mercredi 30 janvier 2019

Sordide : Hier Déjà Mort

J'ai longtemps chroniqué au casque - et pas au plus fin - et encore aujourd'hui je chronique souvent à la découverte, à chaud. Certains disques, toutefois - je ne fais pas de hiérarchie de valeur, car un Malefixio ou un Candelabrum n'ont besoin de pas plus d'une écoute pour être adorés à leur juste mesure, et vous laisse explorer tout seuls la profondeur d'une métaphore à éventuellement filer - nécessitent tels des vins ou des spiritueux - assez peu de choses arrivent sans raison en ces lieux, vous l'avez remarqué j'espère - de se voir laisser le temps de s'ouvrir.
Hier Déjà Mort m'a laissé sur son perron la toute première fois : trop metal ai-je pensé, et trop black metal qui plus est. Peut-être n'étais-je alors pas dans une phase black metal, mais j'ai cru entendre quasiment du Tsjuder ou du Immortal, et j'ai eu les naseaux violemment assaillis par ce qui m'a semblé un blast continu de morceau en morceau, omniprésent, et ingrat envers les capacités bien autrement retorses qu'a la batterie - tout comme le reste, du reste - chez Sordide.
Quelques écoutes plus tard, je crois avoir rêvé ; et cependant je me sens mieux que dans  mon rêve ; qu'on n'aille cependant pas croire que je fasse ma honteuse, ni surtout qu'eux non plus : on entend bien un peu partout à divers degrés, ce genre de riffs et d'ambiances paraissant taillés pour chasser à courre avec ses loups en forêt bavaroise (qui furent cause probablement que j'eus besoin d'extérioriser mon horreur par le mot "Tsjuder"), et voici peut-être leur album le plus black metal des trois.
Mais tout comme La France a Peur, tout comme Fuir la Lumière, Hier Déjà Mort est avant tout un disque de punk, quoique pas de la même façon que les deux autres ; "punks" à entendre comme : avant tout libres, capables ici de finir le morceau-titre par une transe mystique digne d'Aluk Todolo, ou tour à tour d'évoquer Virus ou Deathspell Omega, tout en gardant toujours cette patte unique, jouissivement physique, et bien reconnaissable, de punks savants et amoureux de la belle ouvrage aux sucs relevés - ces lignes de basse... et cet art inimitable d'ouvrager minutieusement à même la répétition, de façon à canaliser la crudité du black metal dans quelque chose qui semble tout droit venir du même terreau souffrant, malade et néanmoins socialement enragé que des Thugs ou des Bästard.
Et pourtant - puisqu'aérer une bouteille ne fait pas que dévoiler de nouveaux arômes, mais en confirme également la solidité de certains ressentis dès l'abord - Hier Déjà Mort est bien le plus black metal des trois disques ; au sens du moins urbain, si non indiscutablement le plus onirique car cela, Fuir la Lumière l'était déjà - mais le plus hors du monde, le plus forestier, comme déjà suggéré. Black metal dans sa forme de fuite éperdue, reflétée comme de bien entendu dans la susdite haletante cadence rythmique, mais également dans le dégoût où macèrent les vocaux, car il ne s'agit pas d'une fuite de lâche, mais de reniement, et de course farouche vers... le contre-jour. Celui qui est le propre de cet album, où il s'épanouit,où se dévoilent ses couleurs ambiguës faites de médiéval à l'égal d'un Ungfell ou d'un Cénotaphe quoique de façon bien plus sourde, et de désespoir moderne comme seuls peuvent l'être des choses comme Sardonic Wrath ou l'odeur de la gitane froide. Celui qui fait que le disque d'une fois à l'autre passe du génial au frustrant - mais presque sans coup férir donne envie de fiche sa tête contre le mur. A l'image, tenez, justement, d'une certaine "A Forest", un peu.
Bref ? Sordide sont, plus encore que ces chantres du black conscient et ces cloutés les plus intelligents du game que leurs titres semblent afficher, peut-être tout simplement les meilleurs Français en exercice, pour parler en langue journaliste ; au moins jusqu'au nouvel album de Void Paradigm.

dimanche 27 janvier 2019

Malefixio : Culto a Lo Invisible

Il y a des disques, de loin en loin, qui sont comme entendre, voire palper de son tympan frémissant d'émotion, presque moite - la raison précise pour laquelle on est corbeau, jusqu'au trognon. Vous me direz que c'est là le genre de sentence que j'aime à asséner, un peu trop souvent justement pour qu'elles frappent encore ; je vous répondrai qu'aussi, les autres disques, que ceux qui font monter pareille ferveur : à quoi bon en parler ?
Malefixio, c'est intacte l'extase de la première fois qu'on entend Die Propheten, ou Self Non Self, ou Faith, ou The Divine Punishment, ou The Intensity of Darkness, ou Dias Felizes ; et se rend à ses cadences et timbres d'outremonde.
Avant même ce chant prodigieux qui fait autant la nique à Maman Diamanda qu'à Mémées X-Mal, une pareille basse ne méritant d'autre épithète que "alcaloïde" - et cette guitare radiocative - possèdent ce pouvoir rare d'en moins d'un battement de cil vous faire passer de l'autre côté du miroir, du côté des sorcières, comme elles y font tout migrer, pour ne rien laisser inchangé ; car au fond,  objectivement (...), que sont ces morceaux sinon, j'imagine, du punk triste et dansant comme tant de groupes en ont joué après Unknown Pleasures et Seventeen Seconds - pour notre plus grand plaisir, du reste, mais sans pour la plupart dégager en même temps cette ahurissante odeur d'ailleurs, de surnaturel - et vous infuser du profond et extatique sentiment d'y appartenir, au point de vous faire la réflexion - si la moindre - qu'après tout le rimmel façon œil d'Horus c'est bath, lascivement saccadé que vous êtes au gré de ces rythmes chimiques qui parlent à la moelle de vos os, tout comme vous parlent sans besoin d'en comprendre en traître mot ces harangues acides dont on ne sait trop si elles penchent plutôt du côté de la Finlande (une certaine familiarité avec les disques de Seremonia peut vous préparer vaguement au choc procuré par Culto a Lo Invisible) ou du Japon (est-il utile de préciser que Malefixio sont espagnols ?), vous parlent du sentiment de rentrer à la maison dans cette forêt mutante que voilà, où jouer les derviches tout nus jusqu'à tomber par terre d'un vertige d'enfant ravi.
J'en dis plus ? Je ne crois pas, non.

Fugazi : End Hits

On leur a, tout bien considéré, fait mauvaise réputation à tort, à ces albums de quarantenaires émoussés qui sont devenus leur voie rectiligne après le brillant virage pop de Dirty, à Sonic Youth, et dont on avait toujours cru ne pouvoir retenir que Experimental Jet Set, Trash and No Star. Il y en a au moins un de très bien, vraiment.
Bon, on entend tout de même nettement qu'ils ont beaucoup écouté le chef d’œuvre de Fugazi, là, In on the Kill Taker. Ce qui se comprend, va. On est vieux, on ne s'embarrasse plus de poses mentales, et on écoute (et joue, j'imagine) ce qui nous fait du bien, point.

samedi 26 janvier 2019

Witchthroat Serpent : Swallow the Venom

Bienvenue dans un monde parallèle où un jeune, fringant et néanmoins amer khâgneux du Lycée Louis Legrand, du nom de Justin Eaubornes, écrit à longs traits, la nuit dans sa chambre d'interne, un album de blues saturnien rageur et détaché tout à la fois, qu'il a déjà intitulé d'un flegmatique Nous Existons.
La chose est presque aussi aride que ses ruminations, et non moins sûrement que celles-ci elle conduit à l'ivresse sévère, et à l'errance y attenante.

Long Pond : 2003 TECA 15 ans (Velier)


"À mon signal, déchaîne les Enfers"

...Ouais... Ce rhum jamaïcain s'y prête plutôt bien, vous allez voir... Autant qu'à l'étrangeté du moment.

Atypique, et extrême.  

Vous excuserez donc par avance (ou pas) le caractère pour le moins volubile de ce billet, mais il est impossible de se montrer concis avec le liquide dont il est question, qui est comme un animal ayant longuement souffert avant de montrer son museau à l'air libre (et de faire souffrir à son tour ?)... Un De Sade De Monte-Cristo Darth Vader (rien que cette bouteille...) du monde des rhums, dont la cape ambrée, à elle seule, a ce qu'il faut pour nourrir de longues histoires. Pour s'y confronter, il faudra obligatoirement être un peu aventurier, et braver toutes les frontières et les DLC...

 Rhum à fermentation prolongée, vieilli 15 ans sous climat tropical, embouteillé brut de fût. En échantillon, pour ne pas faire des trous dans la gorge comme le sang du xénomorphe dans le plancher du vaisseau ? J'ai hésité quelques secondes à craquer pour le film complet malgré un prix assassin pour mes revenus, ayant eu le privilège de tester la version 2007 avec explications en direct de son démiurge un peu dingo, l'inénarrable Luca Gargano, et étant resté sur le séant pendant des jours rien qu'à garder l'arôme de ce Long Pond TECC 2007 en tête... Je n'avais alors pas retenu (mon cerveau était trop grillé, pour pas changer) qu'il en existait une version 2003, réputée encore plus "crade" dans les milieux 'rhumophiles'... Il n'en fallait pas plus pour piquer ma curiosité, et me faire sacrifier un pécule modeste dans un sample à coup sûr lourd d'arômes. Autant dire que j'étais un peu émoustillé de la papille avant d'ouvrir le flacon...

Voici le bon moment pour évacuer le passage "C'est pas Sorcier" de cette chronique, et faire un peu d'information non-triviale, voulez-vous... 

Habituellement le rhum de chez Long Pond rejoint le gros marché des rhums mélangés, Captain Morgan notamment, sans doute très très dilué avec ajout de sucres, tant son caractère est marqué. Dans son expression pure, il incarne avec exubérance la méthode jamaïcaine, qui consiste en fermentation très longue (et utilisation de l'effrayant "dunder") pendant des mois. La fermentation poussée à l'extrême des mélasses et vinasses abandonnées aux éléments et aux bactéries dans différentes fosses et bidons, a provoqué moult prolifération d'arômes de pourrissement qui vont donner ce caractère "rhum puant" tant recherché (mmmmh... j'sais pas vous, mais moi ça me fait déjà autant rêver que la gestation du roquefort ou du  casu marzu, ce fromage corse incrusté d'asticots !) La concentration en esters moyenne de 1200/1300 grammes  par hectolitre implique une puissance olfactive monstrueuse ; même si c'est là un peu plus du marketing à l'attention des fétichistes du rhum extrême, puisqu'il y a saturation au-delà d'un seuil flou, pour les narines, (un peu comme les 'ppm' dans les whiskies tourbés extrêmes type Octomore : "trop de tourbe" égale "moins de tourbe"). Enfin ce qui est sûr c'est que ces esters - ou congénères - normalement éliminés en grande partie dans 99% des rhums qui finissent dans les cocktails, ont plus de chance de provoquer une gueule de bois mémorable. Rien qu'en étant non-vieilli (blanc), ce Long Pond devait déjà envoyer comme peu. Mais il y a eu le fût... maturé sur place (et nous le verrons plus tard, c'est là que la bouche s'est manifestement forgée, plus que le nez). Le vieillissement en climat tropical, dit-on, c'est un peu comme la vie des chiens : pour le rhum jamaïcain il faut multiplier par trois ou quatre, en l'occurrence. Donc ce rhum de 15 ans vieilli en Jamaïque, c'est, à la louche, l'équivalent d'un 50 ans en France (si je ne dis pas de sottises, ce qui est toujours possible avec ces belles histoires où le marketing n'est jamais loin - même si Velier est la transparence même, plus encore que Bruichladdich). Alors imaginez à quel point le chêne a eu loisir d'infuser... Ajoutons de l'écœurant à l'écœurement, puisque c'est de rigueur : la chaleur locale a provoqué une part des anges de 67%. C'est à dire que les 33% rescapés qui ont été mis en bouteille, pour ceux que tous ces chiffres emmerdent, c'est basiquement ce qu'il reste de cette évaporation dramatique, soit un fond de jus de rhum de mélasse fermentée à l'extrême et concentré à mort, dans lequel le bois a longuement macéré... Vous avez déjà, à la lecture de ce grossier incipit, une petite idée du profil de ce rhum. Mais juste une petite...



Jamy remballe ses maquettes en mousse et on va retrouver Fred, qui court au devant d'un grand danger...

Le résultat au nez ? D'acc...OK.. "À mon signal, déchaîne les Esters". On va plus tortiller du cul cent-cinq ans pour chier droit voulez-vous : ÇA PUE. Si les jamaïcains sont surnommés "stinky rums" on comprend que c'est pour une bonne raison, avec ce Long Pond de brute épaisse, qui ne fait preuve d'aucune pondération, et qui n'a rien de chez rien à voir avec "Pond, James Pond" - sauf si on  imagine celui, bien spécifique, qui est ligoté dans un hangar et qui se fait talocher les glaouis par Mads Mikkelsen.

Aux premiers reniflements un peu plus sérieux après le choc qui a taloché les narines : éther (éthanol ?), fioul, cambouis, solvant (moins marqué que sur un Hampden)... La patience est de mise... Puis à la première aération, des effluves de purin viennent rapidement. Bukkake d'ammoniaque. Pas de pitié. Planquez vos mioches, le croquemitaine des jamaican rums est arrivé. Nez empyreumatique et... Sludge. Une absolue essence de Putréfaction, sublimée par une note antiseptique persistante, qui au final donne un côté à la fois ultra-dégueulasse et ultra-clean à son profil olfactif. "Aquired taste", comme disent les Rosbifs ! Il faut être le plus déjanté ou le plus snob des cavistes - les deux ? -  pour oser vendre un liquide pareil en parlant de finesse des arômes ! C'est une puanteur, point. Qu'elle soit je n'en doute pas auréolée de notes florales détectables par les blairs les plus aguerris n'y change rien : les satellites olfactifs sont peut-être mignons, mais la planète qui les fait graviter a la gueule d'un monde détruit, à la Mad Max. Elle est faite de casse automobile, de déchets divers et variés, de déjections, de cadavres (rats crevés)... Et pourtant, y a quelque chose de sexy dans ce nez... C'est une puanteur oui, mais une puanteur sensuelle à mort. Une sorte d'égout envoûtant. C'est assez déconcertant, pour ne pas dire plus ! La gourmandise n'a jamais été aussi proche de la nausée, au point où elles se confondent presque pour former une sensation nouvelle.


Après une aération d'une bonne demie-heure (oui, il va falloir prendre son temps), la bête montre encore mieux sa gueule. Elle est définitivement pourrie, et fière de l'être. Son caractère putréfié est massif et onctueux. La banane ultra-mûre dont m'ont tant parlé les amoureux de rhum jamaïcain ? Peut-être est-elle là, messieurs les vétérans, mais à ce stade de fusion extrême et d'effet du temps, on ne différencie plus ces fruits mûrs de chez mûrs et plus que mûrs... de la barbaque (cheval ? Oh oui, il y a à coup sûr de ces notes ferrugineuses et inquiétantes...métalliques... Fille qui se néglige ? Avec ma finesse d'Olivier Marchal en soirée arrosée, j'y penserais un chouia...) Les fruits du Long Pond 2007 ont fermenté longtemps, trop longtemps... Et s'il ne doit y avoir qu'un fruit à humer dans toute cette résine obscène, je n'en sens qu'un seul, le plus monstrueux de tous en réalité : le durian. Cet œuf de dragon ignoble et fascinant, qui dans les lieux publics fermés de Thaïlande est visé par des interdictions aussi sévères que les armes à feu. Le nez de ce Long Pond TECA est une exquise horreur. Crémeux, âcre (j'ai lu des rapports qui font état de notes de sueur  - je ne les ai pas détectées avec certitude, mais vu les notes de dégustation que vous venez de subir, j'imagine que ça ne changerait pas grand chose ; alors dites-vous juste qu'elles y sont, comme moi, même si vous ne les avez pas "un-lockées")

En bouche ? C'est... Surprenant. On s'attendrait à un truc gras, "phat", écrasant tout sur son passage et submergeant le palais d'abominations multiples... mais pas du tout ! ça glisse tout seul, comme un bon jus de pomme ! Mouhahaha... Ce rhum, si c'était un concert, serait une première partie - interminable - de Amebix, Unsane et Starkweather pour... The Rapture ! Cette bouche est très très mince, très pop / funky... Acérée à mort. Coupante, même. J'entends presque un gangsta me sortir un "woooow, this is some tiiiight shit man !" avec les yeux comme deux ronds de flan, alors que je bascule une nouvelle fois le verre... Le goût ? Bubblegum + fruits exotiques. Baste... Pour l'instant. On est sur un rhum au pif le plus anti-racoleur du monde - sauf nécrophilie latente - qui se permet l'extravagance de descendre comme un jus de fruits matinal... Même s'il est très tannique (le bois a définitivement trop infusé, en tout cas à mon goût), donc il faut aimer la peau de pomme et le thé noir, ou les vins rouges bien astringents. On boit le bois... mais le caractère du rhum reste férocement vif.

La finale ? J'ai oublié de prendre des notes (me souviens juste qu'elle était agréable, pas trop asséchante) mais j'en ai pris pour le verre vide, qui explosera, bien plus tard, et durant deux jours au moins, d'odeurs de pourriture encore plus prononcées et crémeuses que lorsqu'il était rempli, puis pendant deux ou trois jours de plus, s'évanouira tout doucement dans un soupir de fruits secs... Son agonie s'achèvera dans un petit "pffffuit" praliné... Mort d'un monstre, retour au réel.


Verdict : je n'achèterai pas cette bouteille, même si je sais que les vingt ou trente séances de dégustation qu'elle promettrait, semblables ou différentes de celle-ci, me donneraient assez de visions pour deux ou trois bouquins. Je pense que  je pourrais sérieusement m'endommager à y chercher d'autres arômes comme un détective aveugle errant dans un monde post-apocalyptique (oh à coup sûr, ce serait un sacré voyage...) Et puis honnêtement, je préfère mon "léger" Hampden officiel, en 46 ou en 60 degrés, avec sa gueule infiniment plus facile mais son caractère à lui aussi, même s'il est bien sûr beaucoup moins violent et bavard.
Mais je conseille à tous les amateurs de rhum un tant soit peu curieux d'en essayer un échantillon, tant qu'il en reste... Pour dire que vous y étiez, en quelque sorte.

Long Pond 2003 TECA, ou l'incarnation du rhum-oxymore.

vendredi 25 janvier 2019

Heaume Mortal : Solstices

Black Metal Parisien, a new beginning ? Il y a de cela. Le black de Solstices dégage le même parfum de décadence raffinée, de fin de race assumée, célébrée, sublimée dans l'ivresse sophistiquée, que ce que l'on a coutume de ranger sous l'étiquette, et à bon droit du reste puisque, quoique ne faisant pas partie du landernau à bracelets cloutés, Heaume Mortal se défend bien question vices diversement toxiques et dérives de rue, dame : le groupe est composé de membres de Cowards.
Le black de Heaume Mortal est donc pesant, musclé, pesamment musclé - et le gros temps y est de mise. Peut-être même est-ce à la faveur de ces noirs nuages d'orage qui pèsent sur le ciel que, subrepticement, l'on glisse vers cette autre chose, qui est l'affaire de Solstices. Cette atmosphère qui engourdit les lèvres des noms de Burzum, Leviathan et The Cure, en l'absence pourtant de guère plus que de fugitives ressemblances ; cette ambiance hivernale, lugubre, maussade, amère, introspective, qui fait que lorsqu'arrive effectivement la reprise de Burzum (sans parler du superbe hommage, en "fermeture" (chacun en jugera : la bouche d'un pistolet ou les pieds de la croix ? ah mince, j'anticipe) du disque, au meilleur morceau ever de Burzum), l'on met quelques minutes avant de la reconnaître, tant elle se fond dans le ton - fait de neige sale, de tragédie imminente d'une exaspération au bord de tourner au meurtre, de soi ou autrui, cette ambiguïté d'avant que les descendants officiels de Burzum ne versent avec complaisance dans l'univoque sur ce point précis, sur la réponse émotionnelle à donner à cette pulsion-là ; ambiguïté et paradoxe intime qui sont du reste également le propre de Cowards, et qui sont partout ici, dans les sentiments mélangés qui font le goût âcre sous le bois de cet album, dont l'être au monde (souffrez que l'on soit un tantinet pompeux, on parle de Parisiens) ne paraît ni tout à fait black ni tout à fait doom - mais tout à fait du registre de nos cousins notoires d'Hangman's Chair, les seuls autres dotés de cette capacité à s'élever dans la chute, à tomber dans le ciel.
Le vice est parisien, mais la précaire et vulnérable réponse qui est apportée à son constat est toute autre que celle des cloutés qui vouent leurs journées à la poursuite de la nouvelle forme de Satan ; Heaume Mortal, plus husymansiens que ceux-là, investiguent les soubassements de leurs pulsions et appétits, et ne frayent avec l'Ennemi qu'afin de mieux savoir comment ne pas être davantage à sa merci qu'à celle de quiconque. Heaume Mortal se cherche lui-même, comme ont pu le faire Joris-Karl ou Jef Whitehead, et comme eux passera à travers l'Adversaire si nécessaire - pour parvenir, peut-être, à ce paysage dégagé que l'on aperçoit au loin et dont on ne sait ce qu'il augure exactement, seulement qu'il est où l'on prend sa source, où se pompe ce sang dont le battement devient la seule chose qui l'obsède.
"A new beginning" ? En vérité, il serait permis de lire là une formule miséricordieuse pour dire "fin du game", tant les tenanciers du clouté décadent assermenté prennent cher, à l'entrée dans le jeu de quilles de ce beumeu (après tout auto-proclamé, voulu comme tel) lourdaud et ombrageux, qui ne rend guère de comptes, pour sa part, qu'à Mindrot et son spleen viril et tourbé, Hangman's Chair et Atriarch (et The Cure, dont il ne s'agirait pas d'oublier que question lourdeur macabre, ils n'ont à rougir devant personne lorsqu'ils s'y mettent), au rayon de l'allégeance farouche à la morbidité saturnienne sur le mode du tout plutôt qu'un monde méprisé jusqu'à la rage froide et stérile, et du spleen enclin à la violence que ruissèlent ses riffs compacts, exhalent ses passages aqueux, sourdent ses hurlement étranglés (le Julien Riton, s'il nous délivre pas ici une renversante prestation de Lurker of Chalice occupé à gerber tripes et boyaux en pleine témon de l'autre côté du Mur du Sommeil...)... Tous ces chiourmes à l'unisson cornaqués, comme il se doit, par un batteur à la tendresse de bûcheron et la prolixité de bourreau.
En fait de black metal, Heaume Mortal joue, à la façon d'A Thousand Sufferings avec Bleakness, ce black qu'on a peu l'occasion mais toujours le plaisir (façon de parler) d'entendre, celui qui ne parle ni de surenchère dans l'occulte ni dans la profanation, ni en somme d'aucune sorte de surhomme - mais le langage de la lourdeur du corps quotidiennement traîné à sa suite, de l'âme non moins lourde, du sang noir, du goût de l'amer et de celui de l'âcre ; rigoureux comme un février à la campagne. Avalez, c'est bon pour ce que vous avez.

jeudi 24 janvier 2019

Hypsiphrone : And the Void Shall Pierce their Eyes

Allons bon, qu'est-ce donc que nous avons là ? C'est enveloppant, environnemental, engourdissant comme du dark-ambient ou du death-industrial, et pourtant quelque chose dans les quelques rythmes et cris épars - lesquels ne sont pas interdits dans la discipline après tout - semble venir d'une discrète sensibilité metal, entre black et doom... mais sans non plus avoir le mordant qu'il faut pour être qualifié comme tel, ni même le grésillement d'au hasard un Wold. And the Void Shall Pierce their Eyes, malgré son titre en apparence offensif, n'est que fluidité, au point de remémorer Sektor 304. Voire ectoplasme ; une chose qui paraît aussi molle qu'une méduse, et capable d'évoquer seulement les pires machins difficiles à circonscrire quelque part que la scène indus-rituelle ait accouchés, de Sigillum S à Cranioclast (oui, ils sont souvent italiens, comme de bien entendu, mais on notera qu'Hypsiphrone n'a pas cette facilité puisqu'il est hellène) en passant par Leutha - évidemment.
Parce qu'en fait Hypsiphrone, avec son nom semblant sorti des songeries de Peter Andersson, c'est une apparition : celle d'une manière de nymphe sylvestre, sortie de quelque histoire de mythologie grecque - justement - inventée par Edgar Allan Poe ; une sorte de vouivre du froid dont les longues, perçantes et douces plaintes congelées ne vous dissimulent pas un instant la nature funeste qu'elles vous réservent, non plus qu'elles ne vous laissent le moindre choix que d'en être séduit, pareilles au démon de la perversité décrit par le même grand homme.
Quant à toutes notions exactes - que ce soit la teneur exacte de ce qui subsistera de nous après And the Void Shall Pierce their Eyes, l'exacte mesure d'extase étale et d'horreur écarquillée que l'on en éprouvera, ou l'identité plus précise de son auteur - elles sont étrangères par nature à l'album et ne seront pas abordées céans - même si du coup, et du fait de ces façons d'être prédateur sans aucun doute possible ni démonstration d'aucunes autres manières que flexibles et complaisantes, doucereux comme un cauchemar, l'on penchera plutôt, quant au troisième de ces mystères, pour l'hypothèse femelle : n'est-ce pas du reste la forme de prédilection des succubes ?

Discharge : Fight Back

De SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr> à VVP < VVP@satan.fr>
Objet :
Jeu 08/11/2018, 12:20


Bonjour,
J'espère que tu vas bien ?
Possible de discuter avec toi le plus rapidement possible ?
J'ai une urgence.

Solange
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De VVP < VVP@satan.fr> à SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr>
Objet :
Jeu 08/11/2018, 14:03


Bonjour Solange,
Oui, bien sûr !
Je suis disponible peu après 18h, t’es sur whatsapp ? Sinon donnes-moi ton téléphone, je t’appelle.
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De SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr> à VVP < VVP@satan.fr>
Objet :
Jeu 08/11/2018, 14:08


Merci pour ton courriel. Je vais très mal après avoir oublié mes affaires ( mon téléphone, carte de crédit, argent) dans un taxi a l'instant où je partais pour des courses malheureusement je suis coincé et je me retrouve sans sous. Y'a t'il un Kiosque à tabac ou buraliste non loin de toi ? J'aimerais que tu puisses m'y prendre quelques coupons de rechargement qui pourrons m'aider.
Solange
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De VVP < VVP@satan.fr> à SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr>
Objet :
Jeu 08/11/2018, 14:10


Une carte SIM ?
Qu’est-ce que tu appelles des coupons de rechargement ?
Pour le téléphone ?
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De SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr> à VVP < VVP@satan.fr>
Objet :
Jeu 08/11/2018, 14:13


C'est un moyens de rechargement de MasterCard, je voudrais que tu puisses te rendre chez un buraliste ou taxiphones/publiphones afin de m'y prendre juste 3 coupons de 250€.
Je reste en attente de ton aide.
Merci d'avance
Solange
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De VVP < VVP@satan.fr> à SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr>
Objet :
Jeu 08/11/2018, 14:17


Juste pour être sûr que c’est bien toi, où s’est-on vu pour la dernière fois ?
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De SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr> à VVP < VVP@satan.fr>
Objet : PUIS-JE COMPTER SUR TOI ?
Jeu 08/11/2018, 14:18


Je comprends très bien tes doutes et ta méfiance , mais laisse moi te dire que c'est bien moi et personnes d'autres ne se servirait de mon compte perso pour t'envoyer ces messages et sache que ce n'est pas le moment ni l'endroit pour me demander toutes ces choses car ma vie est actuellement en danger. Je suis assez troublé pour me rappeler de tout ce dont tu as besoin comme preuves. Sois en sûr c'est bien moi et tu ne risque absolument rien en me venant en aide. Mais sache que je ne t'oblige a rien car tu n'es pas responsable de ce qui m'arrive j'attends que le nécessaire soit fait au plus vite si tu le souhaites bien.
Si je peux compter sur toi pour quoi que ce soit , et bien fait le savoir.
Mais dans le cas contraire , je comprendrais Merci
Solange
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De VVP < VVP@satan.fr> à SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr>
Objet : PUIS-JE COMPTER SUR TOI ?
Jeu 08/11/2018, 14:27


T’es où, t’es sur Strasbourg ?
Dis-moi où tu es, je viens te chercher
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De VVP < VVP@satan.fr> à SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr>
Objet : PUIS-JE COMPTER SUR TOI ?
Jeu 08/11/2018, 14:28


Je suis en réunion jusqu'à 18h, je peux m'en occuper après. Dis-moi :
• Où tu te trouves
• Ce dont tu as besoin exactement
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De SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr> à VVP < VVP@satan.fr>
Objet : PUIS-JE COMPTER SUR TOI ?
Jeu 08/11/2018, 14:29


Oui suis toujours a Strasbourg.
Pourrais tu m'y prendre les coupons, j'ai quelque besoin urgent et des impayés.
Tiens moi informer dès que tu as les bon de rechargement, je suis en attente de tes nouvelles...
Solange
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De VVP < VVP@satan.fr> à SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr>
Objet : PUIS-JE COMPTER SUR TOI ?
Jeu 08/11/2018, 14:32


Solange, mon sucre d’orge, je commence à sérieusement m’inquiéter, dis-moi ce que je peux faire pour toi et donne-moi ton adresse.
Je passe t'arranger le coup,
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De SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr> à VVP < VVP@satan.fr>
Objet : PUIS-JE COMPTER SUR TOI ?
Jeu 08/11/2018, 14:36


Je voudrais tout simplement que tu m'achetant chez le buraliste ou taxiphones/publiphones 3 coupons de recharges PCS Mastercard de 250 euros, ensuite il y a des numéros de rechargements de chaque coupons.

Solange
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De VVP < VVP@satan.fr> à SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr>
Objet : PUIS-JE COMPTER SUR TOI ?
Jeu 08/11/2018, 14:38


Ok donne-moi 30 minutes, le temps que je passe chez le buraliste !
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De VVP < VVP@satan.fr> à SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr>
Objet : PUIS-JE COMPTER SUR TOI ?

Jeu 08/11/2018, 15:23


Solange, comme tu es mineure j’ai décidé d’alerter la police. Ils m’ont dit qu’ils vont pouvoir te géolocaliser grâce à leur nouveau logiciel américain.
Ils peuvent te trouver même si tu es derrière un Proxy (tu m’écris depuis un magasin ?).
Restes où tu es, ils arrivent te porter secours !
Prends bien soin de toi ma cocotte, je t’embrasse très fort, ton tonton qui t’adore.
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De SolangeDePoitiers < SolangeCocotteEnSucre@yoohoo.fr> à VVP < VVP@satan.fr>
Objet : Dégage

Jeu 08/11/2018, 15:25


Connard de merde
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mercredi 23 janvier 2019

Boy Harsher : Careful

J'ai la sensation d'avoir déjà écrit cela, mais allons-y pourtant : il ne s'en trouve pas tant, des disques qui de telle façon vous empoignent, par le col, vous saisissent d'emblée dès l'entrée, surtout à trente ans passés de rock et de new-wave - par, allons, quoi ? Careful pourrait sûrement, comme d'habitude, s'analyser et décomposer en ce qu'il rappelle, en nous, et fait remonter avec les sentiments connexes : un bouquet fait d'HTRK et de Chromatics, pour aller au plus simple et signifiant (on pourrait ajouter "bien des choses en somme", de Mirwais à Front Line Assembly en passant par Blackstrobe), une chose à la fois très ciblée et assez ambigüe pour permettre toutes les prolixes dérives de l'imaginaire, tant ses morceaux ont quelque chose de la manière qu'a Statiqbloom de faire les choses, tellement texturale que ces morceaux simplistes paraissant décliner peu ou prou le même rudimentaire motif de synthé et la même bribe de voix décomposée, la même écholalie de personne ne s'exprimant que par samples mâchouillés, tous dépressifs, nous laissant décider à leur place s'ils ressortissent à la vieille EBM poussiéreuse ou à Desireless - ce qui fait peu de différences lorsque, comme toute personne ciblée par ce genre d'album et à la hauteur de son propre standing, l'on chérit les deux.
Mais Boy Harsher a ce qu'il faut pour, ces schémas, les habiter du sincère et naïf sentiment religieux qui leur donne - pour enfin nommer ce que l'on dénonçait aux premiers mots du présent article - ce saisissant caractère, qui n'est pas saleté et encore moins perversion, au contraire - mais bien cette morbidité viscérale, ce saturnisme consubstantiel, que l'on résume d'ordinaire par le mot : goth.
On pourrait d'ailleurs estimer que Boy Harsher se contente de ce seul accomplissement, et de décliner tout Careful durant ce sentiment fragile mais palpable, ce trésor intime sur lequel ils ont une prise assurée. On n'aurait pas complètement tort. Careful semble souvent confondre - ou nous laisser démêler tous seuls - entre ambigu et équivoque. Mais on pourrait tout aussi bien estimer qu'ils n'ont pas tort : ce n'est pas non plus tout à fait rien, ce qu'ils ont là, de façon qui paraît innée, instinctive. HTRK et Chromatics, rien que ça ; la morbidité sentimentale poussée dans ses plus troubles jeux d'interloperie... November Növelet n'a pas réussi à enchaîner sur ce disque-là, voyez vous.
Bon, allez : laissons à terre choir toute cuistrerie ainsi que de son veston sans un regard en arrière l'on se débarrasse tandis qu'avec une pressante indifférence à tout on se fraye un chemin vers le dancefloor : ce qui turlupine avec Boy Harsher, c'est le mal que semble avoir le disque à maintenir le même aigu désir, que vous inocule la cuisante doublette du début "Fate"/"LA", de danser languidement jusqu'à l'épuisement sur la piste d'une boîte de nuit dont la consigne "toute sortie est définitive" signifie qu'on a l'obligation de se suicider en sortant. C'est la peine qu'il cause, et c'est peut-être son plus toxique venin. Ce goût amer de choses fichues qui se perdent dans le flou et disparaissent au loin. Celui qui y fait revenir encore et encore lorsqu'on a le même genre d'addiction avérée que lui à pareilles choses.

dimanche 20 janvier 2019

My Disco : Severe

Au moins on peut dire qu'on est prévenu. Entre la devanture et le blase de l'album... Et si finalement, toutes proportions ainsi circonscrites gardées, l'on tenait ici le moins dolipranophile de toute cette clique où, on l'aura deviné, Severe côtoie les These New Puritan, Facs, Disappears et consorts ?
My Disco se situerait d'ailleurs un peu plus du côté des Skull Defekts, c'est à dire du côté sensuel - je l'ai dit, que toutes les proportions étaient vraiment bien gardées ? Par des matons terriblement... sévères. On n'est pas là, mais alors du tout, pour rigoler. Et pourtant, j'ai envie de dire, on pense plutôt à Swans des années 80, ce qu'à titre personnel, je trouve beaucoup plus rigolo - pourvu qu'on ait un sens de l'humour pas trop chochotte - que Disappears et tous les autres groupes qui ne sont qu'horriblement intelligents et bons en architecture. Swans au moins garda toujours le contact avec... la merde dont nous venons, la chair, le jus. Et My Disco pareil. On n'est pas dans le plan au rotring, mais dans la dramatisation, même austère. Voire le goth.
Et puis, en dépit - voire... - de son attachement à la répétition de motifs en eux-mêmes simples, très rythmiques - et encore, de l'essence de rythme, du spiritueux de rythme plutôt que du rythme construit... architectural - ou texturaux, My Disco aime la guitare ; son grain, son écho, son feulement quincailler. Swans mais encore Sister Iodine ou Bästard des débuts, puis des trucs tels que "Kein Bestandeil Sein" (note à moi-même : ne pas oublier d'arrêter d'oublier le tournant que ce morceau a marqué dans mon éducation esthétique) : et si surtout on faisait complètement fausse route en voulant mettre My Disco au premier rang, avec ces gentils mais un peu ennuyeux bons en maths ? My Disco aime la guitare, et les enclumes ; ce sont là des amours qui ne se peuvent assouvir que physiquement.
On a compris de quels matériaux Severe était fait ; il convient surtout de se bien convaincre qu'il vaut bien mieux que la simple traduction auditive d'un qualificatif, que son choix dudit qualificatif comme seul nom pourrait faire craindre. Severe n'est pas - seulement - une qualité. Severe est une errance, aussi monotone puisse en paraître les paysages - comme souvent lorsqu'on est ce faisant enlisé dans ses ruminations , a fortiori pétries de sévérité - et pareilles choses vous emmènent généralement loin de vos pénates. Loin de tous.

mercredi 16 janvier 2019

Fudge Tunnel : Hate Songs in E Minor

Si l'on est allergique au metal - ce que je trouve à peu près aussi triste qu'être intolérant au lait - ou bien peut-être si l'on est du genre à préférer la vérité et rien que la vérité - celle des groupes qui passent l’Épreuve du Live, n'est-ce pas, et qui sont capables d'y reproduire des disques qu'ils auront eu le soin d'enregistrer comme quasiment des captations de live, pas fous, fuyant comme la peste ce péché d'utiliser le studio pour y créer des choses que seul le studio autorise, pas f... euh, bref.
J'imagine que, dans ces cas-là, on peut apprécier avec force ce premier album de Fudge Tunnel, où ces derniers apparaissent strictement comme ce qu'ils sont - avant de se découvrir ce talent non-pareil que l'on sait pour les masques, les faux-semblants, la fausse-jetonnerie et la cruauté - à savoir des punks qui aiment beaucoup Godflesh. D'accord. Très bien les gars, je comprends vous savez : moi aussi. Mais aller jusqu'à pomper le truc du remix dub - excellent du reste...
Non, en fait ce n'est pas le problème de Hate Songs in E Minor : une "Find your Fortune" sur The Complicated Futility of Ignorance fera plus que pomper Broadrick sans que cela en pose le moindre, tant il sera mieux que brillant. Le problème est que ça ne marche pas tout à fait. Fudge Tunnel en 1991 sont qui ils sont pour sûr, mais c'est la moindre des choses ; en revanche ils ne comprennent pas qui ils sont pour un belin.
Ce qui fait de cette... créature boîteuse cousue à partir de Quicksand et Fall of Because ? tentative de greffer le riffing (et les divagations de guitares ! c'est peut-être là-dessus que Newport est le plus insolent, question sosie-isme...) de Godflesh sur une charpente rythmique non moins létalement groovy, mais au groove radicalement différent (je dois dire que j'ai un peu de mal à comprendre que l'on écrive pas des paragraphes entiers dessus, dans les chroniques qui peur sont consacrées de par le monde, même dans un premier disque où l'on entrevoit déjà, dans la batterie d'une "Bed Scrubs" au hasard, la nature intrinsèquement réversible de cette ondulation, qui passe le plus clair de son temps à passer en un clin d’œil de l'organique au mécanique, et le tiers restant à sembler se tenir toujours prête à le faire, ne laissant jamais savoir sur quel pied elle danse ce faux rythme) ? ou simplement tentative de jouer Godflesh le soir dans le garage de Grandpa avec les copains de 3ème B, après trois reprises de Bleach ? - possiblement (rien n'est jamais sûr et ferme avec eux) le plus bizarre et brouillardeux des disques de Fudge Tunnel ; et, au moins la moitié des fois, un qui vous passe des kilomètres au-dessus, ou plutôt en-dessous.
Quant aux autres (fois)... difficile de se prononcer objectivement lorsqu'on classe Godflesh parmi les meilleurs choses que la vie ait à offrir ; l'on finit pour sûr par y trouver un charme, qui va s'affirmant... jusqu'à ce que le disque soit ruiné par, une passe encore, mais deux reprises hors de propos - d'ailleurs en fait la première est aussi réussie que reprise peut l'être, au sens où elle emmène le morceau ailleurs (c'est bien le seul mot approprié, à entendre ce solo ufologique)... tout ce que ne fait pas la seconde, qui voit le groupe se faire emmener là où il n'est pas, en trébuchant rien qu'un peu, et en donnant surtout envie de se remettre la version de Motörhead. Ce n'est pas, on le déplore, la meilleure façon de finir un album.

mardi 15 janvier 2019

Gorguts : Obscura

La flèche du temps, on s'en fout un peu, pas vrai - surtout concernant une telle musique que le death metal des équations de la démence ?
Or donc, moi je vous le dis : Obscura, c'est l'intersection de Brutal Truth avec Imperial Triumphant. Ce que Gorguts a de différent (on aura noté que je n'ai pas dit "de plus") de tous les Imperial Triumphant et autre progéniture de Portal, c'est cette étonnante couleur "le gai savoir", qui vous prend toujours un peu de court étant donné ce qu'on ne peut s'empêcher d'attendre au vu de titre et pochette. Ce n'est, pour sûr, pas ce que tous ces héritiers ont choisi de retenir de Gorguts et du présent séminal album.
L'obscurité selon Gorguts, probablement, n'a pas eu besoin selon eux d'être surlignée, elle est leur lumière, ce qui leur sert à faire apparaître... des choses. A commencer précisément par cette pochette dont, je m'en aperçois présentement, j'avais oublié avoir (probablement) déjà découvert ce qu'elle figurait vraiment, pour croire me rappeler comme toujours qu'elle représentait un crâne souligné de deux tibias - en même temps, n'y en a-t-il pas ?
Obscura s'égare dans le noir à plaisir, qu'il découvre psychédélique, autant que jazz gras et charnel peut l'être : on est, encore, étonné, lorsque comme bibi l'on n'a pas usé le disque à forces d'écoutes obsessionnelles et pleines de révérence, par ses occasionnels accents orientaux, ces sages sourires hashishins qui semblent vous regarder parfois, goguenards au milieu d'un nid de riffs d'araignée ; et par tant d'autres choses encore de cette jungle moite, qui en regorge, de... choses ; de toutes les sortes même si ce n'est pas le terme que l'on voudrait employer, tant tout y valse avec une calme harmonie, et jamais ne s'échoue dans l'entassement et le grotesque.
Aevangelist, le Vieux de la Montagne, Starkweather, Umberto Eco, Morbid Angel... bien des auras convergent ici, communient et s'acoquinent dans cette accueillante obscurité ; car il existe un bon nombre, surtout de nos jours, de disques aussi touffus, drus, luxuriants, mais Obscura possède la qualité de ceux qui demeurent, puisqu'il est sensuel : je vous renvoie aux deux premiers noms cités, qui ne l'ont pas été au hasard. Obscura envoûte et entête comme le fait un voyage imaginaire dans la forêt indienne hantée par des esprits aux appétits féroces. C'est ce qui compte bien plus lourdement qu'un quelconque ennuyeux statut de fondateur de quoi que ce soit : Obscura fonde la jouissance qu'il procure et exprime ; et il se jouit très bien au présent au milieu de tous les autres qu'on a cités, sans la moindre encombrante notion de préséance de l'un ou des autres, sans aucune superfétatoire historicité. Obscura est un délire mystique, certes, ce qui n'est qu'une forme de cette bonne vieille cérémonie du death metal, voilà tout.

vendredi 11 janvier 2019

Fudge Tunnel : Creep Diets

Je ne me rappelle plus où c'était, mais en revanche très bien quelles furent ma consternation et mon embarras, concernant un Steve Albini que j'estimais jusque-là sans réserves - le jour où je lus les propos acerbes et condescendants du sus-nommé sur un Godflesh qui, selon le même, lui devait absolument tout.
Si je n'avais jamais vu le rapport entre Godflesh et Big Black, je m'en excuse aujourd'hui : il existe en vérité ; il s'appelle Creep Diets et il a une très jolie pochette (et un nom guère moins impossible à ravoir au lavage), qui au risque de me répéter me hante depuis bien avant que j'en aie entendu la moindre note, soit le mois de sa sortie pour être précis, et de son apparition dans les périodiques de hard rock ; à la rubrique "parallèle", "indie" et autres encarts dédiés au regretté "metal alternatif" - où dès mon entrée dans le milieu j'ai bien vite su devoir trouver les coups les plus fumants : Tool, Monster Magnet, Therapy?, Nine Inch Nails, Paw, Quicksand...
"Metal alternatif", d'ailleurs, définit presque aussi bien Creep Diets que "chaînon manquant entre Godflesh et Big Black", ou "crossover Pitch Shifter-Nirvana" : déjà une sorte d'infra-indus - quoiqu'encore plus subliminal que par la suite - particulièrement ferrugineux, déchiqueté et rigoureux, mais joué par des cambrousards rongés par le spleen et l'ennui. On pense à Tar et à Napalm Death en même temps, si vous voulez.
J'ai l'air d'insister, mais c'est précisément cette indécision, cette ambiguïté qui fait tout le charme insidieux de Creep Diets, un charme presque subliminal lui aussi mais entêté, qui finit par obtenir gain de cause et vous ronger - mais qui sait parfois se montrer plus franchement, comme sur une "Face Down" qui marie à merveille sonorités volées sans vergogne à Broadrick, et riffs sub-sludge école Bleach. Ce dialogue incessant entre molle élasticité slack, et sévérité née dans l'amertume. Cette identité aussi grise qu'un arrière-goût acide (tiens, comment s'appelle donc le morceau d'entame ?) derrière ses couleurs sous lesquelles il s'avance et se rêve de même que ses morceaux ressemblent à un -(16)- désespérément gaulé comme cintre, cet anonymat noyé dans la dégueulade morne de la foule, cette voix de Cobain encore tombé dans la cendre en traversant l'usine en ruine sur le chemin du bahut, ce museau de milieu de classe qui ne parle jamais de trop à personne mais n'a pas la gueule assez de traviole pour recevoir la distinction de tête de Turc officiel - tout ce qui est également cause que l'album a failli passer au bac à soldes.
Creep Diets n'est pour sûr pas un héros, mais héros et poète ne sont après tout pas synonymes. Il se perd parfois et nous avec, n'ayant pas encore tout à fait l'inspiration du disque à suivre pour éviter au ressassement de devenir bégaiement ; mais il serait spécieux de lui dénier le charme bien particulier qui s'attache à son incertitude butée, renfrognée, et en tout état de cause, il rappelle ce que vous savez tous pour peu que vous ayez connu cette douloureuse traversée qu'est l'adolescence, qu'il n'y pas que les héros qui marchent tout seuls...
Et, en bon solitaire, Fudge Tunnel sur Creep Diets remâche, comme un de ceux-là qui sont des parias sans que nul ne le sache, et rumine au sens propre, avec une morose délectation rancunière ses sempiternels mêmes tours de cochon, crocs-en-jambe et autres contrepieds à base d'enchaînement des riffs garagegrungey et de tronçonnages metal rouillé, et de même au niveau rythmique une sorte de version plus tonique, espiègle - et moins impérialement larguée en maths - de la fameuse méthodologie sludge du "j'accélère quand tu sens que je devrais ralentir et je ralentis quand tu aurais envie que j'accélère", qui déjà sont sa marque de fabrique débraillée, sa boîterie nerveuse, qui fait entre autres que "Don't Have Time for You" puisse passer de "rêverie mélancolique affalé dans le foin" de service à vague hostile et massive de radiations, en quelques secondes, sans qu'on soit autrement surpris.
Fudge Tunnel en 1992 est un pathétique et grommeleur propre-à-rien, une fausse-patte ricaneuse, que son entourage ne redoute encore que comme un casseur d'ambiance au flegme acide, et non comme le franc cinglé qu'il se révèlera être ensuite.


Je me permettrai simplement en clôture d'ajouter à titre tout à fait personnel que, si vous aimez un tant soit peu le vieux - le meilleur ! - Therapy?, vous trouverez forcément une saveur toute particulière quoique discrète à cet album, et en vous une tendresse non moins particulière à son endroit.

Dead Witches : The Last Exorcism

Raw fucking crust doom ? Ou bien tout simplement raw doom ? Bon sang, le putain de truc te vous a un de ces goûts de règlements d'ardoise et de revanche - et avant que je ne vous voie venir : le chant féminin, ajouté à mon indifférence plus globale a toute "l'affaire", fait que l'on ne le rattache pas du tout sauf à le vouloir expressément ce qui ne regarde que votre temps à perdre, à la bisbille Greening-euuuh ? tout le monde ? - qu'on en finirait, même - surtout ? - à l'écoute de choses comme la triste et terne "Fear the Priest", par être démangé de 2-3 vacheries à l'endroit des mignons Chrch et autres crusteux un peu trop preux... Pas que je ne sache apprécier un SubRosa ou un Chrch de temps à autre - voire jusqu'à un petit Agrimonia - mais tous vous ont un de ces airs affectés, à côté de ce mauvais coucheur-là, ci-devant... Une odeur d'aisselle fraîchement ablutionnée, un teint rosé.
Du disque lui-même, du reste, on aimerait dire beaucoup plus mais se voit en peine de le faire - et sans doute est-ce plus approprié après tout : crust et raw a-t-on dit, pas pour rien. Il serait disconvenant de faire de pareil album, avec sa façon de riffer trompeusement jumelle de celle d'Elwiz, et qui dégage comme une pestilence matinale son sarcasme bien à elle, globalement, à l'image des lignes de chant, moins liquoreuse que celui du groupe à Jus O., et bien plutôt portée à l'acétique (sans parler bien entendu de cette batterie de cheval de mauvaise augure) - quelque pompeuse et grandiose chose que ce soit, alors qu'il ressemble surtout à ouvrir sa porte un matin et constater qu'il fait moins froid dehors dans le vent mauvais, que chez soi, ou bien est-ce peut-être que simplement l'on a envie d'embrasser ce vent sec et farineux, en mettant la langue.
Il pourrait bien, en tous les cas, être là pour s'installer - ou peut-être est-ce simplement l'effet que fait l'hiver, chaque fois qu'il commence, et qu'on se demande comment un jour on a pu aimer avoir chaud.

mercredi 9 janvier 2019

Hecate : Brew Hideous + The Magick of Female Ejaculation


Planet Satan est protégé parce qu'il joue dans la catégorie techno, et chaque Église du Beat a droit au respect de son fief ; Full Metal Racket lui a droit à l'indulgence parce qu'il fait ce qu'il peut avec des riffs qu'il n'a pas composé, c'est encore une autre discipline de l'Art ; et puis Brew Hideous en soi n'est pas un disque parfait, parce que si elle n'y démérite pas, Rachel ne saurait se montrer à son meilleur sur des parties ambient-rituel qui se cantonnent toujours à des extraits (vous dites ? des morceaux d'ambient rituel de quatre minutes ? vous vous moquez, cela n'existe pas !).
Mais alors, ça passe pas loin, pour tout le monde, de la raclée ! A entendre des choses telles que "Trial by Ordeal", qui rendent difficile de ne pas s'embraser comme elles-mêmes le font, et cracher le feu par tous ses orifices ; avec son riff taillé à la perfection pour s'enrouler en serpent furieux autour d'un beat qui lui-même n'est peut-être pas le composant le moins black de toute l'affaire, et puis ce solo et son feeling sordide et désespéré comme un Slayer parti vivre dans la forêt sitôt sa nationalité norvégienne en poche.
D'ailleurs, dans leur ensemble, lorsqu'ils sont seuls - entendre : non couverts de guitares - cela devient même l'évidence, et ne fait que conforter l'envie de trouver un nom à part, du style blackbeats, pour classifier ce disque unique, qui aurait eu de quoi jeter la base d'un style - et dieu merci ne l'a pas fait : Hecate de nos jours et depuis longtemps semble étrangement oubliée, eu égard à sa patte inimitable, mais peut-être est-ce plus globalement le breakcore, qui est passé par pertes et profits comme une vulgaire mode creuse... Les beats, en fait, ne se contentent pas d'être ce qu'il y a de plus black et sauvage sur Brew Hideous, mais ils sont encore ce qui emmène le disque au-delà, du black à boîte à rythme, du breakcore à riffs, de la version hardtek de Mz.412... Dans le territoire d'Hecate ; en vérité il n'y a pas plus exacte façon de dire, que d'invoquer en personne celle qui dans la scène breakcore a toujours démontré un art bien à elle d'ouvrager les rythmiques, affinant sans cesse une façon singulière présente dès le début, dans cette surnaturelle linéarité ophidienne, avec son fameux staccato à la fois martial et lubrique, qui dès l'origine la distinguait au moins autant que cette palpable prédisposition à l'occultisme que l'on sentait, déjà, en sus de l'aptitude propre à la techno pour invoquer l'evil.
Pour être plus limpide, si l'on ose à l'endroit de l'album obscur dont il est question, autant la techno a 2-3 choses à apprendre au black metal question occultisme, autant Rachel Kozak avait 2-3 choses à apprendre aux deux (parce qu'il faut bien reconnaître que même Abelcain et Panacea sont un petit cran en-dessous question obscurité), dès un The Magick of Female Ejaculation en forme de manifeste techno-corbeau bien crado, de torture-darkstep médiéval qui tenait davantage de la musique rituelle et de la sorcellerie - pas loin d'un étrange cousin breakbeat de Die Propheten - que de la dance-music au sens entertainment physique que celle-ci a d'ordinaire : c'est même ce qui me gênait initialement dans son appréciation pleine et entière ; cela et, qui en découlait, c'est le cas de le dire, le sentiment de souillure, de vice débridé et embrassé avec une infernale et sincère dévotion. La débauche luciférienne, chez Kozak, ce n'est pas du chiqué ni du gimmick, tout particulièrement dans un Magick au croisement - où les fleurs sont arrosées de la manière que l'on sait, au pied des gibets - d'In Slaughter Natives et Sleep Chamber.
Brew Hideous dans tout cela, me direz-vous ? Il est vrai que l'on a tôt fait de perdre sa boussole, s'aventurant dans les replis de pareil album. Or donc, l'autre fait beaucoup moins dans l'envoûtement et la possession dans tous les sens du terme (quoique...), et plutôt dans l'exultation de la chair déchirée - voyez vous-même pour le qui fait quoi, c'est de peu d'importance en pareilles matières, comme on dit peu importe celui de qui tant que le sang coule. Et ici, il se boit avec les grandes lampées réservées aux plus capiteux poisons, tel que celui distillé, direct dans votre gosier béant, par le riff d'une "Creeping Howl", qui fait voir rouge ainsi que peut le faire un S.V.E.S.T ou un Funeral Mist - cependant que d'autres, tel sur "Shards of Pan", penchent plus du côté du Gorgoroth dément de rage de Destroyer ou Incipit Satan - mais tous, à l'image d'une chose comme "Drunkard's Cloak" faisant montre d'une ambiguïté, languissants et carnivores à la fois qu'ils sont, et d'un érotisme comme aucune bande de norvégiens jamais n'en sera capable, et subséquemment d'une capacité non pareille à coller le frisson, en sus de cette crudité animale qui, elle, est l'apanage de la techno, qui lui donne l'avantage en terme de sauvagerie sur n'importe quel chevelu (Anaal Nathrakh ? j'avoue avoir fini par y penser à force d'écoutes de Brew Hideous à haute dose ces derniers jours ; et avoir eu plaisir à réprimer un gloussement).
Brew Hideous, comme le fut après lui le petit disque de Treachery, est frustrant, pour à peu près la même raison : aucune à proprement parler, sinon pour la seule luxure d'éprouver la frustration, et probablement aussi parce qu'on aurait espéré encore plus, non seulement parce que l'un comme l'autre furent intensément attendus, mais encore qu'on aurait voulu que le disque soit d'un excès total, alors qu'il est juste terriblement brillant sur toute sa durée, autant que peut l'être une collision de Doll Doll Doll avec Nordik Battle Signs, juste à la lisière du trop maîtrisé et contrôlé... et à la lisière de l'orgasme à deux-trois endroits ; dont notablement, des fois que l'on n'aurait pas compris, la torride, ensorcelante, pousse-au-crime, vertigineuse "Trial by Ordeal", sur laquelle il conviendrait, sans doute, d'écrire un paragraphe ou deux - mais sur laquelle, surtout, il convient de se laisser déraisonner tandis qu'on en enchaîne les écoutes sans en voir s'émousser le tranchant des canines, au contraire de notre résistance.
Bref : reviens, Rachel, tu manques salement.

lundi 7 janvier 2019

Mysticum : Planet Satan

Mysticum, et a fortiori Planet Satan, c'est une autre de ces histoires d'adéquation maximale entre le mot et la chose, à point tel que le mot devient la chose, réciproquement, et ensemble le tout un peu davantage.
"Mysticum", donc : le latin de cuisine, le terme lui-même, le logo préhistorique à la Beherit, tout là-dedans sent le cliché, et le résultat éclaire celui-ci d'une intention qu'on a envie d'attribuer à des gens qui n'ont pas le melon, des grenouilles qui ne se prennent pas pour des bœufs, ni au moment de se choisir un nom voilà des années, optant pour le fonctionnel qui fait clairement passer le message, plutôt que pour le machin tellement taillé dans le pur minerai de personnalité qu'il ne parle qu'à soi-même - ni au moment de faire son retour, et de choisir cet autre cliché, de soi-même cette fois puisqu'entretemps l'on est devenu une institution, qu'est cet intitulé de Planet Satan, redoublé qu'il est de cette illustration à la fois atterrante de figurativisme, et pourtant tellement non seulement suffisante, mais satisfaisante - ce qui vaut aussi pour ledit titre.
"Planet Satan" ; dites le rien qu'une fois, à la française même : ça ne sonne-t-il pas du feu de dieu ? Entre titre de nanar soixantard qu'on a l'envie aussitôt de voir, et goût de bon marché plus typiquement technoïde, parfaitement adapté au ton qui est celui de Mysticum - soit un pas tout à fait dans les mêmes eaux ni que la spiritualité débauchée d'Ananta Abhâva, ni que la cérébralité parallèle des disques de Spektr... ni que la suffisance athlétique de Blacklodge ou Aborym, dans leurs approches toutes deux plus virilistes que les premiers cités.
Mysticum, Planète Satan : on le sait d'emblée, on est ici au royaume du plébéien et du simple ; toutes choses qui n'ont jamais été antinomiques avec la profondeur. On pensera à nouveau à Oranssi Pazuzu - et encore davantage à la dernière fois qu'on y a pensé, et pour quelle raison : cette même façon de ne pas chercher plus loin que les truchements les plus simples et essentiels, l’œil sur la destination, en ignorant les sirènes de l'ego, ses satisfactions, ses fanfaronnades ; rien qu'en cela, Planet Satan relève plutôt de la techno que du metal, ce qui est toujours la meilleure voie à suivre lorsqu'on se pique d'electro-black ; et d'ailleurs, toutes choses étant bien cohérentes, on finit bientôt par également penser à une autre des meilleures jonctions opérées, via la transe occulte, entre beumeu et free-party, à savoir par Rachel Kozak, dans The Magick of Female Ejaculation, puis Brew Hideous...
Et le résultat, me demandez- vous, agacé de ce qui n'est finalement que tourner autour du pot - la fameuse destination atteinte, quelle est-elle ? Eh ! ma foi : Planète Satan. Comme bien souvent en matière de black norvégien - mais aussi comme chez récemment Candelabrum - il n'est pas question d'une idée très complexe, mais d'une puissante, pure - et froide. On est loin, coupé de toutes considérations quotidiennes, dans un monde de magie dont le black metal est l'oxygène. La fureur fervente d'une free-party dans l’œil du cyclone blizzardesque, si c'est pas une vache d'idée grisante, après tout ? C'est mieux que ça, mon con : c'est une réussite, franche et massive. Et petit à petit l'album de s'enfoncer au cœur du froid, les riffs de s'engourdir, la frénésie des beats de se confondre avec un grelottement terminal, un sanglotement des os qui touche au ravissement, l'Avalon de Filosofem n'est guère loin, sans que jamais pour autant on perde le contacte avec la palpitation primordiale d'une teuf revigorée par la rigueur norvégienne, transfigurée par cette sévérité qui tombe des étoiles, nues au-dessus de nos têtes... On touche clairement à l'essentiel, et le label "vieux Cold Meat" ne va pas tarder à tomber ; du reste justement Beherit n'avaient-ils pas fini par se rendre à l'évidence techno et coldmeatienne ?
Oui : entre les deux disques auxquels on songe là et cette bonne vieille Hecate, ça en fait du beau linge à quoi Planet Satan va venir tenir compagnie, avec nous à ronronner dans un fauteuil pour regarder.
Et puis, songez-y deux secondes : Never Stop the Madness, ça n'a jamais vraiment sonné comme un slogan sur lequel secouer ses cheveux, vous l'avez toujours su, pas vrai ? Moi, j'aime quand les étoiles s'alignent.


P.S. : j'ai la cagne de vous tourner ça de la façon brillante et spirituelle qu'il faudrait, et la majorité ne verra sans doute pas le rapport - mais ce petit disque vaut bien plus lourd que toute la disco passée et à venir de Darkspace, ça fait du bien de le dire quand même.