mardi 20 février 2018

Hangman's Chair : Banlieue Triste - Prologue

On se retrouve à en faire, je vous jure, de ces trucs scabreux et bizarres, lorsqu'on est à la solde des labels, comme est votre serviteur... Teaser le public sur la base de ce qu'on s'est soi-même fait infliger par teasing ; vous faire chauffer et saliver avec ce qui constitue, ma foi, je ne suis même pas en mesure de vous dire quoi : machiavélique, n'est-il pas ? Et assez à l'image goguenarde et vacharde de Hangman's Chair, finalement.
Combien y aura-t-il de morceaux dans Banlieue Triste, je ne saurais pas davantage le dire que la place, dans leur enchaînement au complet, des quatre que j'ai à ma disposition pour remplir ma mission de commande. Qu'est-ce, donc, que cela peut nous dire sur l'album à suivre ? Rien... Enfin, si : qu'il va très probablement vous mettre en ruines, mais cela vous vous en doutiez bien un peu, non ?
Une voie s'est dessinée, depuis Hope///Dope///Rope, puis This is not Supposed to be Positive, puis encore la doublette du split avec Greenmachine ; elle se poursuit : le son Hangman's Chair est toujours plus aqueux, toujours plus gothique, toujours plus brûlant et frissonnant de fièvre d'un hard FM androgyne, vénérien, à la semblance d'un rêve de Life of Agony en français, donc avec une vernis de décadence et de vice exquis, par-dessus la saleté et la crudité de la rue, et Dieu sait qu'il en faut, du vice pour entrelacer The Cure et Aerosmith sans que ça jure - et néanmoins toujours aussi susceptible d'un instant à l'autre de vous coller sur le coin de la figure un coup de parpaing digne de Bernie Noël ; ou plutôt non : c'est là l'apport de "Give & Take/Can't Talk", Hangman's Chair désormais est un groupe qui passe la nuit au plumard à vous caresser sans fin avec une brique ; tout en pratiquant un certain nombre de rappels mélodiques doucereux mais décidés à This is Not Supposed to Be Positive, et puis évidemment en continuant à s'affilier de façon entêtante à Crowbar, Acid Bath et Alice in Chains, et à tracer envers et contre toute décence sa propre voie, dans cette ténébreuse filiation, à sombrer à sa façon dans l'eau trouble de son marécage onirique à lui, avec sa musique farouchement grunge, farouchement american gothic, farouchement parisienne... et désormais farouchement new-wave. La new-wave la plus horriblement heavy du monde.
Et quand bien même au milieu de la béatitude assortie à ce constat l'on viendrait à se rappeler que sur ce registre, existe peut-être déjà un certain Never Forever, voire plusieurs Type O Negative - eh bien Banlieue Triste semble bien parti pour faire resplendir sa beatdown-wave de ce qui n'appartient qu'à Hangman's Chair : la beauté du caniveau ; pour la beauté, vous avez Thépegnier et Toufouti, pour le ciment du trottoir Hanvic, et pour l'eau qui y ruisselle Chanut. Et ainsi d'une écoute à l'autre est-on tantôt happé comme une mouche par le sirop, tantôt aplati par la coulée de goudron, que simultanément avec amour déverse un disque qui semble, pour l'instant, montrer un groupe toujours plus habitant exclusif de la nuit, et voué à son errance - et si cela vous inspire une allusion fielleuse à J-J. Goldman c'est tant mieux, vous n'avez qu'à voir si la pochette choisie n'irradie pas de ce même sordide et cette même misère, malades de ce que les années 80 ont eu de plus gris, froid et collant comme une sueur nocturne, un goût acide de désespoir dans la bouche, et que personnellement j'associe à pas mal des chansons du mec, celles des années 80 du moins ; et encore, je vous ai pas dit que j'en entendais mêmes des échos mélodiques dans "Naive".
Alors bon, voilà, est-ce que j'ai vraiment besoin de vous souffler les questions qu'il y a lieu de se poser, à savoir "Est-ce que l'album va confirmer cette tendance toxique, ou bien est-ce que le reste des morceaux, au secret préservé par le label manipulateur, vient en réalité mettre des grosses patates de forain dans tout ce beau cauchemar louisianais et ces histoires de belles qu'on noie de ses propres mains pour mieux leur pleurer ensuite la sérénade, et souiller le marais et les étoiles qui s'y reflètent, en venant y faire couler le pick-up dégueulasse qui a servi à transporter le cadavre ?" ? Flottera-t-il irréellement entre les deux, à en faire douter d'un instant à l'autre qu'on l'ait réellement vu - à la façon précisément du cadavre dérivant au fil du courant moiré ? Ou bien de tout cela fera-t-il carrément autre chose, nous propulsant dans l'inconnu ? C'est ce qui paraît assez probable, bien plus qu'un album qui serait dans la continuation de This is Not mais de façon uniforme, quand ce dernier ne l'était pas. Il semble que j'aie peut-être eu tout de même le nez creux, avec les mots "wave" et "quatre-vingt", puisque j'apprends après avoir rédigé ces lignes que l'album verra la participation, dont je suis pour le moins très curieux, d'un certain James Kent.
Mais quoi qu'il en soit, quatre morceaux ne sauraient dire ce que sera un album deux fois plus long ; simplement qu'il contiendra au minimum quatre morceaux qui tuent le chien.
Une chose est sûre, je vous le dis : on va pas s'en remettre.

2 commentaires:

  1. Putain comment ça s'astique la nouille avec des gants blancs ici, ça se la raconte façon "fashion week" ou ça se croit à la "fiac"? On parle de rock ou d'art contemporain là merde? Vivement que le disque sorte qu'on l'écoute très fort et qu'on entende plus ces fin de race de chroniqueurs poètes ratés ,élitistes à la mord moi le zob.

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  2. Astuce : tu n'es pas obligé de lire à haute voix.

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