jeudi 15 février 2018

Gnaw Their Tongues : Genocidal Majesty

Raw black techno hardcore.
Maurice, à ce qu'il apparaît, a cessé un instant ses conneries dark ambient apo-orchestrale trop trop cauchemardesque et sadienne-tavu, où il a mainte fois prouvé à ses dépens que tout le monde n'était pas Jouni Havoukainen - et nous de retrouver avec grande joie le farfelu insectoïde qui nous avait donné deux excellents albums de free-black avec De Magia Veterum.
On pense à Venetian Snares, à cause de la pochette mais pas que, à The Body, à cause de la présence de Chip King mais pas que ; pour sûr, on ne pensera pas à grand chose qui mérite la moindre attention, si l'on aime pouvoir attribuer à un disque le certificat "metal" : rien que le son - délicieusement rêche, digne d'une sortie DHR de la grande époque - de la boîte à rythmes fera fuir toute chose équipée de bracelets à clous. Si l'on a la moindre nostalgie du premier Spektr, en revanche...
On aura donc ici le plaisir de constater que s'élargit la petite famille des disques qui prouvent que le black se passe fort bien de metal - d'ailleurs, comme black industrial, Genocidal Majesty assurerait assez crédiblement la transcription gabber d'In Nomine Dei Nostri de Mz.412, pour la sortie duquel Cold Meat Industry avait dégainé cette variation sur son "death industrial" historique - et que la fameuse "essence black", n'en déplaise aux vikings satanistes croiseurs de bras, s'accommode fort bien d'une absence totale de signes du Cornu et autres gestes techniques hérités d'une tradition de port du spandex et d'un penchant refoulé pour les maquillages de carnaval : bien au contraire, on retrouve ici la sensation d'une malfaisance que l'on n'avait guère croisée depuis un The Magick of Female Ejaculation dont Rachel Kozak elle-même n'a plus atteint la puissance d'impiété dans ses tentatives plus calculées d'après ; ce qui d'ailleurs fait que, de fil en aiguille et de Vsnares en Hecate, l'on finit tout naturellement par voir, telles des toiles d'araignées ne révélant leur scintillement que sous certains angles, des connexions insoupçonnées entre toutes les essences de noir susdites et Abelcain, ou encore que l'on avait déjà senti la présence de la Bête, et du désespoir qu'elle fait naître, dans un certain Making Orange Things ; bref de remémorer, avec plaisir, que le démon est également chez lui dans le breakcore, car Genocidal Majesty est sous certains angles du breakcore sans breaks - ou dans bien d'autres lieux, puisque Genocidal Majesty aussi bien est du power electronics rituel avec blastbeat... où le sentiment d'avoir les yeux bandés et d'être à la merci d'une forme de démence cruelle est tel qu'il est difficile de ne pas citer le nom d'All the Waters of the Earth Turn to Blood.
Genocidal Majesty est un asile de cauchemar, où les morceaux sont autant de chambres dans un manoir des tortures où l'on est livré avant tout à la première d'entre elles : l'obscurité, et son épouvante râpeuse, griffue, son haleine détestable chargée d'un métabolisme étranger, ses crissements vicelards, sa promesse multiple, protéiforme, insaisissable, toute-puissante. Un bloc d'obscurité... avec ses creux et ses pleins aussi bien, qui se confondent en faussement semblables blocs de noir, dont certains vous aspirent, et d'autres sans prévenir vous rabotent le museau ou vous percutent pleine poire ; certains brûlent, d'autre vous figent et glacent le sang ; une vraie attraction de fête foraine en fin de compte ; un genre de maison hantée, miniaturisée à l'échelle de l'estomac d'un gremlin mais une fois qu'on est à l'intérieur c'est spacieux, surtout, encore une fois, dans le noir, pour agrandir une pièce c'est encore plus sans appel qu'un miroir, vous verrez ; en conséquence de quoi l'on y profite autant des conforts du cocon, que de ceux associés aux amples perspectives. Fermez donc les yeux.

 

Non, la pochette n'est très probablement pas un hommage à October Rust.

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