lundi 26 février 2018

Ljáin : Endasálmar og klofnar tungur

Franchement, on peut en coller des motsdièse et des antécédents, à ce disque, et ce dès la première écoute : Leviathan la voix, Blut aus Nord les guitares confites dans le vitriol, Nekrasov et Wold le blizzard d'électricité statique et de frelons mécaniques, Rebirth of Nefast l'Islande intérieure avec sa chaleur volcanique sous la glace, un croisement de Reverorum Ib Malacht et Lurker of Chalice pour le psychédélisme d'évanouissement dans le coton, mais là on peut aussi moduler avec Wold...
Mais, franchement, c'est fait avec une telle absence de manières, ou disons, une telle sincérité psychonautique, que l'on ne se voit pas une seconde faire la fine gueule ou bouder son plaisir ; car on déguste là un disque psychédélique comme on se doit d'y faire honneur, et montre de bon appétit. Parce que ces morceaux, de toutes ces influences sûrement conscientes, ne mettent pas du tout ce qu'il faut là où il faut, mais où leur chante : comme des touches frissonnantes de pinceau dans une ample fresque de tourment ; et dans le sens d'un cyclone dévorateur, où le vortex qui sert de voix agrège les riffs à sa poursuite cependant qu'il s'épluche lui-même au contact de sa propre abrasion, et qui emmène le disque en un centre de la terre halluciné par le froid, faisant de lui, avec sa nature à la fois élémentale et mythologique, un pendant black metal à Through the Cervix of Hawwah. Donc, assez fatalement, une splendeur - surtout lorsqu'en prêtant l'oreille, çà ou là, l'on entend affleurer sous le vaste fracas de la métamorphose et la transmutation, la voix humaine, dernier témoignage de l'être à l'origine de ce grandiose vitrail de pierre et de chair, éperdue d'extase mystique et de terreur, tentant vaguement de surnager dans la démentielle tempête douce comme du lait - ou à d'autres moments se laisse aller dans le courant avec de longs gloussements d'ébriété dignes d'Urfaust (autres grands amateurs de lait cosmique, tiens, justement) paumé à Hiroshima.
Black milk, allez, adjugé vendu.
Un petit résumé provoc' pour la route ? Le meilleur album de Leviathan (avec toujours A Silhouette in Splinters, bien sûr), haut la main ; vous enlevez toutes les conneries prog pharaonico-héroïques, vous gardez juste la partie tox, déchet, clochard cosmique agressif : gagné, vous faites ressortir toute la douloureuse beauté qu'il y a dans la musique de Wrest, celle qu'il camoufle sous ses démonstrations de fureur guerrière un peu trop metal pour son propre bien. Ce n'est même pas méchant à dire, après tout les mecs se connaissent et ont bossé ensemble, puis au risque de me répéter, l'influence est tellement évidente et - selon toute probabilité - assumée, que la formule peut se prendre au premier degré : l'album est inclus dans la discographie de papa Leviathan, au moins au sens élargi, tout comme le seront les portes de votre perception à la sortie du disque.

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