dimanche 15 décembre 2019

Ministry : Kεφαλη ΞΘ (The Way to Succeed and The Way to Suck Eggs)

La chronique "belle plume" de cet album a déjà été faite par Le Moignon et Jean-Jean : vous souffrirez donc qu'on n'aille pas concurrencer ce qui ne peut l'être, et propose un autre angle dessus. Vous reprendrez bien un peu de cuistrerie ?
Psalm 69, c'est un peu The Mind is a Terrible Thing to Taste qui d'un coup d'un seul s'aperçoit, tel Vibroboy, que putain de merde mais quelle foutue puissance n'est-elle pas entre ses mains - et ses couilles ?
Les parallèles tendent les bras, entre "Burning Inside" et "N.W.O.", "Breathe" et "Hero", puis "Scarecrow" qui peut renvoyer à des lancinances entendues dans The Land of Rape and Honey : un volume non négligeable de vocabuliare est toujours là pour rendre impossible, la tête froide, de ne pas reconnaître sans aucun doute Ministry auteur des disques précédents - et cependant tout a changé, et utiliser "froide" est une impossibilité syntaxique dans une phrase comportantr le nom Psalm 69... The Mind était un album redoutablement affuté sur la rigueur des rythmiques, celles déshumanisées d'un néo-primitivisme désarticulé par la Machine (à Broyer les Esprits) et lobotomisé chimiquement - répétons nous : du Killing Joke militarisé ; ou reformulons nous : The Mind est une machine à tuer rythmique, du Dub Body Music carrossé en guitares saturées.
Psalm 69 envoie tout chier, dit nique le dub, nique l'EBM, à quoi sert de trancher au millimètre, lorsqu'on découvre avoir là sous le pied la source d'énergie dont on fait les motos d'assaut à roues-tronçonneuses ? Psalm 69 opte pour un tribalisme en métal hurlant, à la Mad Max, de toute façons comme disait l'autre "dans mon quartier c'est d'jà la guerre" alors pourquoi aller au service militaire, pourquoi huiler les pistons et briquer les culasses, pourquoi planifier les frappes au milligramme d'explosif, pourquoi seulement viser, quand la vermine malfaisante pullule déjà partout, lorsqu'un bonne rafale suffit - mais que plusieurs, jusqu'à la nausée, peuvent faire encore mieux ? Et les rythmiques sont cette fois déshumanisées par une démence tout à fait déchaînée.
Le chaos est advenu, et Ministry n'y est pas démuni, qui l'avait prédit, qui le voyait déjà partout où il regardait... A moins que la sorte de camp d'entraînement, que se pensait The Mind, le nom en serait-il un affreux indice - n'ait eu d'autre existence que dans la tête de Ministry ? Et qu'en réalité celui-ci soit déjà descendu dans la rue, en somnambule, armé de plusieurs fusils d'assaut ? Et dans ce cas Psalm 69 sonne le réveil dans un monde de démence et de carnage. Un monde livré à sa propre animalité, e plus de Chris Conelly ici pour colorer l'horreur d'un lugubre sarcasme, pour sublimer son propre effroi en cruauté aux traits cadavériques ; vous êtes sûrement fatigués d'entendre raconter ma vie - mais avec le recul, je me demande s'il y avait tant d'incongruité que cela, à ce que j'aie eu, en 92, sur les deux faces de la même cassette Closer et Psalm 69. L'un comme l'autre ont les deux pieds dans l'horreur ; ce n'est pas le cri de "Just One Fix" qui me contredira.
A moins que les gugusses n'aient tout simplement choisi à un moment de foutre les doigts dans la prise, pour redescendre d'un truc qui voulait pas desserrer les mâchoires sur leur cortex (l'inhalation prolongée des guitares de "Stigmata" doit pouvoir produire ce genre d'effet) ? Psalm 69 vous met en permanence au bord de le décréter grosse grosse hallu... sauf qu'on n'arrive jamais à être fixé ni, au risque d'être grandiloquent, savoir si cette vision-là peu importe par quel biais obtenue, est pire ou non que la réalité autour de vous. C'est aussi l'ambiguïté de cette dimension parallèle uniquement faite de canicule et de fumée de pneus, où l'on se coule aussi facilement qu'on s'en horrifie.
Et finalement, même s'il ne constitue pas un réflexe premier face à lui de le voir comme tel - tant Jourgensen, bien avant 2004 et que Ministry devienne un groupe de metal à machines, n'a jamais fait grand chose pour que Ministry intimide comme le sérieux école metal peut le faire (à tel point que même notre Jean-Jean n'a pensé qu'ajouter un compliment à une déjà longue et belle liste, en bombardant cet album "con comme la lune", dans l'article indiqué plus haut ; mais après tout ne s'en moque-t-il pas même un brin, tout comme il se moque de lui-même en permanence, à sa façon bien punk pour sa part, avec des choses telles que "Hero" ou "Psalm 69" ?), mais fasse même davantage peur en tant que groupe dans le monde réel (Treponem Pal peut sans doute vous en parler), que par les thèses de ses disques, qui n'en étaient d'ailleurs pas tant que ça, alors, plutôt de brusques et brutales injections de vision du futur déjà nous environnant, crues et sans point de vue ou presque - BREF : malgré tout, Kεφαλη ΞΘ est un disque à peu près aussi embarrassant à décrire que Streetcleaner et Enemy of the Sun ; et sous ses airs de Cousin Machin de la famille un peu beaucoup crétin, avec ce sourire indélébile paralysé dans ses traits depuis que son dernier neurone a cramé au dernier goûtage de drogue inédite, il fait tout autant peur qu'eux sans aucun signe du passage des ans et leur corrosion.
Parce qu'en dépit de ce qu'on a noté un peu plus haut, Psalm 69 ne fait pas rigoler du tout ; Psalm 69 est un solide cran supérieur que Ministry parvient encore à franchir comme groupe qui fait peur, et dès l'entame avec "N.W.O." aucune équivoque n'est laissée à planer : bienvenue dans le cauchemar permanent ; et personnellement, même vingt-sept ans d'écoutes extrême plus tard, et malgré toute son incandescence rockabilly, "Jesus Built my Hotrod" m'emplit toujours vaguement de malaise et d'un soupçon d'effroi. Et ce nain goguenard avec son Stetson et ses lunettes mystérieuses dégage toujours une menace, sourde, confuse, mais certaine, une aura de prêt-à-tout et de sans-limite. Brundlemouche de Drexl et Lemmy.
Le seul défaut de l'album, cependant, est toujours aussi horripilant vingt-deux ans après : "Fucked" devrait être ici, plutôt que "Hero".

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