dimanche 8 décembre 2019

Surgical Meth Machine : Surgical Meth Machine

L'écoute à intervalle rapproché du disque de Surgical Meth Machine et de Rio Grande Blood (soit ma dernière limite de tolérance, en matière de Beernistry : dernier album que j'ai apprécié du groupe, et cependant mis en vente de toute fraîche date, un jour de ménage) est sans pitié pour le dernier nommé : le problème d'Al depuis 2004 n'est pas qu'il fasse de la musique con, ni que ce dernier épithète en soit un pudique pour dire "thrash metal" : le problème est que, même lorsqu'il fait mine de retrouver un chouïa de folie pour un album de remixes avec "dub" dans le titre (hé, fou-fou la déglingue, dis donc, mon Alain !) - il y met le pire des deux mondes : en guise d'industriel une cybernétisation des riffs à vous en faire enfin réaliser, pour votre plus grande amertume, que c'est un peu la faute à "Thieves" quelque part, si l'on se farcit des Dino Cazares ; et en guise de heavy metal et de pesanteur, celle des attitudes qui vous feraient envisager l'hypothèse d'un genre non pas né avec Led Zeppelin, mais Kiss.
Et un disque tel que Surgical Meth Machine, c'est bien le plus triste, prouve que l'Alain crétin mais sans hardmetal existe toujours, toujours susceptible de se réveiller. Surgical Meth Machine est un disque très simple, réalisé avec à peu de choses près deux ingrédients : "T.V. II", et "Jesus Built My Hotrod". Et quand on dit album, on veut bien dire douze chansons, et une quarantaine de minutes ou presque. Alors du coup, c'est comme Korn : je peux concevoir, dans ma mansuétude sans bornes, que l'on n'aime pas ces deux morceaux - ou, disons (parce qu'il faut pas déconner non plus), qu'on ne les aime pas au point de les supporter pendant trois quarts d'heure, il faut savoir ne pas être trop exigeant avec ses semblables de nos jours. Dans ce cas, évidemment, SMM n'est pas pour vous, il suffira de produire un certificat médical.
A cette exception près, il n'y a rien à redire à ce disque. Voici du strobopunk émeutier, cybermotörheadien (obligé de penser à Philthy Animal Taylor en lisant le titre du premier morceau), propulsé sur orbite dans l'explosion d'un cocktail molotov exclusivement composé de drogues de synthèses. Voici tout ce que Ministry aurait dû - et donc pu - être depuis 2004, s'il lui plaisait de devenir un pur avatar punk de lui-même, soigneusement rangée au placard toute sa part de new-wave.
Tous les effets cyberogresques dont Ministry a depuis alors souillé l'intégralité de sa musique - vérifiez : les beats, les guitares, la voix : tout passe au dégueulassoir - depuis le départ de Paul, pour en faire un spectacle de cirque digne du Burning Man et rien d'autre (une officine née de l'association entre les finesses respectives de Tim Burton et Chris Barnes, à la rigueur ?), sont à peu près ici filtrés à l'entrée, et rien que pour cela le disque fait un bien fou, pansant de douloureuses plaies qui n'avaient toujours pas guéri.
Il met de tellement heureuse humeur, tenez, qu'on se dispensera même de tout propos de cuistre visant à évaluer à quel degré au juste cette dégelée gabberpunkabilly, ne fût-ce que par son jusqu'au-boutisme détaché de presque toutes considérations d'intelligence organique, serait d'un esprit bien plus industriel que tous les disques de Ministry depuis l'année de Mole (j'inclus AmeriKKKant, au cas où vous vous posez la question). De développer, je veux dire.
Tu es toujours vivant, Al, et on le sait : t'es tout sauf invisible même si tu le chantes très bien. Tu es cerné ; alors arrête de faire le couillon, sors de ce cercueil, et reviens.

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