mercredi 13 novembre 2019

Welldone DumboyZ : Tombé Dans l'Escalier

On a beau conserver année après année une capacité d'émerveillement à tel point intacte que certains la jugent probablement préoccupante, sinon navrante et infantile, sinon débile - néanmoins on perd en naïveté.
Ainsi n'avait-on pas souvenir, de notre première rencontre avec les Welldone Dumboyz, d'avoir entendu dans leur musique une telle parenté avec celle des Melvins, qui n'a rien pour surprendre au vu de l'amour que voue - et avoue sans barguigner - Gepeto à Dale, Buzz et leur bassiste.
Et comme on a cette dite capacité à continuer d'éprouver à plein, cela ne nous empêche pas un instant de nous régaler, à l'écoute de Tombé Dans l'Escalier ; car pour autant que celui-ci perde un rien de la qualité cartoon qui s'assortit à la musique des deux ladres, elle en conserve cependant quelque chose qui mériterait tout autant d'être bombardé "le meilleur des Melvins", à savoir bien sûr cette forme de démence venant pimenter et relever un noise-rock essentiel, i.e. où le noise est indissociable du rock ; et puis, aussi, si l'on permet : elle possède sa propre saveur, profondément rurale, la tambouille des Welldone DumboyZ ; qui monte, monte sourdement, jusqu'à finir par déboucher, et nous emmener avec eux, dans la claire et effrayante clairière d'une "Black Space" qui n'est rien qu'à eux, moment de grâce psychdrone bucolique autant qu'ursidée et éthylique, qui ne rend de comptes qu'aux plus farouches des acidheads anglais. Comme si qu'une bande de singes hurleurs tout soudain tombait avec stupeur puis ivresse sur un disque d'Opium Warlords, pour imaginer vaguement.
Après une pareille torgnole sur l'oreille, on se voit les chakras tout débouchés pour mieux entendre ce que leur musique, aux Welldone, possède comme solides gènes de rock'n'roll qui décalottait bien avant d'avoir besoin du punk pour se repoudrer le nez : si vous connaissez Lecherous Gaze, et êtes capables de les imaginer dans quelque forêt vierge de toute civilisation imbécile, vous commencez à deviner le genre de bacchanale que les Dumboyz peuvent déchaîner, le genre de sabbat où ils se révèlent et s'épanouissent, le genre de Ménades dans les bras meurtriers desquels ils sont du genre à plonger tous nus ; paganisme dionysiaque que "Bald Story" en suite et conclusion ne fait que confirmer et embellir encore, nous mettant le rouge aux joues d'avoir initialement si trivialement voulu ramener ce disque-là à des "influences". Mais, aussi, "Melvins" ça veut avant tout dire liberté, et particulièrement une forme de celle-ci solidement enracinée dans une non moins solide voracité de choses juteuses, et désir de mordre dedans ; et là-dessus comme de juste , on s'entend bien ensemble tous les trois, d'autant que pour ne rien gâter, si dans la lettre des Melvins (pour laisser un temps l'esprit de côté) ils ont pigé quelque chose, à Belfort, ce ne sont pas les gras riffs comme tant d'imbéciles, mais bien les jus corrosifs et brûlants, qu'ils magnifient carrément, pour le dire sans ambage aucun, et déglacent à la gnôle de bouilleur de cru.
Et de remonter en selle dans la foulée, pour mieux savourer encore ce qu'en fait de sucs Tombé Dans l'Escalier prodigue et dégorge à foison, pour qui n'a pas peur de ses cris de Grand Méchant Loup - qui mange vraiment les gens, d'ailleurs, mais par un effet de sa générosité sans bornes ; grand méchant loup, cosaque terrible, ogre, Nick Cave des années 80 : le Big Bad Gepeto et son orchestre sont tous les méchants qui vous font humidifier vos dessous à la fois, et leur nouvel album une sorte d'horrible conte pour enfants (comme tous les vrais le sont, pensez aux frères Grimm) où tout le monde a les yeux en pleine tentative d'évasion de leurs orbites sous l'assaut des acides, et la mâchoire harassée de pendre sous le poids d'une langue congestionnée d'appétits qui se bousculent. Bon sang, le début de "The Hole", au-delà du fait d'accréditer et étayer encore l'hypothèse d'enfants illégitimes, semés en territoire chevènementesque, de Cop Shoot Cop et Swans - si ça colle pas un peu les foies quelque chose de bien, et donne envie de manger une bonne tranche de foie aux échalottes aussi, avec beaucoup de vin rouge dans la poêle (dans le verre ? non, de l'alcool de copeaux simplement, merci).
Du noise rock qui met au lèvres l'épithète "beau" et vous désaltère - et qui le fait tout en vous rabotant la gueule à l'émeri - ça ne se trouve pas sous le pas d'un cheval, on en conviendra. Alors bon, vous m'abandonnez d'entrée toute forme d'intelligence et tout simplement d'intellection, dépoilez vous, courez trois tours en rond si besoin pour vous donner un peu chaud, et lancez vous : tomber dans l'escalier ne fait que rarement beaucoup de mal, si on regarde bien (demandez à Sidney), c'est même un rituel de passage au plan chamanique testé et approuvé.

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