vendredi 19 avril 2019

Dysangelium : Thanatos Askesis

Est-ce qu'il ne serait pas temps de donner à ce petit album la place qu'il mérite - celle d'un disque passé très humblement pour une sortie secondaire, une brève, à sa parution, qui peu à peu les années passant se révèle comme une valeur sûre, solide, un repère discret mais vers lequel sûrement on revient, de loin en loin ? Serait-il pas temps de reconnaître que, nonobstant les mérites de Burial Hordes, en ce qui me concerne il est là le troisième membre du trépied dit "Crépuscule à la Grecque" dont les autres tenants, pour mémoire, sont Promulgation of the Fall et Scorn Aesthetics ?
Avec son chant tellement hellénique (pensez au dit Embrace of Thorns, ou à Horrified) qui ajoute encore en tourbe à un exercice qui relève déjà de l'école Anguish ou A Thousand Sufferings, tout autant qu'il l'habite de la fièvre propre à l'orthodox - mais souvent cantonnée aux guitares chez les autres, tandis que chez Dysangelium les riffs ne sont pas seuls, chargés de cette menace semblable à un vent d'orage, de cette tourmente sévère qui rapproche, subliminalement, Dysangelium de la rage tragique d'Amebix... le diable en sus - on pourrait dire, en somme, que Thanatos Askesis est la transcription dans la langue rugueuse et musquée d'un sauvage de la montagne, de la passion de Merrimack. Comme on dit : y a pire, comme référence.
Mais aussi y a-t-il pire bras cassé, qu'un groupe arrivant à sonner ainsi hellène lors qu'il n'a de cette région que le titre de son album. On m'avait pourtant toujours bien prévenu, qu'entendre l'allemand était un atout pour l'étude du grec.

mardi 16 avril 2019

Mayhem : De Mysteriis Dom Sathanas

Je suis tarte, moi, je vous jure... J'ai cru entendre que pour une non négligeable frange de la population Lords of Chaos était navrant en ce qu'il achevait la vaste entreprise de démolition du mystère autour d'un genre, et de la mythologie de sa genèse... Tout le contraire, ici ; pourtant, sans en être non plus un incollable spécialiste des nœuds de relations entre les protagonistes ou de la chronologie, je connaissais à peu près le scénario ; mais probablement, me comportant une nouvelle fois en nigaud incapable de suite dans les idées, n'avais-je jamais essayé de me figurer les choses pour en prendre la mesure passionnelle.
Enfin, bref : indépendamment de toutes les autres, et elles sont nombreuses, qui me font de l'effet dans cette bluette très réussie, il lui aura suffi de deux scènes, à savoir ce concert où Dead s'ouvre les bras au couteau et cette session studio où l'on se frotte les yeux pour s'assurer que c'est bien le Csihar que l'on est là, l'air de rien viteuf en passant sans prévenir ni présentation, en train de nous montrer, tout jeunot et fiévreux d'envie de faire ses preuves, à excréter ses premières parties vocales pour Mayhem - pour changer, enfin, ma perception de De Mysteriis Dom Sathanas ; qui jusque là restait le seul album de Mayhem à me laisser froid... si j'ose dire, vu comment il me laisse dorénavant.
Pour enfin être touché par le désir de malfaisance primitive y enclos, et pourtant gros de tout ce qu'il n'a pas fini d'enfanter, et inspirer à des cohortes de zélateurs ; pour qu'enfin je le voie digne, ô combien, de sa transilvanienne pochette, de cette sinistre atmosphère vampirique, de la lugubre aura, pour laquelle même le violet est encore trop chaleureux, de ce thrash malveillant plus qu'à souhait et qui prouve que le thrash peut non seulement être glacial, mais qui plus est non pas à la manière clinique de Coroner, oh non : à celle d'un cadavre qui s'étire ; qu'enfin je ressente le contact d'une grande pureté (tellement plus compacte, concentrée, toxique, que dans bien de glorieuses floraisons que d'autres lui feront connaître), de cette origine d'une certaine façon de grelotter d'extase et de terreur mêlées. Primitif ? Cru, plutôt. Les riffs en forme de purs maléfices soufflant en droite ligne du pôle, la batterie sorcière, la voix nécrophile, tout transpire de cette volonté éperdue d'accomplir le mal et qui, pour le plus grand malheur de tous, parvient à le toucher, de ses doigts gauches mais fiévreux de ferveur.
Juste une chose : la pierre, le caveau, le bois pourri du cercueil, le froid... Dites, il est pas un peu gothique votre disque, sur les bords ? Non parce que, dans le genre racaille gothique (goth donc punk, je le rappelle) de l'arrêt de bus, il se pose là.

lundi 15 avril 2019

Darkened Nocturn Slaughtercult : Mardom

La forêt, la forêt, la forêt... Déjà reconnecté que j'étais de fraîche date avec l'ivresse de sa présence - bigre ! j'avais été jusqu'à la sentir dans un disque d'Antaeus, après ceux de Slidhr et de Svartidaudi... -, il était certain que le visionnage de Lords of Chaos ne serait pas pour arranger les choses, et ma réception aujourd'hui d'un disque tel que Mardom sera tout sauf indicative, probablement, d'une quelconque réalité de faits, mesurée rationnellement : vous êtes prévenu.
La forêt, sinistrement immuable, et le mal qu'on a le sentiment d'y faire, avec délectation, lorsqu'on s'y réfugie pour communier avec ses propres pulsions ataviques d'animal aux aguets.  Pas à dire, un Mardom tape pile où il faut le faire pour vous rappeler, d'aussi aiguë que lancinante manière, que pourvu que vous soyez Européen vous aurez toujours un point commun avec Aarseth et ses misérables potes, à savoir cette culpabilité instillée sournoisement d'un peu partout autour de vous, qui donne tout son sel , précisément, à ce que vous pouvez retrouver dans la forêt comme fantasmes d'une innocence volée - et recouvrée avec sauvagerie - dans l'épanchement de certains penchants et appétits ; un Mardom vous rappelle, tout simplement, ce que le black metal a pour vous d'évidence, de nécessité, d'indiscutable, d'au-delà de tout le ridicule sous lequel on peut vouloir l'empaqueter pour commodément le congédier. Vous savez ? L'heroic fantasy, les sorcières, les troncs noirs et humides alignés tels une armée de vénérables malfaisants, l'odeur du tapis de feuilles pourrissantes, le goût d'hallucination dictée par un désespoir médiéval, la grisaille de tout, partout, la pluie toute l'année... Tout ce que le genre, ainsi que montré par le tout frais et rafraîchissant film sus-cité, peut avoir d'à la fois touchant d'émotivité adolescente, et de malfaisance réelle en latence - découlant précisément de cette dernière à vif, exaspérée... On trouvera même plusieurs moments de titubement de punk suicidaire, et entr'apercevra le bourdonnement des frelons de la démence. Tout ce capiteux mélange d'harmoniques toxiques.
Alors, passé un éventuel premier temps de réticence devant l'idée que Darkened Nocturn Slaughtercult ne sont pas norvégiens, on en vient à se rappeler qu'en Allemagne, ils en ont une pas mal, de forêt, puisqu'elle s'appelle même la Forêt Noire, avouez que c'est approprié. De toutes les manières la façon dont cette harpie-ci ulule, elle vient probablement plutôt d'une de l'Est, de forêt, un peu comme celles dont rêvaient les auteurs, idolâtres de l'Empaleur, de Transilvanian Hunger et De Mysteriis Dom Sathanas.
Enfin, si vous ne savez pas, je ne ne sais si c'est tant mieux, en tous cas ce n'est pas grave : passez votre chemin, vous allez louper votre métro. Sinon, c'est par ici.

samedi 13 avril 2019

Big Business : The Beast You Are

Pour sûr il n'est pas à la portée ni du premier ni même du second venu, de conjuguer pareillement puissant souffle héroïque, à vous en faire péter en éclats une poitrine trop gonflée d'émotions braves et pures, et telle délicatesse, d'une grâce qui donne envie de ne se plus nourrir que d'air pur et de sentiments... "Pur", revenu de chaque côté : voilà probablement la clé ; plus que bien d'autre, Big Business joue une musique enfantine ; accessoirement, il se trouve qu'elle prend les traits de ce qu'on appelle aujourd'hui fort commodément heavy rock, à savoir ce mesclun joyeux entre stoner, hard rock, garage, noise rock, hardcore... Mais sa qualité première, et son caractère primordial, est d'être la musique de l'enfance, avec sa pureté d'émotion, pour ce que la chose peut recouvrir aussi bien de très émouvant que d'excessivement violent - on se demande d'ailleurs bien où est la différence.
Pour sûr, mieux vaut ne pas écouter à la suite de The Beast You Are le Blue Album de Baroness, pour peu que l'on souhaite - et l'on ne peut vouloir que son bien - lui conserver la gentille sympathie qu'on lui réserve contre vents et marées.
Quiconque à la diffusion des extraits diffusés avant la parution du disque s'en était d'avance fait une idée de monstre pop aux mélodies aussi immenses et néanmoins singulières que ses élans sentimentaux, s'auto-congratulera avec allégresse, à n'en pas douter. Quelque chose manquait dans Command You Weather, sans qu'on soit sûr de tout à fait quoi ("un mauvais Big Business" est une erreur de syntaxe) ? Rien, pour sûr, ne manque à The Beast You Are. C'est presque trop ; ce qui n'est pas peu dire concernant un groupe qui pour avoir fait d'irrésistible son deuxième prénom n'a jamais, Here Come the Waterworks mis à part, donné dans le tube. Big Business incarne ce style visuel qu'ils se sont trouvés depuis Battlefields Forever et méritent comme les Melvins peuvent mériter leur style cartoon grinçant ; de même que la voix de Jared est aussi belle que peut l'être celle de Buzz : à sa manière. Ni l'un ni l'autre de cette paire de faces de Janus - dire que l'un des deux est l'enfance et pas l'autre ! allons, allons... - ne rend son compère subsidiaire ou superfétatoire ; mais Big Business est super-bien d'autres choses. Superlativement éclatant, toujours plus, étincelant, perçant. C'est dans ces riffs-bourdons et cette voix-fruits que trouvent texture et brillance merveilleuse ces créatures de crépon et de papier doré, par une magie s'apparentant à celle d'un Torche piéton, n'ayant besoin d'aucune planche à glisser pour s'élever parmi les nuages.
Magie d'une étrange, lunaire espèce de hard à décollage vertical, qui crève directement la couche de nuages où il devient fanfare militaire puis dans le même élan samba de carnaval fleuri - Cave of Swimmers ne sont guère loin, si personne d'autre - et au-dessus de tout pure soul, d'une joie douloureuse et poignante comme se doit.

vendredi 12 avril 2019

Statiqbloom : Mask Visions Poison

Fade Kainer est un homme d'excessivement bon goût, mais pas de veine pour lui : j'ai déjà tous ses disques... de chevet ; c'est à peu de choses près ce que m'inspirait Statiqbloom à la parution de ce premier jet, avant d'être peu à peu séduit par Blue Moon Blood, malgré une première impression similaire, puis par Infinite Spectre. Mais, ainsi qu'il arrive parfois en pareilles matières, force est de reconnaître, vu d'ici, que tout était déjà là-bas ; peut-être même à son plus haut degré de concentration.
Alors certes, Mask Visions Poison tout comme Blue Moon Blood manifeste bien ce caractère légèrement simpliste de l'empilement de ses influences, que leurs titres un peu saut-du-lit à tout deux traduisent à leur manière ; pourtant, une "Behind Glass" à elle seule lui mériterait de voir considérée une candidature au titre de meilleur disque de Statiqbloom, avec la manifestation qu'on y entend d'un type qui a tout compris, à ces dites illustres influences, et les accorde avec ce qu'il faut bien appeler du génie : voyez, comme l'early Skinny Puppy, pluvieux, iodé, hivernal et subtilement hanté par ce qui fera la gloire de ses neveux les frères Dassing - insidieusement s'en va, plutôt que vers la dark electro sans finesse à laquelle maints européens s'adonnent en pourceaux, communier avec le tout meilleur disque de Ministry ?
Mais il n'y a pas que cela : au registre des vagissements irrésistibles de vague-à-l'âme cybernétique, "Shivering" peu à peu fera son bonhomme de chemin pour talonner le susdit impitoyable hit, et puis il faut entendre également comment le beat mécanique de "Separate Worlds" convoque les fantômes de Dirk et Mark (Ivens et Verhaeghen, rustres), ce qui combiné avec les échos puppiens omniprésents ne peut que souligner à quel point Statiqbloom vient prendre une place qui restait cruellement vide depuis que Putrefy Factor 7 s'était abstenu d'aller au-delà de deux inoubliables albums. Et en fait dès "Atrophy of Three" en ouverture, Statiqbloom se montre aussi outrageusement dancefloor que les pires horreurs commises par Velvet Acid Christ, sauf qu'on ne s'en aperçoit pas d'emblée parce qu'il est également aussi sinistre et claustro que les meilleurs moments du même prévenu ; on peut y voir encore l'essence new-wave d'un héritage de Remission+Bites brillamment modernisé ; on peut choisir également d'y faire son entrée dans un bunker-discothèque bien à part. Sans compter que dans le petit charme de ce premier Statiqbloom intervient aussi une voix de Kainer moins ensevelie dans le feuilleté cyberpunk qu'elle ne le sera - avec beaucoup de distinction, du reste - par la suite, ce qui permet de savourer pleinement les qualités certaines du ladre en gothmonger plus caverneux que Bill Leeb costumé en vampire pour les WGT, entre autres sur "Breathing Shallow".
Enfin, bref : Mask Visions Poison vient tout juste d'être enfin réédité sur un format d'honnêtes gens, et Statiqbloom va publier un nouvel album. Vous faites ce que vous voulez.

jeudi 11 avril 2019

Vous Autres : Champ du Sang

Sans même parler du handicap que pourraient constituer mes préjugés irrationnels à l'endroit des Lyonnais, dont je croyais initialement que le duo étaient : faut assurer, derrière deux noms pareils, et l'amertume toxique, la haine épuisée qu'ils dégagent...
Vous Autres y arrive, sans souci apparent ; la musique dévidée ici mérite à plein temps la couleur dont elle se pare jusqu'à la nausée, sans aucun désir de subtilité ; au point d'en prendre même le goût, à la lisière de l'écœurant mais avant tout enivrant.
Champ du Sang a l'extrême bon goût - précisément -, dans un registre aussi surpeuplé et sur-cartographié, où le palimpseste touche au gribouillis et au gros pâté, que le sludge-black-post-nihil-ladarkness-beatdown-metal, de finalement peu ou pas chercher le baston ou l'agression : tout juste peut-être par endroits un peu l'égorgement, mais au fond le seul nom à guitares auquel on pense - de loin - sera celui de Thou... ou Mortuus. C'est dire à quel point Vous Autres est préoccupé de virilité, même sensible ; non, Champ du Sang paraîtrait presque vouloir s'affilier à toute la plus maladive frange des enfants de Skinny Puppy : les moments dépressifs de Velvet Acid Christ, les complaintes corrodées de Putrefy Factor 7 ou Gridlock... Les amples paysages de ciels nocturnes ensanglantés, balafrés à l'acide, vers où la ville semble rêver de s'envoler et s'abîmer : la pochette ne vous fait pas songer à Statiqbloom, vous ?
Evidemment, Champ du Sang n'est pas tout à fait cela non plus, qu'on pourrait croire à lire tel emballement, cette chose radicalement étrangère au metal, pas davantage qu'il n'est Solstices ou CHRST, auxquels l'affilie, à distance de respect, sa propre, singulière façon d'être black metal en rampant, hardcore en ne soupirant qu'après la ruine et le désespoir de tout et tous...
Le karma faisant toujours bien les choses et les étoiles n'aimant rien tant que s'aligner, il se trouve que je relisais récemment un roman sur les Night Lords, et suis en mesure de vous assurer que ça collait ; des vampires bestiaux mais pas trop adeptes des affrontements à la loyale. Grandiloquent, enclin à la sensiblerie à l'égal presque d'un épigone d'Envy, et pourtant, encore, toujours, la malice, le poison dessous, en une toile soyeuse qui se marie, étonnamment ou pas, comme un charme avec une forme de solennité funèbre et aqueuse face à laquelle on n'a d'autre choix que, tôt ou tard, songer à The Cure, tout simplement, pour cet amalgame de rage et d'indifférence lasse ; et la simplicité est justement ce qui fait, probablement, toute la différence avec un Céleste à qui les titres des morceaux de Vous Autres pourraient renvoyer, sauf qu'eux sont trop épuisés de dégoût pour d'aussi longues et lourdes phrases - et la seule lourdeur qui a cours, celle du tempo et de l'harassement, ne fait ensuite qu'en découler : de la simplicité essentielle de ce qui se joue ici, à savoir bien sûr le dénuement de toute espérance et force de vie, faut pas déconner.
Du poison, vous dis-je.

mercredi 10 avril 2019

Oltretomba : The Horror - Figure del Terrore

Oltretomba jouent ce qu'ils appellent du retrograde metal, et on leur concédera fort volontiers le terme, assez évocateur de ce qu'on trouve sur leur album - mais concrètement, cela ressemble pas mal, comme l'indique la fiche promo, à du Darkthrone. Alors, qu'est-ce qui rend The Horror plus utile que le fort tristement court en bouche album d'Occvlta ?
Le fait qu'Oltretomba ne ressemblent, eux, pas qu'à Darkthrone et Celtic Frost, ni même à Craft comme le suggère la même source ; mais plutôt, tant qu'à faire, à la scène de Kolbotn ; à un Darkthrone mais alors possédé par la même folie que les Mion's Hill ou les Obliteration, et habité par les mêmes phosphorescences terreuses que des Tangorodrim ou, pour remonter directement au parrain : Abscess. Ah ; voilà l'affaire.
Parce que si vous vous disiez que tout cela vous avait l'air de ressembler beaucoup à Craft, dites vous qu'Oltrebomba est assurément beaucoup plus moche. On parle de la musique dictée par les fiévreuses crises d'hallucination causées par de sombres maladies héritées de la tradition médiévale la plus grouillante, hivernale, nyctalope... Comme de juste, il faut donc un petit temps d'adaptation pour s'accommoder aux couleurs qu'irradient ces étranges riffs pustuleux et putrescents, mais comme de non moins juste on pressent d'emblée que l'on est voué à le faire, et à s'attacher à leur glu ainsi qu'à de la mélasse ; jusqu'à finalement ne plus les trouver qu'à la rigueur un peu raboteux, et habillés du goût le plus naturel et roboratif qui soit, surtout sous-bassés qu'ils sont par des beats des cavernes.
Un goût de rock'n'roll - le psychobilly par endroits n'est guère loin - qui, plutôt qu'un "retrograde metal" disant du reste assez clairement l'envie, partagée par d'autres éparsement, de revenir au stade d'avant que black et death ne se distinguent - démange de l'envie de le bombarder reifertrograde necrorock.

mercredi 3 avril 2019

Nibiru : Salbrox

Pas que cela étonne fondamentalement, après des Netrayoni et des Qaal Babalon - mais des fois qu'il subsisterait des malentendus, et puis aussi parce que ça fait toujours un plaisir coupable à balancer : Nibiru ne fait définitivement pas - n'a jamais fait, en fait - partie de la famille du doom/psyche/stoner/whatever-metal ; je veux dire, pas comme des Oransi Pazuzu, qui passent pourtant bien plus (peut-être simplement parce que déjà l'on connaît leur nom pour commencer, contrairement à celui de Nibiru ?) pour les OVNI de service, et qui si chelou et zeuhl-black-machin soit-il jouent du metal sans conteste : Nibiru navigue dans la catégorie des... Hybryds, tiens, voire Fetsich Park, mais oui, en particulier sur ce Salbrox tout neuf et sémillant, tout pimpant de ses stridulants ululements d'oiseaux de Paradis d'une autre dimension : Cranioclast n'est pas loin, au propre comme au figuré.
Nibiru, comme bien souvent ce qui nous vient d'Hellénie ou de Romanie (et parfois aussi d'Ibérie), arrive tout droit du pays des mythologies , ou plutôt nous y emmène en un claquement de sabot ; en Chimérie. Dans les forêts paniques où tout ce qui se produit est imprégné de magie, de signification sacrée ; d'ailleurs si l'on veut pour en donner idée citer un disque autre qu'ambient, ce sera certainement Public Castration is a Good Idea, lequel pour ma part m'a toujours évoqué l'image, pétrifiante, du Minotaure meuglant amoureusement après son sacrifice depuis le fin fond de son Labyrinthe, et caressant l'idée de venir à sa rencontre ; ou 10 Swords. V'là le rock . Mais autrement, vous avez toute latitude pour vous remémorer The Divine Punishment et sa Gorgone, tout simplement ; en les transposant seulement dans un vampire blanchi par les millénaires mais toujours vert sous sa croûte de poussière, et un décor tenant autant du Népal que de la jungle indonésienne. Salbrox est une sorte d'épouvantable Dieu-Lézard sénescent et concupiscent, et les deux suffixes inchoatifs ne sont pas de trop pour dire assez à quel point on est, ici, dans le bon ambient : non pas celui qui tapisse, mais celui qui agit ; sur vous, bien sûr. Ambient comme la danse du naja.
Le reste ? C'est de peu d'importance, d'ailleurs on ne remarque même pas à quel moment précis les rythmes cessent d'avoir l'air programmé sur une beatbox alcaloïdomécanique de toute première qualité (j'ai dit, Fetisch Park, déjà ? alors j'ajoute Seekness, pour continuer dans le vaudou, et les suées de cauchemar tropical) pour ressembler plus à quelque chose qu'un batteur de rock épris de rites exotiques pourrait jouer. De toutes les manières, les amateurs de metal vrai trouveront que le disque comporte trop d'intros et pas assez de morceaux ; et peut-être au fait ont-ils raison, s'agit-il bien d'introduction. Ou plus exactement d'intromission ; dans votre tendre psyché.

mardi 2 avril 2019

Front 242 : 05:22:09:12 Off

Comme toujours aimèrent à vous le répéter vos professeurs de Latin : il n'y a pas loin du Capitole à la Roche Tarpéïenne.
Et cette dernière appellation n'est pas la transcription Loi Toubon de "stoner rock".

N.K.R.T : Confiteor

Comment se peut-il seulement que l'on songe, quelques longs instants pendant que se déroule Confiteor, quelque chose comme "Ah ouais, ça rigole plus N.K.R.T..." ? Comme si ça rigolait, d'habitude... N'empêche : il y a toujours eu dans la musique de Nekurat, ce n'était pas là ce qui la rendait moins palpable et concrète dans sa réalité rituelle, cette façon sans prétention, sans effets de cinéma, ce parfum de malfaisance ordinaire...
C'est fini - ou temporairement mis de côté - avec Confiteor.
Parce que Confiteor démontre un art partagé par bien peu - Nordvargr, et puis ? - pour vous plonger dans les flammes des enfers, tout en vous congelant les sangs. Et il opère cette épouvantable manœuvre en vous enveloppant de chants monastiques, comme à son accoutumée, ce qui est au minimum d'une horrible ironie, sinon plus probablement une bonne partie de son propos - propos, là encore comme à l'accoutumée avec lui, qui prend corps à travers le vôtre, de corps.

dimanche 31 mars 2019

Aube Grise : Shale/Arrache-Moi

Probablement ne suis-je pas le premier à m'éveiller au constat - mais cette recherche du point de confusion entre la frénésie - celle du stroboscope et du blastbeat - et l'ataraxie contemplative, tel que l'atteint pour prendre un exemple saillant et récent Tando Ashanti, n'était-elle pas par nature offerte sur un plateau au black metal et son caractère si contemplatif - que ce soit de la forêt ou de la vile décadence du monde ? Lorsqu'en plus on a découvert tout fraîchement Distant Voices, qui publie cet Aube Grise, par le biais d'Autrenoir, il devient difficile de pas ajouter à cela une couche supplémentaire de fascinante confusion : celle entre black metal et techno - ou, puisque pour cela on n'en était déjà pas loin avec justement Hexis, entre black metal et ambient.
Aube Grise montre d'ailleurs tout à fait le même genre de haute ambiguïté indomptable qu'Autrenoir, parvenant à entretenir l'enivrante confusion et indistinction, entre la férocité norvégienne et cette neurasthénie bien moins guerrière et chevelue, qui depuis quelques années est venue au grand dam des vrais chevelus investir le terrain frostbitten, avec une toute autre délicatesse que tous les projets dits de "black à casquette", préservant intacts dans le processus les deux caractéristiques, qui après tout s'accommodent aussi bien l'une que l'autre de la crudité comme condition primordiale, et finalement unique. L'osmose ou le dialogue se font tout naturellement à partir de là, et de cette sensibilité commune - au gris, à la nature, à la contemplation, à la texture de la vie qui se décompose en direct et paisiblement, sur un épiderme écorché.
Bref, assez de théorie pompeuse : on pourrait dire, pour faire comme d'habitude dans la punchline éhontément approximative, que Shale/Arrache-Moi fait du Hypothermia, mais que le résultat n'est pas du tout du Hypothermia. Plutôt du côté de Consider Suicide, d’ailleurs, s'il faut rester chez Kim Carlsson, qui après tout partage avec Aube Grise une philosophie du "plus je regarde les hommes, plus j'aime le lichen". Du black pour aller aux champignons, et ne jamais revenir, se perdre au milieu des souches pourries, dans l'odeur de l'humus. On n'avait assurément pas entendu aussi végétal (ces blastbeats de spores, ces riffs en écorce fatiguée...) depuis le premier Botanist.
Oui, le black metal peut être reposant, et non, ce n'est pas une insulte.

samedi 30 mars 2019

Vortex of End : Ardens Fvror

On peut donner l'impression (on se la donne, à soi-même) de non seulement radoter, mais qui pis est de le dire pour chaque disque, pourtant il faut s'en détromper : ceux-là existent et sont légion, qui ne le font pas, c'est simplement qu'on a plus important à faire que parler d'eux ; mais ils nous encerclent et c'est pourquoi il faut signaler, chaque fois, les albums de la trempe de Ardens Fvror. De quoi parle-t-on, au fait ? Mais des albums qui irradient le sentiment du Mal, voyons ! et toutes les variantes de religieuse extase y associées.
C'est d'ailleurs dans ce "variantes" qu'il convient de voir, aussi, tout l'intérêt de prendre le temps pour ce qui semblerait presque un n-ième album dévoué au Malin ; car pour sûr la couleur et le goût de la ferveur vibrant chez Vortex of End ne sont pas ceux qu'elle a chez Drastus ou Malhkebre, pour prendre d'autre éminents provinciaux, non plus que celle de Vorkreist, Antaeus ou Merrimack, pour citer les Parisiens dont Vortex of End égale l'âpre flamme ; même si, vous vous en doutez n'étant pas sans savoir que les noms ici sont rarement lâchés par hasard, elle dialogue avec un peu toutes celles-ci pour diverses de ses nuances ; ce qui, soit dit en passant, est assez logique : on est, martelons le avec délectation, entre amoureux du Porteur de Lumière : il serait préoccupant que leurs propos respectifs différassent du tout au tout.
L'humeur donc dans Ardens Fvror est aux plus sensuelles teintes de rouge, celles de la braise, du sacrifice, de la chair ouverte ; du rose à l'orange en passant par le vermillon et le cramoisi ; c'est ce rideau de sang qui colore  tout et compte avant tout, au point que l'on ne sait d'un moment à l'autre si des forêts de Kali (sérieusement, serait-ce pas le meilleur album de Weapon, que l'on est en train d'écouter là ?) l'on est passé en Suède, ou bien encore en Islande... La grandiloquence, on l'aura déduit, n'est ici pas un péché, ce qui l'est en revanche c'est de prendre le déguisement et l'hermétisme pour le gage d'une quelconque force intérieure. L'assurance de la foi n'a pas à se dissimuler ni se travestir, elle s'affiche radieuse, conquérante, dans cette musique qui respire, et transpire l'aise, ne déployant d'emphase que celle de son propos, non  celle qu'elle souhaiterait porter sur elle-même. La musique de Vortex of End connaît plus important qu'elle-même : sa cause. Sans doute est-ce là ce qui irrépressiblement fait la comparer à celle de Malhkebre, quand bien même l'une évoque le rock'n'roll et l'autre Slayer : les deux sont des musiques de guerre, de croisés partant en guerre, le cœur bouillant dans la poitrine.
La cause de Vortex of End, toutefois, semble plutôt celle de l'excès, de la luxure, l'appétit ; sa guerre n'en est pas une de résistance, non plus que de rétribution ; mais une de conquête, d'ascension, de gloire. Une qui n'en est pas moins effroyablement avide de déchiqueter pour être toujours préoccupée de charnelle, de pulpeuse beauté, ce qu'elle est avec fureur et férocité. La passion est de retour dans nos parages, puisqu'on vous le dit.
En un mot comme en cent, un disque qui décalotte méchamment. 

vendredi 29 mars 2019

Bile : SuckPump

Bien sûr, un point de vue désabusé sur SuckPump serait d'en dire qu'il sonne comme si Bile étaient des fans exclusifs de "N.W.O" chez Ministry, mais qui, de peur de sonner un brin tantouze, y injecteraient de massives doses de Pantera (ce qui s'entendra encore plus sur le TeknoWhore à suivre, qui est le disque que Manson ont sorti sans Marilyn au chant, remplacé par Phil Anselmo).

Mais ce serait méconnaître :
1/ ce que le disque peut également offrir comme horrible hip-hop au groove de camion-poubelle - "Feeling like shit", oh mon dieu...
2/ ce que le disque peut avoir d'OVNI au milieu de la mare aux canards du metal-indus teubé, et de foutue putain de BRUTASSE sa mère.

A part KoRn, dont on pourrait (si si, essayez) du reste voir Bile comme un cousin irradié et ranxeroxisé au trente-douzième degré, pas grand monde n'est qualifié à ce degré de difformité débridée. Ce qui n'était pas peu dire, à une époque où la difformité, le grotesque et le freaky white-trash étaient la norme dans les rues du rock mal famé.

jeudi 28 mars 2019

Totengott : Doppelgänger

Plus prométhéen encore que Monotheist et les albums de Triptykon - puisqu'il y a fort à parier que l'auguste auteur de ces derniers trouve l'histoire de ce Prométhée un tantinet tomgabrielfischerienne, et possède un narcissisme de proportions suffisamment hors normes pour parvenir, en se mêlant de l'incarner, à dénaturer par son propre superindividualisme un mythe sur la volonté de l'individu ; plus proche pulsionellement du mythe et de son sens universel, de ce qu'il offre comme représentation de l'Homme, son insolence désespérée, sa rage exprimée à la face des dieux au mépris d'une faiblesse qu'il sait être la sienne, le soufflet rude qu'il inflige à la fatalité alors même qu'il sait que pareil geste rebelle ne lui peut attirer que plus encore de mauvais sort...
Totengott, plus proto- encore que Celtic Frost, descend dans l'Hadès aux sources même, aux racines en l'homme, du sentiment satanique. Elles s'entremêlent avec celles de la montagne, c'est probablement pourquoi ne faudra pas s'étonner de sentir en soi enfler des montagnes, en écoutant Totengott ; des montagnes d'humeur ténébreuse et brûlante. Du Wagner dessiné avec un morceau de charbon sur les parois d'une caverne toute grondante du courroux des divinités inférieures, et où l'imaginaire de l'auditeur, subjugué, lira des processions d'oliphants, des lamasseries maléfiques, l'antre de Thulsa Doom... Des choses pleines de rudesse, de grandeur, et de suie.

Front 242 : 06:21:03:11 Up Evil

Parce qu'une précision manquait à la chronique de Darker à fin de lui donner tout son poids : je n'aime à peu près pas Front 242 (je vous raconte pas ma mine déconfite le jour où, sous le choc et encore haletant d'avoir entendu "Stateless" pour la première fois, j'ai demandé au DJ de qui était ce divin morceau) mis à part cet album, qui est le seul disque mortel qu'ils aient sorti, ce qui explique probablement qu'il ait fait partie des disques qui m'ont converti, minot, au gothisme, dans le brouillard de son de bunker enfumé qui était le sien sur cette cassette où en était repiqués quelques extraits, à la suite de "Alice" et "New Day" (de Cure, et dont j'ai mis des années à retrouver la piste).
D'ailleurs, Up Evil et Darker sont-ils bien différents ? Sont-ils pas la même preuve que l'on peut moderniser sa musique sans se ridiculiser, ni surtout perdre une seconde le fil de ses racines ? S'agit-il d'autre chose que la voix de Jean-Luc De Meyer venant injecter un massif feeling new-wave vénéneux dans, çà, la techno variante jungle de Marc Heal - puisqu'il faut bien reconnaître que c'est avant tout lui que l'on reconnaît à la manœuvre dans les instrumentaux du premier C-Tec, peut-être même a fortiori sur le seul morceau supposé être de la main de... Rhys Fulber - et là, la techno variante trance à laquelle les Front 242 se convertissaient à l'époque ? Gare toutefois de ne considérer Up Evil comme un album de simple techno ; gare à "Motion"... Tu m'étonnes, que le mioche que j'étais en ait été marqué à perpétuité : après des machins comme ça, s'imprimant au fer rouge, tu es prêt aussi bien pour The Eternal Afflict que pour Plastic Noise Experience ; d'ailleurs, pendant qu'on y est, la chose - avec "Motion" mais encore "Skin" la hantée, avec ses énigmatiques formules - constitue à la fois mon premier contact - celui que l'on peut en général qualifier de fondateur - avec l'EBM (dont je ne connaissais alors pas même le nom), mais également avec la techno.
Et l'on peut dire que lorsque l'on découvre la techno avec un Up Evil, le mot devient celui d'une idée qui fait peur. Quand bien même elle est traversée de choses comme "Hymn" qui, là encore, feront penser à un FLA touché par une grâce que les Canadiens jamais n'auront. Aujourd'hui encore, je pense que je considère le disque comme un des meilleurs albums de techno que je connaisse, ainsi que mon mètre-étalon de ce que la techno peut et donc doit être : capable autant de concassages à la fois planants et martiaux tels "Flag", que de choses semblant échappées de Violator - en parlant de disques fondateurs reçus tout chiard dans la tronche - comme "Mutilate" ; vénéneux, en vérité, à chaque seconde ou presque - l'erreur de parcours "Melt", aïe, aïe, aïe 2 Unlimited... - y compris, ce qui n'est pas le plus facile, dans les purs assauts de brutalité : "Religion" fait bien la traduction sur le terrain avec les insinuations pas loin de satanistes du titre de l'album, pas vrai ? Tu les sens, les rangers et les flammes, sous le refrain garni de son large sourire d'incendiaire en treillis camouflage, et ce beat à te fiche une jaunisse à Sascha Konietzko ? Et la faussement ringarde et authentiquement hymnique "Waste", on en parle, ou c'est bon ? Et "Stratoscape", vous l'avez - l'accouplement de Die Form et Skinny Puppy, en toute décontraction ?
Pour ce disque seul peut-être, mais rien que pour ce disque : Front 242, respect.

mercredi 27 mars 2019

Totengott : The Abyss

Totengott fonde sa musique dans un postulat fort primesautier, et sur lequel on serait bien grincheux de faire la fine bouche - surtout si l'on s'appelle Tom Gabriel Fischer - à savoir : oublions ces conneries de Black Sabbath, et imaginons un instant : et si Celtic Frost était l'origine de tout ? Proto-death, proto-hard, proto-sludge et proto-doom - avant même que d'être proto-black, proto-thrash et protobituary ?
La langue de Warrior comme langage universel, vocabulaire primordial de l'homme nu face aux éléments. Et Totengott à partir de ce point de vue déjà fort satisfaisant sur le panorama environnant - ça vous donne tout de suite le torse bombée et une altitude alpestre de fort aristocratique aloi, pas vrai ? - décide de... partir en arrière ; vers le commencement. Par rapport à Celtic Frosptikon (pour les ballots qui n'ont pas suivi l'épisode précédent : Totengott est le petit groupe de reprises rien qu'un peu monté en graine qui met en lumière la totale homogénéité entre Morbid Tales et Eparistera Daimones, rien que ça), déjà, et même par rapport, en l'occurrence, à leur propre discographie et au Doppelgänger inaugural ; The Abyss semble chercher encore plus loin un état idéalement préhistorique des choses, est encore plus un disque cavernicole - avouez qu'avec pareil titre, ça tombe bien -, encore plus minéral : on est quasiment dans le proto-prométhéen, pour le coup.
The Abyss, c'est là son aridité autant que son charme durable, est à la fois plus primitif encore que Doppelgänger, et plus hiératique, empreint de religiosité rocailleuse, de sentiment du sacré tellurique. Ébouriffant, pour le moins.
Comme qui dirait qu'en s'enfonçant dans la croûte terrestre, Totengott dans la physionomie de la roche déchiquetée découvre les contours d'une église ; une sorte d'inestimable vestige, antérieur même - dame ! - à la naissance de Saint Tom Gabriel. Celui d'une forme pré-humaine - après tout, rien que le son des guitares chez Totengott est un hydrocarbure fossile - de spiritualité death metal, particulièrement sévère et cimmérienne, bien souvent longeant placidement la lisière de la dark wave et de l'industriel apo-orchestral : Das Ich et In Slaughter Natives sont des amis de Totengott, que ce soit dit si d'aventure leurs noms à tous ne le disaient pas assez fort. En tous points, The Abyss est une digne suite de Doppelgänger, tout à la fois plus farouchement (et certainement pas régressivement) primitif, et révérencieusement enfoncé dans les Ténèbres et leurs mystères divins : croirait-on pas croiser l'ombre de la queue de Godflesh (qui vient de becqueter Horse Latitudes), au tournant de certains tunnels ? et plus loin Valborg ? l'odeur de Conan, en tous les cas, que l'on peut croire détecter dans une certaine forme de rusticité ourlée de polyphonies d'aboiements, est une illusion trompeuse, qu'il faut se garder de suivre : nous sommes ici en présence d'un tout autre gabarit de troglodyte ; un venu tout droit du fin fond des âges et, paradoxalement ou pas du tout, d'une profondeur spirituelle sans commune mesure ; on se rappellera qu'en grec commencer et commander sont le même mot, et que ce mot est "archéo". Comme qui dirait que Totengott est en passe de trouver son propre monde, celui, un peu, du plus vieil ermite de la création, et qu'il eût mieux valu ne pas déranger.

C-Tec : Darker

On le sait ou pas : il existe un subgenre musical - non pas un sous-genre, mais une réelle famille transverse, voire tout simplement trans-genre - appelé "moustache". On voit très facilement de quoi il retourne - ou à tout le moins on le fait si j'ajoute que le plus bel exemple et définition en est l’œuvre de Sheep on Drugs avant le départ de Duncan - en revanche on peut s'en réclamer beaucoup moins facilement. Un groupe comme Cubanate, par exemple, a plusieurs fois échoué à vouloir en être, avant que de trouver sa propre honorable voie ; pour une raison très simple, et sans appel : trop hétéro, trop survèt' Adidas.
Et C-Tec ? Eh bien ils ont réussi, eux, un des hold-p du siècle, en inventant la jungle moustache. Et prouvant, par le fait, qu'on peut jouer moustache en se passant entièrement de la disco et des guidons - et des fourches, bien sûr - de gros cubes. Ils étaient pas peu aidés, faut dire, ils avaient Jean-Luc. Oui, je parle bien de Jean-Luc De Meyer, le chanteur de Bigod 20. La jungle jouée sur Darker est donc musclée comme put l'être celle jouée par - vous ici ! - Cubanate sur Interference, mais plus raffinée que cette dernière, ne lui en déplaise (le charme de Cubanate se niche de toutes les façons beaucoup dans son côté pub et Nike Requin ; puis Marc fait partie de C-Tec, et il a pu en faire à sa tête dans Cubanate), futuriste, luxueuse, même... mais avec ce soupçon de vulgarité en boléro cuir porté à même la peau, qui fait tout. A commencer par ajouter aux ballades de lover ces phéromones qui leur font cruellement défaut dans n'importe quel disque ou presque pondu par Bill Leeb ou pire : Rhys Fulber ; et les élever jusqu'à une aura où elles opèrent la communion de l'esprit Summer of Love/The Beloved avec l'esprit bionique bien moulé, impeccablement lubrifié et usiné en soufflerie chez Audi : c'est beau ; écoutez moi "Epitaph", et revenez me dire que c'est pas beau, qu'on se marre.
Oui, Darker est parfaitement lumineux à plusieurs reprises, et sans un seul instant être en rupture de ton avec son attitude impeccable de ténébreux cyborg ; au point qu'il paraîtrait presque comme une préfiguration des deux disques de Fixmer/McCarthy, maintenant que vous le dites. Et il fallait bien nul autre que Jean-Luc pour y parvenir. Qui n'a jamais rendu les armes et étendu la Jesus Christ Pose au milieu d'un dancefloor corbeau en découvrant (ou en entendant pour la douzième fois) "Stateless"... qu'il reste pourrir dans sa vie de merde, j'ai envie de vous dire. Croyez vous qu'il est facile d'être là assis pour vous la décrire, cependant que je l'écoute ? Oui, il fallait bien l'illustre chanteur de "The Bog" pour égaler justement cette dernière au panthéon des hymnes EBM immortels ; le seul homme (en dehors, donc, bien entendu, de Douglas McCarthy) capable d'insuffler un romantisme aussi frissonnant et soulful que sa sensibilité dans des chansons interprétées en doudoune militaire sans manches et paraboots, les lunettes de glacier sur le blair ; et puis, ce légendairement énigmatique mot de la fin, qui propulse carrément la moustache dans la geste mythologique... Mais, autre différence avec le pourtant très sympathique Interference, Darker ne se résume pas à ce -plus-que-tube, et tous les morceaux à peu de choses près se placent juste un demi-cran en-dessous sur l'échelle de la baffe, et les instrumentaux pour leur part élèvent les codes inhérents au genre au rang de la haute couture, à l'égal de... Sheep on Drugs.
Je ne vous en dis pas plus : normalement, sauf si vous faites des réactions allergiques au cuir ou au rubber, vous êtes déjà en train de chercher à le pécho.

mardi 26 mars 2019

Fyrnask : Eldir Nött

Fyrnask alors jouait encore du black metal... un peu.Les cavalcades vandales en tambourinaient encore sur la nuit, les riffs en étaient encore en conséquente proportion composés de l'obscurité dont la visée principale était la lacération ; pourtant déjà les uns comme les autres s'élevaient en des formes et des lignes de cathédrale.
Les échos pouvaient en rappeler, çà Altar of Plagues, là Drudkh et autres mélancolieuseries de viking né trop tard ; pourtant déjà l'on visait ici plus élevé que là-bas, l'on aspirait plus haut, l'on humait la piste du sacré, du divin. Tant ce que le disque peut avoir de guerrier que ce qu'il peut avoir de méditatif, déjà, s'inscrivent dans une démarche plus mystique que chez des voisins qui n'en sont que par une illusion d'optique, une incongruité de la perspective. Fyrnask trace sa trajectoire à la façon d'une lame. Sans avoir besoin une seule seconde de vous jouer des rôles de composition sur la violence, ou de se costumer d'une supposée bestialité, d'un blasphème forcené : la seule violence qui l'habite est celle de la passion, du frisson ; aiguë, cassante, évoquant tout au plus la grâce lunaire du Negura Bunget des bons jours - des bonnes nuit. Fyrnask trace sa voie tout seul dans le noir. Dans une tempête dont il finira par faire jaillir de l'or.

Dead Woman's Ditch : Seo Mere Saetan

Le blackdoom, c'est pas rien, à faire. C'est un genre du même type que le fantastique : faut que ça confonde ; si on en sort avec la moindre certitude, c'est fichu ; une histoire d'équilibre, sur le fil d'un doute permanent.
Dead Woman's Ditch le maîtrise à merveille, cet équilibre : dedans leur disque, on entend autant de black à la Deliverance - déjà pas un exemple de beumeu bien orthodoxe et sans ambiguïtés - que de doom rural école Grimpen Mire ou Ramesses ; voire du Neurosis, en filigrane, du bien psyché-doloriste genre Silver ou Fires, et aussi du noise-rock déviant, type Jumbo's Killcrane, qui est du reste peut-être le groupe dont se rapproche peut-être le plus Dead Woman's Ditch, avec sa profonde, viscérale bâtardise.
Bâtard, et fantastique : voilà les deux épithètes qui le mieux qualifient Seo Mere Saetan - voire "bâtard fantastique" : tout pensée pour le chien des Baskerville à la lecture de ces mots est fortement encouragée et congratulée. Du foutu black mangé par une saloperie de cochenille automnale, de rouille sexuellement transmissible frappant toute la végétation alentour, la rendant globalement acariâtre et mal intentionnée - qui est du psychdoom souffreteux aux doigts crochus et fébriles de Nosferatu baveux, ravagé par la consommation excessive d'opium.
"Seo Mere Saetan" doit vouloir dire belle saloperie, je vois que ça.

Hint : 100% White Puzzle

Une sorte de condensé de Swans - grosso merdo de Young God à Swans Are Dead - mais joué par de petits alternos typiques des nineties gauloises, fraîchement revenus de Bali, et chauds mon pote pour en tirer quelque chose musicalement. Forcément, donc, le résultat charriera aussi bien des échos de Foetus que de Bästard, de Grötüs que de Kill the Thrill, de Neurosis que de Zend Avesta, de Motherhead Bug que de Gigandhi.
Probablement pas le disque immortellement génial que la plupart de ceux qui en parlent tentent de vous faire croire (ce dont, ne voulant pas avoir la désobligeance de faire la psychanalyse au comptoir, je me contenterai de m'avouer perplexe, à tout le moins, venant des novices comme de ceux "qui étaient là")... mais tout simplement un (très (très)) fort attachant petit album, qui vous propose un circuit pas peu garni en supplément d'âme à travers ce qui pourrait apparaître comme une impeccable enfilade de lieux communs de son époque glorieuse ; voire un périple dont déborde un rien de caractère propre : en dehors de toutes les références obligatoires (mais très sincères) que l'on sent, et compte une à une sans rancune, on relèverait aisément, dans les parties les plus ambient et cinéma de ce disque free-punk-hardcore, des accointances avec Megaptera, Deutsch Nepal, Mercantan, Messagero Killer Boys, Omala ; ce qui révèle, par le fait, tous sauf de l'interlude fonctionnel d'ameublement.
Ce qui fait bien de 100% White Puzzle, en quelque sorte... un puzzle, mais alors tout sauf monochrome. Là encore, parfaitement à l'image de l'époque qui l'a vu fleurir et dont, au-delà des formules toutes faites et du bel esprit à deux balles, il est surtout caractéristique par sa façon post-diy de ne surtout rien faire parce que ce serait attendu de lui dans une catégorie ou une autre, mais uniquement parce que cela relève du propre puzzle, précisément, qui le représente, le constitue, et qu'il s'amuse à résoudre, avec émerveillement, hilarité (on songe réellement très fort à un Neurosis tout sourire quelque part en Indonésie, en plusieurs endroits de l'album (et certainement pas au Neuroasis que nous déversera Baroness quelques décennies plus tard)), sans chercher à en venir à bout.

Alors si comme d'aucuns vous vous êtes séparé bêtement (mais alors vraiment comme un con, parce que je vous prie de croire que lorsque je l'ai fait, on n'en tirait pas le pécule pour lequel il part aujourd'hui sur Discogs), sachez qu'il va ressortir bientôt à format et prix d'honnête homme.

samedi 23 mars 2019

Phallus Dei : Pornocrates

On ne le croirait pas, dit comme ça - mais le metal indus, école Ministry de la chose, en haut de forme et redingote, pour procéder à un envoûtement façon Histoire d'O en plus ténébreux... Ça marche du tonnerre.

Phallus Dei : Black Dawn

Que dire de l'album "on est revenus pour faire du drone" de Phallus Dei, une fois passée la déception ce ce constat précis ? Elle met du temps à digérer, croyez le bien, ce que l'on ne peut voir pour eux, que l'on écoutait avant de se lancer à corps perdu dans le metal, avant que ce dernier ne s'empare du drone, que comme une chute, dans le trivial, la médiocrité, le plus petit commun dénominateur, l'air du temps... Et un album de drone qui manque de gigantisme metal.
Que dire d'un Black Dawn ? Que c'est bien un album de Phallus Dei, personne d'autre, avant d'être accessoirement un disque de drone. Et que le drone, quand il est joué par des aristocrates tels que ceux-là, question d'élever des cathédrales de son, pardon ! mais ça vous a de suite une autre allure. Une autre amplitude ; une qui ne s'étend pas dans la massivité à outrance et l'escalade - on n'escalade pas les gargouilles d'une cathédrale, rustres ! - mais, naturellement, dans ce qui fait Phallus Dei : le discrètement, le raffinément, mais le vertigineusement hiératique ; l'ambiguïté, aussi, celle des gens chez qui la radicalité ne dispense pas des bonnes manières les plus exquises. La délicatesse, voilà qui a toujours caractérisé Phallus Dei même dans la brutalité - surtout dans celle-ci, sans quoi elle n'est que l'affaire des bêtes les plus basses et vulgaires.
Non, il n'y a pas que le sabbat dans la vie, et l'âme peut prétendre à des destinées plus élevées, à des contemplations plus raréfiées. Non, ce n'est pas le genre de la maison de laisser le son s'ériger tout seul en parois et contreforts grossiers, et le regarder faire avec une satisfaction étayée d'une bière ; une cathédrale demande un peu mieux que cela, une cathédrale n'est pas un ramassis de stalagmites, une cathédrale est un endroit pour y formuler des prières, c'est à dire pour parler à ses intimités. Et parler aux intimités, voilà qui, même lorsqu'ils ont joué un peu du metal, a toujours été l'affaire de Phallus Dei.

vendredi 22 mars 2019

Dead Elephant : Year of the Elephant


Dead Elephant joue de cette espèce de cochonnerie de mi-chemin doom/sludge/black typiquement actuel depuis déjà trop d'années, dont l'indécision confine dangereusement à l'opportunisme de type Jean-Claude Dus, et partant menacé de la même tiédeur qui frappe des gens comme Oldd Wvrms ; mais Year of the Elephant le pratique avec une âcre acrimonie qui évoque Electric Wizard, ce qui change tout. Une acidité de riffs et de chant qui jette des ponts entre nos Grecs du jour et des choses plus ou moins affiliées à l'anarcho-crust, comme Coffin Burner, Grief, Mala Suerte ou Dead Witches, au moins autant que directement Amebix et Rudy Peni.
Les moments black, lorsqu'ils sont plus marqués, demanderont quant à eux pour être décrits les noms de Khold ou Hell Militia, ce qui d'une n'est pas rien, et de deux parfaitement raccord avec les points de repères précédents, question sentiment de misère et d'accablement vicié par la rancœur. Et c'est, finalement, là ce qui met met Year of the Elephant à l'abri de ce soupçon évoqué plus haut, que suscite légitimement le premier abord de leur musique. Dead Elephant joue le contraire de ce sludge/doom/black qui vous laisse choisir à sa place, parce que Dead Elephant a choisi : il joue du sludgedoomblack, de ce sale machin indivisible que bien peu sont capables de jouer - on peut également songer à Dead Woman's Ditch, avec un registre de langage moins fleuri mais non moins frontalier avec celui du fantastique avéré : là encore, il n'y a au bout du compte aucune contradiction, que de l'osmose, entre cette atmosphère et celle de misère déjà évoquée, par la grâce de ce chant charriant le même genre d'acidité prophétique que ceux entendus chez Anguish ou A Thousand Sufferings.
Le sludge, lorsque c'est difforme et que ça vient du tiers monde, c'est toujours mieux ; alors, lorsque cela vient par-dessus le marché du fin fond de la forêt et de sa gueuserie sinistre, quoi d'étonnant que ce soit encore mieux ? Car j'ai beau avoir une tendresse coupable pour ce genre de chant de goule enragée par le désespoir, la Grèce prouve ici une nouvelle fois qu'elle est bien autre chose qu'un cliché méridional, et en vérité ce sludge-ci, en sus d'appartenir à l'espèce rare du sludge qui en a quelque chose à foutre (et le doom, c'est toujours plus roboratif que les ricanements flasques), est définitivement une part de la steppe nocturne, venteuse et désolée.

lundi 18 mars 2019

Fyrnask : Forn

On le sent, d'entrée. La chair a beau être tristélas, et tout avoir déjà été fait, lus tous les livres et patin couffin, que ce soit en black tout court, en black-orthodox, ou en black-packagé-deluxe-VánRecords... Quelque chose de différent préside au phénomène qu'est ci-devant la musique de Fyrnask.
Quelque chose se passe, qui n'a pas lieu tous les quatre matins. La grandeur, le souffle héroïque, à la fois prométhéen et touché par la griffe de la souillure, maudit par la chute, sont présents à en faire tourner la tête et les sangs. Les proportions, l'ampleur de mouvements, en usage chez Fyrnask ne sont pas celles du commun des disques et des groupes ; imaginer une impossible intersection de Primordial avec Urfaust peut vous en donner un commencement d'idée de la rage mystique faisant plus que confiner à la démence, mais là n'est pas la question ; on pourrait avancer également que tout n'a peut-être pas été dit après tout, et que de fraîche date, entre ceci, Aoratos, Triste Terre, et tout le black à l'islandaise qui en pourrait aussi bien être à l'origine, le black metal qui assume sa part de romantisme noir (parce que le punk-metal à cartouchière ça va bien un moment) est de retour en cour - mais là n'est pas la question ; non plus qu'elle n'est de comparer ces ors gorgés de puissance magique à ceux manipulés chez Drastus ou Svartidauði.
Fyrnask s'avance tout seul, peu importent les questions d'intendance pusillanimes. Il est seul absolument (d'ailleurs pour revenir sur les références lâchées du bout des lèvres plus haut : il faudrait concevoir un Primordial n'ayant pour l'intégralité de ses semblables et le monde qu'une indifférence tout juste colorée de mépris, et un Urfaust n'ayant de l'ivresse une pratique qu'exclusivement et excessivement disciplinée, précise d'alchimiste dévoyé et impitoyable) et ne se préoccupe pas davantage de vous que de pairs qui ne sont pas les siens ; son chant ne fait pas d'effort particulier pour être entendu - sinon de dieux dont on n'aimerait pas être à la place, quels qu'ils puissent être, de puissances qu'il apostrophe, exhorte, d'un souffle brûlant comme un vent de l'infra-monde, juché en seigneur sur les ailes de riffs à la fougue de maelstroms alchimiques, au creux desquels tout naturellement viennent se nicher de précieux moments de calme, de confidence, de recueillement qui jamais n'ont la vulgarité de venir simplement "jouer le contraste", ou quoi que ce soit de l'ordre du calme et de la tempête : ces lacs étals sont un moment de la tempête éternelle qui est le lot de l'esprit fort - quand je vous dis qu'on parle de black qui assume son emphase constitutive et son impératif de ferveur... Même si le ton n'est pas exactement le même, en vérité le seul pair que je voie dans l'immédiat à Fyrnask est Drastus ; ce qui n'est pas rien à dire, vous êtes censé commencer à le savoir.

dimanche 17 mars 2019

No Vale Nada : Alter Ego

On n'est pas déçu, c'est le moins qu'on puisse dire. Je veux dire, vous pensez forcément à la même chose que moi lorsque vous lisez le nom du groupe, non ? Forcément ; un screamo malade du tétanos. Lourd quant à son sang, et maladivement fragile, affreusement rouillé par l'intérieur, un genre de Converge d'antan tout anémié, de Breach dévitalisé, expectorés comme un phlegmon par quelque patelin endeuillé de par chez nous, de préférence un endroit dont l'horizon pour être campagnard n'en est pas moins bouché, dont à le voir un matin en se levant le ciel s'est pendu.
On en est même presque... déçu, tant on n'est pas déçu : tant on voulait se cacher juste un peu qu'on savait ce qui nous pendait, justement, au nez, à quel point ça nous pendait au nez. Tant No Vale Nada, un peu à l'instar d'un Daggers des début, n'exutoire pas, ne catharsise pas, n'hyperbolise pas, de décolle pas, ne fait aucun bien ; il ne cherche même pas tant non plus votre malaise, votre confrontation, votre contrariété ; il se contente de s'ulcérer, il a bien assez à faire d'être souffrant, d'être congestionné, de haleter de toutes ses inflammations et hémorragies internes, de digérer le verre pilé et les rêves broyés qu'il se fade le matin en guise de céréales, dans son brouet tuberculeux.
Alter Ego ne rocke pas, malgré une énergie désespérée de punk rock (puisque d'un point de vue strictement technique, No Vale Nada paraîtra forcément moins extrême que par exemple Carne, dans la catégorie "Breach de la France déshéritée") qui ne se relâche jamais, une énergie de la douleur qui le porte à bout de bras au-dessus de la mer orageuse de ces guitares acides ; Alter Ego ne soulage rien, Alter Ego attise, échauffe, irrite, rumine, macère, scarifie avec une fiévreuse application qui est la seule réaction dont il soit capable ; mis à part, bien sûr, vous massacrer la tronche à coup de couvercle de poubelle ou de n'importe quoi qui traîne, et peu importe qui doive rester à terre à la fin. Alter Ego, maintenant que vous le dites, tient autant de Breach que d'un Today is the Day beaucoup moins mental que l'original - beaucoup moins disons luciférien puisque Steve Austin est horriblement mental mais sans que cela n'aille contre son encore plus grande sensualité - mais certes pas moins torturé ; l'acidité existentielle de No Vale Nada rappelle autant celle de Steve Austin, que ses ruades raides et ses grêles stridences celles de Planes Mistaken for Stars lavés de toute beauté autre que blême à l'égal d'un cadavre, par les ravage de tri-thérapies subies pour endiguer la maladie qui change le sang en houille et la peau en papier de verre.
Alter Ego est une éruption continue et pourtant suffisamment modulée, houleuse, mouvementée, titubante pour que pas un moment l'on ne sature malgré tout ce que l'on a dit de son incapacité totale à complaire : vous pouvez ajouter Lifelover à votre liste d'insortables auxquels No Vale Nada vient ajouter son haleine de cassos puant l'alcool très bon marché et le sang jamais loin de s'épancher, de cadavre enragé titubant, d'ailleurs certaines guitares fugacement se voient prise d'un tremblement qui les rapprocherait presque du punk blafard que l'on nomme batcave, mais sans le jaune, à savoir la capacité de rire, même couleur pisse.
D'ailleurs, si l'on aura compris au milieu de ce fatras balourd de quoi il retourne, j'ajouterai simplement ce qui clarifiera encore - ou pas - le propos, à savoir que le disque se finit sur un "Plutôt Crever que Mourir" qui n'a pas la grossièreté d'ajouter de la dérision musicale - mais alors pas du tout - à son titre, qui en eût fait quoi que ce soit d'autre que de l'humour couleur du goudron le plus rêche. Et tout comme la misère, celui-ci est pire que contagieux : collant.

vendredi 15 mars 2019

Faceless Burial : Grotesque Miscreation

Des auditeurs bien plus compétents que moi question mormétal ont statué que cet album de Faceless Burial était moins personnel que le mini à suivre, ils ont probablement raison... N'empêche. Je reste impossible à convaincre. Ce qui fait la spécificité et la saveur de Facelss Burial, c'est l'ambiguïté que l'on n'entend qu'ici. Dans cet album pétri autant d'occultisme infernal et fuligineux à tout crin, axe Lvcifyre-Teitanblood - que d'un étrange groove urbain et caoutchouteux, sourd mais bien déterminé, qui fait penser autant aux moments magmatiques de Godflesh qu'à des choses telles que Trepalium ou Cannibal Corpse, avec de discrètes franges NYDM chaoticorisant, voire un filigrane deathjazz cannibale école Imperial Triumphant ; cela tient du reste autant de l'ambiguïté propre à un growl remarquable en toute discrétion et particulièrement viandu, qu'à la mate et chaude présence d'une basse douée d'une énergie souterrainement funky, mais sachant également miauler comme une baleine de l'inframonde, et qui affuble de bandanas, des gros bras, et d'une jubilation certaine à les gonfler pour la galerie, à ses prêtres encapuchonnés ; qui sardoniquement sous-tend les grondements pleins de tectonique malveillance, les rend joueurs, donne une qualité simiesque à une musique pourtant solidement reptilienne (les deux après tout se confortant réciproquement dans l'égrillard, sous la bizarrerie de surface).
Ce qui, indépendamment du fait de la rendre impeccablement à la hauteur de sa pochette, et par transitivité fidèle aux normes de la faune du Warp qui s'y reconnaissent (en même temps, si vous ignorez volontairement les clés de lecture du death metal indispensables que l'on trouve dans Warhammer : c'est pas ma faute), fait de Grotesque Miscreation, avec sa cohérence dans la difformité (après tout, le goudron moelleux où semblent faits les riffs, lui aussi est un élément potentiellement aussi urbain qu'antique), avec sa délicieuse équivoque, avec par surcroît sa décontraction du même calibre que celle d'un Cruciamentum, tenez - un disque de death metal bien moins sédatif que les théories de disques récents parfaitement interchangeables (autant que le sont leurs labels, mis à part vaguement Dark Descent qui a peut-être un poil plus d'identité) de par leur rigueur à respecter les règles de leurs subdivisions du dogme respectives (et dans la très sérieuse catégorie desquels, à première vue, semble jouer ledit mini de Faceless Burial, avec ses lourdes révérences vers Incantation et Morbid Angel).
D'autant que, comme de bien entendu et toute canaille qui se respecte, il se sauve prestement à toutes pattes avant qu'on n'ait pu identifier qui avait tiré la sonnette.

jeudi 14 mars 2019

Aosoth : V - The Inside Scriptures

Et si finalement ce V était le disque le plus réussi, pour l'instant - d'Aosoth ? On se gardera des termes comme "le meilleur" parce que, sans être non plus dans la catégorie propre à chacun (je vous le souhaite) où pour ma part je range Godflesh - celle des groupes qu'on adore au point que presque tous leurs disques sont leur meilleur, pour des raisons différentes (ou pas) - Aosoth fait partie des groupes qui ont assez de chien, c'est le cas de le dire, pour que chacun de leurs disques, même entaché de maladresses voire de balourdise, même handicapé par un récent crush sur ce qu'Antaeus peut offrir de plus cru et pur à qui est avant tout et surtout, il le découvre alors, magnétisé par le charisme propre à MkM (et par la récente fracassante arrivée d'un certain Drastus dans le chenil de l'enfer) - reste bourré de charme, et vous attache à lui - toujours comme un clébard, décidément....
Mais il semble assez net à constater que ce sont sur ces Inside Scriptures que les ingrédients génétiques qui font l'identité Aosoth se fondent en leur brouet le plus homogène, ramassé, épais, roboratif ; l'équilibre entre les composantes de leur son si particulier et toujours sur le fil de la difformité, le plus savoureux : les pulsions groovy de Deathspell Omega en Adidas Torsion, ou de Hell Militia en frac, l'emphase volcanique adepte de Neurosis (en fait, on aurait presque envie de dire que rarement le mariage de Neurosis et de la Norvège aura autant montré qu'il pouvait être autre chose qu'une idée désastreuse : en tous cas l'on oublie à l'écouter les autres tentatives), les frelons utilisés en guise de riffs, le penchant épique et grandiloquent, parfois à la limite de la messe symphonique comme sur le volume IV, parfois donnant plutôt dans la juvénilité de chien fou comme sur le volume II... Bon, d'accord : le III reste intouchable. Dans son genre. Mais, c'est où l'on en revient à notre propos d'un peu plus tôt, à savoir qu'Aosoth n'est pas de ces malchanceux qui n'ont goûté à la réussite qu'une fois dans leur discographie - l'épouvantable III n'a pas du tout cette saveur de Tabernaculum urbain tout empreint d'occultisme dix-neuvième, d'alchimie du désespoir et de la damnation, de black metal presque estampillé Le Pendule de Foucault.
Et c'est donc en m'en léchant des babines encore dégoulinantes de satisfaction, que je m'en vais prochainement réécouter III.

mercredi 13 mars 2019

Dreams of the Drowned : Dreams of the Drowned I

Difficile lorsque, ainsi qu'il est présentement le cas, l'on connaît l'auteur et sait ses obsessions de longue date, de ne pas voir clair dans les intentions manifestées par un album tel que celui-ci - voire de voir trop clair dans ce qu'il peut comporter de maladresse.
Il sera non moins difficile, toutefois, de nier l'inspiration brute qui jaillit à plusieurs reprises, et principalement au plan mélodique, des humides frondaisons de ces guitares qui se sont audiblement dégotté le son de Geordie Walker, des longues futaies de ces lignes de basse à l'élégance d'un rêve de Norvège, au milieu de ces brouillards voivodiens. Le gamin a certes beaucoup écouté de gothisant, de gothiste, et peut-être même de gothique récemment - eh ! ma foi, il en a aussi un peu retenu quelque chose de pas trop idiot, à ce qu'on dirait. Le garçon pour sûr se rêve beaucoup de choses - mais, dites voir, les rêves ne seraient-ils pas justement le propos assumé, avec une candeur qui est le maître-mot ici, dès les présentations ?
D'autant que le disque ne saurait se réduire à cette seule lecture de ses influences devinées : la dernière partie de "Danced" est un cuisant exemple de sublimation dans les règles de l'art - qui sont celles de la démence (c'est simple, on se croirait au Burger Quiz, dans un "Robert Smith, Shane Embury, ou les deux ?") - et avec elle la fin du disque s'enfonce sous les frondaisons ombreuses, probablement, d'influences desquelles je suis moins familier : tout le metal baroque ou givré, d'Arcturus à DHG en passant par Atrox ou Ved Buens Ende ? Possible, sûrement même vrai, tout comme est vrai que le disque prend ici pied dans la famille des Even as All Before Us, des Dolorian, des Dead as Dreams, des Forever the End - tous ces enfants de Carnage Visors - dont il est le benjamin ; un disque dont la fraîcheur lui donne de faux airs juvéniles (ces morceaux-là collent aux basques de leur auteur depuis des années, qui reflètent pourtant si brillamment ce qu'il est aujourd'hui), cependant qu'elle est la rosée même qui lui rouille l'âme, et brouille ses perceptions (le disque par endroits effleure le psychédélisme d'un Evanescence...) dans un doux engourdissement septentrional ; et qui se ménage, discrètement, humblement, sa propre petite place, en ce cocon frigorifique où il vous emmène douillettement descendre vous blottir ; avec un mariage de douceur et de crudité inconnu de tous ses glorieux aînés, tout comme l'est ce délicat sentiment de poignante confusion.
Rarement metal aura-t-il été si honnêtement fragile, perdu, sans fard. Et, en vertu autant de leurs apparences respectueuses que de leur personnalité discrètement trempée, certaines de ces mélopées lunaires pourraient rapidement en venir à vous hanter à l'égal de fantômes chèrement familiers. C'est que, béat que l'on est dans cette gangue de coton hydrophile, on finirait presque par ne pas remarquer les éclairs de pure beauté qui la traversent à intervalles réguliers... presque. Allez, je vous laisse faire les connexions qui manquent encore à rendre visibles, entre un grey metal où se confondraient le black et la new-wave, et le principe selon lequel "tous les chats sont gris" (qui en anglais se dit... ?), entre les forêts du Nord et une forêt (où l'on se cogne contre les arbres), entre le maquillage actuel de Jaz Coleman et... ainsi de suite. Ce qui s'appelle un disque qui met dans le mille. Au cœur de la brume.

samedi 9 mars 2019

Pissgrave : Posthumous Humiliation

Juste parce que des formules tournant autour de l'habillage et du corps de la musique sont régulièrement revenues dans mon discours ces derniers temps : voilà à quoi ressemble un disque dont toute la capacité de malfaisance se concentre dans la mise, au lieu de l'être. Le contraire d'un Malhkebre et sa production limpide comme du Aura Noir, d'un Drastus et sa cruauté emphatique comme du Aosoth, et de ce que l'un comme l'autre dégagent malgré tout de beaucoup moins cool.

La pochette je ne la publie pas, merci, j'ai déjà assez de confidentialité non consentie à assumer sans me rajouter des motifs de délation et de sanction possible.

Drastus : The Serpent's Chalice - Materia Prima

Tu m'étonnes, que Drastus soit resté jusqu'à une date récente un secret bien gardé par le dédain du public. L'histoire contemporaine ne l'a pas davantage retenu jusque là, qu'elle n'a retenu Trayjen - également publié chez Flamme Noire, le label tenu par... Drastus, tout se tient - ou Unveiled.
La musique de Drastus, avant que tout fraîchement elle n'ait décidé de se rendre un peu moins unique mais beaucoup plus accrocheuse, en se pliant aux canons d'un courant que, on le découvre avec ce Serpent's Chalice, elle n'a pas qu'un peu contribué à enfanter (je veux bien être pendu si un certain monsieur Munkir n'a pas écouté ce petit disque avec beaucoup d'attention) - ne se pliait à aucune règle ; ni celles du black metal, ni celle du metal industriel, ni même celle de la dark-wave... avec laquelle, toutefois, elle semble avoir le plus d'affinités. Si ce Drastus a un pair dans le milieu metal, ce serait d'ailleurs à la rigueur Elend ; lesquels justement ont eux aussi annoncé récemment leur retour proche : quand je vous dis que tout se tient. On se situe ici dans le même lointain, dans le même autre monde, celui de l'esprit téméraire, impétueux, affamé de connaissance... Ce que devrait être le black metal, avant le reste. Une musique sauvagement individualiste, libre, libertine. Tout ce que ne sont pas les divers élitismes à la petite semaine en lesquels l'ont traduite les petits bras et les courts en souffle.
Trivialement, dites vous que le style Drastus, qui explosera sous la forme du molosse aux muscles roulant sous le pelage de La Croix du Sang, est déjà là, mais comme indiqué plus haut : dans une version beaucoup moins amène, aucunement tournée vers son semblable, même pour le moudre et le fouler ; une musique âpre et cruelle d'ascète, d'ermite emporté par la passion jusqu'aux rivages de la sorcellerie et aux portes de la démence, qu'il franchira sans une seconde d'hésitation pour aller arracher ce qu'il y a à prendre de l'autre côté. Une musique n'ayant aucun besoin de s'habiller d'un hermétisme de modiste qui est au choix l'équivalent du jargon administratif ou d'une ceinture de chasteté, pour se prémunir de ceux jugés importuns et imméritants, qu'elle tient à distance respectable par sa seule coupante, abrupte, vertigineuse hostilité inhospitalière. Le maléfice.

vendredi 8 mars 2019

Antaeus : De Principii Evangelikum

Vous avez échappé l'autre fois au récit de ma vie et mes œuvres d'atermoiement... Mais on dirait bien que vous ne deviez pas y couper indéfiniment après tout.
Figurez vous qu'Antaeus et moi, c'était compliqué, encore plus que Malhkebre et moi puisque concernant les chantants de l'accent, je n'avais pas effectué un nombre excessif de tentatives, et attendais patiemment mon heure.
Alors, voyant Condemnation se frayer enfin une voie dans mes tympans, je refais un n-ième tour de table des vieux albums en quête, dans mon idéalisme inoxydable, d'un signe précurseur de cette bonne entente qui nous lie aujourd'hui avec Antaeus. Or donc si j'ai bien tout compris ce que j'ai lu de par le vaste web : Cut you Flesh, c'est Satan à la parisienne ; Blood Libels, c'est Satan à la suédoise en passant par Poitiers ; et De Principii c'est Satan... à la bourrin.
Sympa, de s'apercevoir que le disque qui vous ennuie le moins d'un groupe est leur plus... ork, je vois que ça. Je précise que je ne pense pas tant, en utilisant ce dernier terme, à Tara - le mètre-étalon de l'avalanche d'orks sous ecstasy - qu'à Exterminate ; l'ork soudard, l'ork sous-off crachotant et puant le vieux mégot, m'voyez ? Et ce, notez bien, alors même que l'autre album que l'on préfère du même groupe est... leur plus orthodox - puisqu'il n'aura échappé à personne que Condemnation est sourdement mais puissamment nourri par Aosoth. Vous noterez que derrière ce grand écart apparent... Vous avez deviné ? Les pochettes, bien sûr. Teinte, qualité, église.
Finalement, ce que j'ai lu de plus juste - entendez : qui me concerne le plus - au sujet de ce disque tient dans le mot "crépusculaire", et ce dernier lui aussi lie les deux albums. De Principii Evangelikum est le crépuscule précédant la nuit qui tombera sur Condemnation. Le crépuscule qui semble tomber sur un charnier, étrangement à la fois apaisé, et pourtant fourmillant encore de vie, grondante, celle vouée au carnage qui va culminer en de nouveaux sommets à mesure que l'obscurité va gagner. Le soleil rasant de la fin du jour touche ces riffs et gêne pour lire avec certitude la teneur de leurs rictus maléfiques. Mais l'haleine de fournaise puante qui s'exhale et se promène dessus en dit bien assez long.
Si bien que somme toute, la combinaison de ces guitares en contre-jour rougeâtre, aux relents de death metal crûment carnassier, de la chaleur mate (tu m'étonnes, qu'on pense à un Satyricon carbonisé...) sourdant de ce chahut de rafales qui sert à l'album de parties de batterie (bien autrement évocatrices du torride tumulte et emmêlement d'un champ de bataille que tous les pathétiques émules de Panzer Division Marduk coincés du métronome) avec cette pochette si peu agencée façon metal, force est, pour tous auditeurs de bonne éducation, de voir remonter de leurs profondeurs des effluves de Sacrosanct Bleeds autant que de Sacrifice, et de constater que dans le genre disque de black metal, De Principii Evangelikum - qui titillera d'ailleurs les amateurs autant de l'un que de l'autre - est presque aussi bizarre qu'un Drastus ; et sous sa réputation (cultivée, probablement) de soudard, peut-être bien plus instable et redoutable que bien des choses signées Aosoth ou Funeral Mist ; un peu à la manière, tenez, dont un Morbid Angel (à qui l'on songe également) se fait passer à tort pour un Gros Bill ; et ce d'autant plus vu la façon dont il s'escampe son forfait une fois prestement perpétré.
Vous saurez alors ce qu'il vous reste à faire, tandis que les ombres ont achevé de s'allonger.