne sont pas honteux au point de s’attirer le qualificatif « générique », mais ils cherchent avant tout à passer partout, et à servir une cause plus grande ; laquelle s’avère après tout être rythmique. Alors, la batterie ? Elle aussi se montre pourtant bien plus discrète et humble que ne le permet un style pas hostile aux démonstrations de virtuosité animale.
Non, il s’agit plutôt d’induire une forme de transe, qui elle aussi n’est qu’un moyen et non une destination suffisante ainsi qu’elle l’est pour maint : celui de vous faire accéder à la dimension ésotérique qui est le milieu naturel de cet étrange forme de vie qu’est Ufomammut. 8 n’est au bout du compte guère moins garni en textures synthétiques qu’un Doppelleben, il évolue simplement dans des régions moins obscures et inquiétantes des mêmes eaux, dignes d’une histoire de science-fiction des années soixante, où il croise tel un Nautilus  pensant, avec une élasticité biomécanique opiniâtre qui finit, peu à peu, par évoquer avant tout autre un genre de Godflesh parti passer des vacances mouvementées en Thaïlande, goûter quelques spécialités neuro-actives locales. Aussi hybride que l’indiquent goguenardement ses titres, 8 est un hybride, bien digne de compatriotes de Mombu et Morkobot, qui appartient autant au règne psyché qu’à l’industriel, une horlogerie occulte et insectoïde ; une jungle extra-terrestre sentiente, toute peuplée de la malignité de myriades d’yeux électroniques scintillant doucement tels des grillons, en une manière de contrechamp indispensable au sci-fi doom hiératique de Slomatics, contrepoint organique non moins menaçant et non moins étranger au froid austère et monumental de ces derniers ; les Tropiques du Cosmos, quelque chose comme cela, avec tout ce que cela charrie de tranquille grouillement dans le noir.
Luxuriance qui n’est donc pas figurée, ce n’est pas là la moins étrange de ses caractéristiques, par l’harmonie imitative d une surcharge sonore tout sauf suggestive, tel qu’est couramment l’usage en pareilles matières, mais par la fausse rustrerie de ce martelage patient et soigneux que l’on a dit, et qui sait juste ce qu'il faut quand il faut se chalouper et donner du mou afin de laisser le cerf-volant d'un coup crever les nuages et se faire emporter sur les ailes de l'enivrante bourrasque. La transe, répétons nous, n’est pas un gimmick ou un arôme, mais un chemin mystique. Un portail. Celui ouvert par 8 avec ses débonnaires manières méridionales en est un aussi large et vertigineux que ceux d’Oranssi Pazuzu, malgré des airs de rafraîchissement que peut prendre le disque – ce qu’il est également, pour notre plus grand plaisir.

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