mercredi 31 juillet 2019

Korn : The Serenity of Suffering

C'est une règle de la nature - non, deux : d'une, c'est toujours une fois qu'on a cessé de vouloir à tout prix se prononcer et s'exprimer (la péremption forcément allant de pair) sur un disque, qu'un certain nombre de vérités comme dans un jeu de plates-formes à la con se débloquent ; de deux, c'est toujours trop tôt qu'on arrête de parler d'un album de Korn - ces disques qui, eux, parlent en général beaucoup.
Or donc, d'une certaine façon vous avez de la chance, que le tout ne fasse pas systématiquement plus que la somme des parties ; parce que Serenity, là, c'est juste un peu la somme de Untouchables et Remember Who You Are. Regardez donc, y a qu'à faire terme à terme (les plus saillants seulement, sinon on y est encore demain, avec Untouchables) : Depeche Mode + Britney Spears + Will Haven + The Cure : le compte est bon. De façon moins apothicaire - puisqu'on a déjà redit récemment que Korn est un tout petit peu plus qu'une plate somme des nombreux germes qu'il a fait sur-proliférer - Serenity est une manière de version resserrée (l'attitude Remember ?) d'Untouchables, dont on reconnaît bien la veine mélodique et la fluidité.
Non : où Remember ressemble à un disque de post-hardcore (ce qu'il n'est pas du tout), SOS paraît (d'où les allusions fielleuses à Paradise Lost) à un album de metal, ce qu'il n'est absolument pas lui non plus. Ce qui s'explique avec un logique mathématique toujours aussi éblouissante : parce qu'il est une manière d' Untouchables sans la démence débridée, les métastases et NIN ; cela sonne comme un handicap, une absence de qualités ? Cela prouve, au contraire et si besoin était, que ce n'étaient pas là les seules - qualités - dudit et par extension de Korn.
Écoutez donc : la laiteuse mégalomanie, vous la reconnaissez ? Ce lâcher-prise (Sereni-quoi ?), cette toute-puissance trouvée avec un doux amusement au fond de l'offrande de soi : cette attitude en somme si typiquement goth-wave, qui caractérisait Untouchables... et Issues son jumeau travelo - réconciliées ici par-dessus le marché avec le viril crétinisme de Téma dans le Roirmi : n'est-ce pas un prodige ? Non, SOS n'est pas la jungle ghetto-amazonienne de priapes sous cacao, qu'était l'impossible Untouchables ; pour autant, moyennant un laconisme qui est fatal vu l'âge désabusé qui est celui de ses auteurs, il est bien l'oeuvre de la même insolence, celle d'un talent intact.

lundi 22 juillet 2019

Drastus : Roars from the Old Serpent's Paradise

Il y a eu et il y aura toujours Motörhead, il y a eu et il y aura toujours "le gothique", il y a depuis récemment Mayhem et le black à la DMDS : des feelings que je traque un peu partout, de façon transversale, des grands principes élémentaires de l'univers - et parmi eux se trouve également Cold Meat Industry.
Le premier album de Drastus en est un autre  avatar. Roars from the Old Serpent's Paradise a été qualifié faute de mieux d'industriel, et l'on comprend aisément pourquoi, à entendre non tant l'interprétation mécanisée de ses rythmiques, que l'inhumanité de leur fureur, qui vient corroborer une ample véhémence wagnérienne renvoyant à Elend ou In Slaughter Natives, d'une part, et l'esthétique d'une pochette affiliant davantage le disque à des disques de death industrial et de rituel, Ain Soph, No Festival of Light, Sleep Chamber, tout ce bazar qui sent la magie noire et les noirs desseins - sans parler bien sûr de son titre.
Alors certes, existent également des familles, certaines réduites, d'autres nombreuses : ainsi l'alliage pestilentiel de courroux, de cruauté et de sauvagerie carnassière, qui unit des choses comme Antaeus et S.V.E.S.T. (certains moments donnent la même vertigineuse et périlleuse sensation de fixer le cœur du feu, que Urfaust, et vous en faire roussir le museau, voire un peu davantage, en dedans), et à quoi l'on peut sans commettre d'impair affilier Drastus. Pourtant, encore une fois et sans vouloir manquer de respect à quiconque, il semble réducteur de cantonner l'expression de Drastus au metal, à qui il prend (emprunter n'est pas le genre de la maison, pour des raisons évidentes) des guitares, pour en garnir les rêches bourrasques dont on n'est pas à l'abri dans les vastes salles de son manoir d'ignobles dimensions et proportions.
La production n'a pas ici la puissance qu'elle aura sur La Croix de Sang, les différentes strates de la musique semblent parfois étrangement désynchronisées, et pourtant voilà un disque qui exsude la mal et la menace comme bien peu, juché à cet endroit où le black metal et l'indus-rituel communiquent, créant un sévère appel d'air par où s'engouffre quelque chose de plus ample : cette musique-là vient des profondeurs, s'en lève mais l'élévation n'est pas son désir ; elle vous monte le long des chevilles, elle est une obscurité qui monte comme de l'eau jusqu'à vous noyer, vous avaler. Un serpent qui patiemment enroule ses anneaux autour de vous, et vous embrasse de loin en loin dans son haleine de flammes. La corrosion de toute résistance.
Mais là-dessus, Roars from the Old Serpent's Paradise n'est pas disque à s'avancer masqué, vous êtes au parfum dès que vous y entrez : vous n'êtes pas chez vous, et vous êtes fichu. Dites maudit, damné, souillé, corrompu, ce qui vous chante - du moment que cela vous identifie sans équivoque comme proie, chair que vous êtes.

dimanche 21 juillet 2019

Sheep On Drugs : Does Dark Matter

Il aura fallu rien qu'un peu attendre, dites - que Lee cesse enfin de faire semblant que Duncan ne fût pas parti, c'est à dire ; mais ça aura valu le coup.
Voilà donc ce qu'il avait en sa propre jouissance en fait de talent, et sa nouvelle moitié musicale, aussi (quelle voix !) : quelque chose d'encore plus lunaire que ce qui déjà se dessinait dans la drum'n'bass funambule d'avant ladite séparation et de l'étrange One for the Money : un bizarre machin - la façade prévient - entre dark-wave de freakshow et chanson ambient pour cités-dortoirs-bulles sous la mer ; une manière de médicamenteux reggae-goth du futur pour rebuts de la chaîne de montage des humanoïdes, dans une manière de Japon gazeux, qui vient donc confirmer de magnifique façon ce qu'on entendait de prometteuse beauté cabossée dans le titre du disque.
Quelque chose comme une méduse dont les filaments rêveusement caressent Icarus, les Creatures, Porno for Pyros et Fetisch Park, pour vous donner une idée de la réalité et la pondérosité du truc.
Et figurez vous qu'avec tout ça, la coloration Velvet Underground qu'on trouvait sur One for the Money s'accentue encore un peu plus - ce qui ajoute encore à ce que le disque peut avoir parfois d'un brin pénible aux nerfs, à la façon d'une plume vous caressant une dent dont l'émail est entamé, dans le même exact temps qu'il regorge de moments de beauté, tels une réappropriation de "I Love Rock'n'Roll" façon chant de marin interprété par Emotional Joystick, qui vous démangera d'aller vérifier très vite si Amer Béton n'aurait pas des fois été adapté en anime par le réalisateur de Paprika.; ou le polar extra-terrestre de "Loose Change" ; en fait il n'y a presque que cela, dans cet album somnambule qui titube entre médiéval (ces punks anglais, tous les mêmes, ils ne peuvent rien contre) et futuriste.

C'est tout de même bath, dites, lorsqu'un grand groupe redevient grand.

samedi 20 juillet 2019

Tool : Lateralus

On va la faire courte sur la mise en contexte, ce n'est pas le propos :
- sortie d'Undertow : pages metal alternatif des magazines de hard, légendes urbaines à base de caniveau et de suicide sur le bouquin à l'origine du groupe et sa supposée malédiction, clip de "Sober" sur MTV, jaune d’œuf de guitare, livret choc, piste-fantôme satanico-Délivrance, image cachée sous le socle du cd... trauma et vénération. Album culte.
- sortie d'Aenima : bibi est passé à tout autre chose que le hard entre temps, découverte un peu à la masse dans une médiathèque, écoute rapide par curiosité, désintérêt.
- sortie de Lateralus : pas vue passer non plus, apprise quelques années plus tard, bibi se remettant méthodiquement au metal en commençant par prendre des nouvelles des quelques amis dont il se rappelle le nom ; il aime beaucoup Aenima, et trouve Lateralus un peu trop - assumons, allez - positif ; coloré ; sensible. C'est qu'on est écorché vif.

Quel con. Je suis aujourd'hui convaincu que Tool ne sont bons que lorsqu'ils sont chauds. Et si Undertow l'est mais pas Aenima ni 10,000 Days... Il ne s'agirait pas de méconnaître que Lateralus, lui aussi, l'est. Et que pour n'avoir certes pas - ni prétendre une seconde l'avoir, d'ailleurs, son âme est aspirée ailleurs, vers le haut où existe pour ceux qui ne redoutent pas l'ascension une toute autre sorte de fournaise - l'animalité suante d'Undertow, il n'en est pas moins tout aussi zeppelinien avec fureur. Ni moins hallucinatoire et mystique.
Lateralus vous emmène dans une sorte de gouffre solaire, dans la jungle d'une dangereuse et concupiscente Olympe, où devant notre regard émerveillé et nos sens émoustillés son groove déjà invraisemblable d'origine prend une carrure bacchique qui le révèle comme autre chose qu'un simple produit de son époque : imaginez un peu Helmet ou Rage Against the Machine, avec leurs guitaristes premiers de la classe, nous pondre pareils riffs magiques, pour voir... Oui, Lateralus fait partie de ces disques doux et brûlants à la fois, qui accréditent la théorie selon laquelle certains élus, parmi l'humanité, ont déjà goûté l'ambroisie, au moins en rêve, et si vous avez déjà rêvé de voler vous savez à quel point certains rêves sont vécus. Apollon, Dionysos, Héphaïstos, Kundalini, on ne sait plus à quel saint se vouer, en ces demeures du saint, au fil des langoureux méandres d'un album qui cette fois délaisse avec superbe et sans un regard en arrière les formats compacts et coup de poing (même s'il ne peut pour autant se défaire d'un don inné à n'enfanter quasiment que des riffs au fer rouge et qui attrapent au ventre) des précédents pour s'étirer, se perdre, s'enfoncer, confondre lave, or et miel, s'enrouler, planer, spiraler - tout ce que ne saurait, au passage, faire un Aenima qui est au fond leur Around the Fur : une version poliment en colère, avec un petit bouc impeccablement dessiné et parfumée.
Qui a besoin d'eau de toilettes quand le corps a toutes ces phéromones et ces sécrétions ? Lateralus, lui, est bien le disque qui s'enfile à la suite d'Undertow, dont il n'a pas la sexualité polluée, marécageuse, faisandée, il dégage pour sa part les nombreuses odeurs inouïes de la sainteté et de la sublimation - mais il a pour sûr la même nature : sexuelle, donc prédatrice. Ce qui, pour un disque de prog-metal encyclopédiste avec un logo en masque de tortue ninja, n'est pas peu, reconnaissons le.

vendredi 19 juillet 2019

Korn : Life is Peachy

Adrenaline + Undertow + The Downward Spiral avec aux guitares Robert Smith & Vindsval, et Tricky aux platines.
Et contrairement aux trois ambitieux sus-cités, Life is Peachy lui, il n'est arrivé nulle part à la fin, ni enfer ni ciel ni trouver du nouveau. Perpète à Ploucville. Jour de la Marmotte. Puis Korn c'est des gosses, tout ce que le pot aux roses leur inspire c'est des sanglots de terreur ravalés la seconde d'après dans un ricanement hideux (la naissance l'enfant-chien, c'est par ici) de qui dit qu'il s'en bat les couilles, dude. La nuit est encore longue, y a encore plein de poubelles et de ruelles qu'on a pas visitées.

Foursquare : Doorly's X.O.

Des fonds des navires aux villages avoisinant leurs ports d'attache, pour ne pas dire de cale en bourg, des rumeurs courent à propos du rhum... Serait-ce la chaleur du moment ? Il paraît même que les chroniques à son sujet aident à lever de jolis pouces approbateurs sur un certain réseau soit-disant social. Que fait la police ? L'élixir caribéen serait-il donc une sorte de viagra pollicial ? Il paraît aussi, si on en croit d'autres rumeurs, que le taulier de ces lieux de plus en plus celliers chérit depuis sa tendre enfance un certain album de Graham Parker - sans The Rumour - dont j'ai hésité à acquérir le vinyle sur une des mille brocantes virtuelles le vendant au pris d'un caoua, juste pour l'amusement de coller ces deux aras hyacinthes côte à côte... C'est mon côté fétichiste... C'est mon côté précieuse ridicule... C'est mon côté Nextclues.

Rhumons... Humons... Screugneugné ? Guère loquace, pour un perroquet ! L'ara ne chante pas... L'ara fait bien ?... Snif, snifff... Diantre, c'est lège... Faut-il donc que je remplisse ce verre ara bord ? Tsss, ça valait bien la peine de m'échiner à faire du Rhumon Devos dès l'intro ! Ce gentil petit rhum civilisé n'est pas bien sujet à la dégustation, mais plutôt à l'honnête moment de douceur timorée. Un peu antiseptique... Un peu cire à bois... Une pincée de cannelle... Y a du "cappuccino" instantané des distributeurs d'aire autoroutière (vous savez avec l'option "vanille" ou "caramel"), aussi... Et un Werther's original... Et c'est tout... Snif sniffffff... Allez, en poussant vraiment le bouchon et en plissant bien les yeux avec la truffe bien collée au fond du godet en mode "balayage chirurgical du terrain olfactif" comme un Marc Veyrat Predator juste au cas où j'aie loupé quelque chose - mais vraiment parce que j'ai ma conscience professionnelle hein - j'y décèle une note ténue de mucus nasal desséché. Même s'il est plus que probable que cela vienne de l'hygrométrie caniculaire et de mes narines n'ayant pas honoré de mouchoir depuis hier.

Goûtons... Bouais de sauvetage. Comment décrire au mieux ce Doorly's ?... Bredouille... Aqueux... Et, paradoxalement, sec, châtré... c'est p't'être bien là que le rhum perd son h... Trop dilué... Évasif... Vaguement cacaoté, vaguement fruité - à ce propos je cherche encore le vieillissement "sherry" indiqué sur l'étiquette ; pour le côté Speyside on repassera, point de cake aux fruits bien généreux en vue même en tendant bien la longue... vue... ENFIN BREF, peu de choses à l'horizon, moussaillons ! Parfaitement buvable, et rigoureusement inoffensif. La prod est pas top quoi, y a les synthétiseurs mais ça manque de grosses guitares et de basse. C'est un mini-Barbades, un peu comme si on avait pris mon Antigua chéri et qu'on l'avait délavé, réduit à une peau de chagrin ne laissant qu'ombres sèches et molles sur son chemin... Oh ! Attendez, c'est... mais oui : un arrière-goût de pastis-menthe ! Je sais, je suis irrécupérable. Mais c'est un peu vrai quand même, hein (un côté p't'être pas mentholé mais anis-réglisse, ça c'est sûr). Arrivé à ce stade penaud, j'me demande quand même si vaudrait pas mieux siffler du Diplomatico ou du Don Papa. Ben quoi ? Au moins y a un bon goût de, euh... de sucre... Enfin non, quand même pas. Pourquoi je dis ça moi ? Ouf, c'était moins une, j'ai bien failli perdre mon snobisme dégustateur là, saperlipopette ! Restons vigilants je vous prie, et - contrairement à ce Doorly's - concentrés...

Verdictons : comme dirait Bob en citant Bébert, killing an ara bleu... Un rum trop fiotte, trop flotte, convenable pour se rincer la glotte, dont le capital sympathie tient à peu près entièrement dans sa mignonne bouteille au trognon coco-roquet bleuté, et son nom un peu aussi (même si j'ai jamais entendu les Doors à Orly... p't'être aussi parce que j'prends toujours mes avions à Roissy). Un rum qui vaut, pour tout dire, moins que son prix plutôt doux (entre 35 et 40 euros). Ils devraient en sortir une version à degré plus tonton flingueur pour voir, histoire de réveiller un peu les papilles qui ronflent un peu sur ce "X.O." (...ah, on me fait signe dans l'oreiller que le Foursquare cask strength existe pour le double environ ; autant pour moi !)
Reste une série d'étiquettes à perroquets charmantes dans cette gamme Doorly's - qui de son plumage turquoise aguicheur qui de son rouge coquelicot taquin - même si elles ne sont jamais qu'une version prolétaire des splendides flacons tropicaux estampillés Silver Seal, avec leurs motifs bigarrés à rendre jalouse Mackie Osborne...
Hélas, comme vous vous en doutez, ces bouteilles-là coûtent un ara.

jeudi 18 juillet 2019

Venom : Metal Black

Aujourd'hui on a High on Fire et Totengott : c'est la classe... mais c'est la classe. Hélas, vous voyez ce que je veux dire ?
On pourrait regretter qu'elle soit bien morte et enterrée, l'ère héroïque du vrai moche-metal pas beau, du poilu qui sent dessous les bras, et ne vous décoche pas un regard farouche de Comanche ou de Cimmérien - mais un de garagiste mal embouché ; l'Âge des Riffs en Sourire de Plombier, des Gorefest et des Entombed, voire des Danzig...
Ce  serait un tort.
Metal Black, c'est l'album que Motörhead n'a jamais sorti avec Lars-Goran Petrov au chant et Tommy Victor à la guitare. Oh, c'est vilain, vous pouvez le croire, moche comme le cul de Mikkey Dee dans un benne en cuir, moche comme White Zombie envahi par l'équipe de Nine Pound Hammer, dont la première mesure consiste naturellement à virer toutes ces merdes de synthétiseurs. Mais comme Entombed n'a guère sorti qu'Inferno de fréquentable après To Ride - et que justement l'on entend également des relents bien Spartacus d'Inferno dans le disque de Venom - c'est impeccable.

mercredi 17 juillet 2019

Korn : The Serenity of Suffering

Il est pas si pire, en fait, lui.
Ben quoi ? J'avais pas prévenu, que j'insisterais forcément un jour ou l'autre ? Je vous rassure, je ne vais pas vous les refaire tous, ni trois ou quatre fois Untouchables encore pour la route, ni même uniquement tous les recalés de la précédente session... En fait, pour ne rien vous cacher : si, je les ai retentés, mais N'A Pas de Nom et Path of Totality se sont de nouveau plantés ; vous dites ? Paradigm Shift ? T'es pas un peu fou, dis ??
Mais Serenity... Évidemment, il est lourd sur l'estomac ; mais peut-on même déplorer que les quelques fugitives tentations deathcore (on est potes avec Suicide Silence, eh ?) et autres parties "brutales", malgré un son général qui reprend la densité de Remember Who You Are, tombent un peu à plat (quoique, la fin de "The hating"...) ? Cela ne fait-il pas partie de son identité, d'une part, et de l'autre écoute-t-on vraiment Korn aujourd'hui pour SE MANGER UNE PATATE COUSIN ? Le neo a passé son tour pour ça, à présent il y a douze-mille dérivés de blackmetal et de hardcore qui se bousculent au portillon pire que des cyclistes Deliveroo devant un studio à burgers, pour le titre hebdomadaire de champion de la bagarre post-bagarre - et c'est tant mieux. Aujourd'hui on écoute Korn pour entendre du Korn : y avait le G-funk, le P-funk, y a le psi-funk, oui avec une lettre grecque comme dans Billy Ze Kick si vous voyez ce que je veux dire ?
Tenez, téma : c'est pas une mélodie chipée chez Lionel Ritchie, que j'entends en motif mélodique principal de "A different world" - entre des refrains pendant lesquels les guitares, c'est même plus du Deftones : c'est le dernier Will Haven (avec dessus le gugusse de Slipknot qui vient réclamer le trône de Philip Anselmo) ? Je vous le dis, quel que soit le trip qu'ils se tapent, nos enfants du maïs - retour aux sources, grosses dépression, orgie peura, j'en passe - c'est chaque fois perchés dans leur monde de permanente fête foraine sous ké, qu'ils le font.
Et puis Serenity possède en force et en forme l'autre caractéristique qui fait Korn (et qui fait la seule vraie qualité de Path of) : les mélodies. Oui, on peut se permettre de le dire tout haut, les âmes sensibles ne sont de toutes manières pas en train de nous lire : Korn c'est, encore plus constitutivement que ce bouquet improbable (Alice in Chains Psycho Realm Britney Spears Biohazard Depeche Mode Michael Jackson Nine Inch Nails), de beaux refrains irrésistibles. Et pour le coup, sur le registre Britney-au-lait-de-lune, on est servis, royal. Au point qu'à plusieurs reprises, on finit même par ne plus les trouver lourds, comme dit plus haut et précédemment, mais carrément déliés, aériens, et gracieux. Comme qui dirait que le disque, il s'appellerait peut-être pas Serenity pour rien ? Bon, sur les deux bonus, ils arrivent un peu à court, mais on ne leur en veut pas puisque là ce sont les couplets qui se dégustent. Puis n'allez pas, cependant, vous amuser à passer à côté de petits détails comme les guitares cauchemardesques de "When you're not there", ou la fin de "Everything falls apart", où pointe en (toutes choses étant relatives) sourdine la démence de Peachy et Untouchables - car contrairement à ce dont on se persuade trop volontiers, Korn ne fait pas tout à la fois, sait se concentrer sur une tonalité dominante, et laisser certaines de ses idées dans la subtilité (voir plus haut) - c'est à dire, aussi, qu'ils n'en manquent toujours pas, d'idées et d'envies. Ce qui au moment de patienter, un peu anxieux, jusqu'à la publication de The Nothing, donne  de l'espoir.
En fait Serenity c'est un peu le frère lyrique, grands espaces et fleur bleue, de Remember, dont il reprend un peu tous les traits qu'il transpose dans une humeur apaisée, lavée de ce que celui-ci a de heurté, ulcéré, écorché... souffrant.
Ce qui en fait une sorte de cousin phuture r'n'b en Reebok Pump (désolé pour Adidas, mais on est clairement pas dans leur gamme, là) de Wish, si mes calculs sont bons. Ça me va.



Ndlr : après vérification sous la surveillance de Jean-Jean, ce n'est pas Lionel Richie, mais carrément "Another day in paradise" de Phil Collins, dont on entend quelques notes dans le motif mélodique de "A different world".

mardi 16 juillet 2019

Gorogoroth : Under the Sign of Hell

Des fois je vous jure, je me décourage. C'était si compliqué, bonhomme (oui, des fois je me parle avec la voix de Gérard Lanvin), de faire une bonne vieille synthèse des familles ?
Under the Sign of Hell et moi, ç'a longtemps été un coup sur deux. Un coup il me plie de rire et d'embarras - je suis empathique, que voulez vous ? - et un coup il m'impressionne ; je ne l'ai acheté que deux fois à ce jour, mais il était temps de débrouiller un peu tout ça, avant que cela ne finisse par une revente, et donc une troisième acquisition en embuscade.
Comme dirait Michel Chevalet, en fait c'est simple : Under the Sign of Hell est terriblement impressionnant justement parce qu'il est ridicule. Ces mélodies à vous démanger de, je cite, "envahir la Pologne avec une épée en plastoc" ? Un peu, qu'elles sont à se rouler par terre : d'une, c'est du black, de deux c'est cela même qui donne bien plus de mordant et de sel à la sale production lavomatic de cet album, qu'à tant d'autres où non seulement tout est illisible du sol au plafond, mais misérable, sans puissance, sans aucune accroche émotionnelle, tout dans la cérébralité élitiste. La force de ce disque, c'est le pathétique et la vulnérabilité totale avec lesquels il se donne.
Là encore, merci Lords of Chaos en ce qui me concerne : Under the Sign of Hell, c'est cette scène où Kristian Vikernes, tout tête-à-claques suprême que soit déjà son personnage à ce stade, avec son fatras tolkieniste de geek evil (louse compte double), entre en studio et, avec sa sale gueule et sa sale aura de merde, te vous balance la musique la plus saisissante qui soit dans sa naïveté qui ne laisse subsister aucune barrière avec l'auditeur, à en faire verdir le charismatique Euronymous et ses yeux rêveurs. La foi, totale. Le souffle torride de l'enfer, qui brusquement te caresse le visage avec la même aménité que lorsque tu ouvres la porte du four pour faire coucou à ta pizza congelée (le parallèle entre Varg est une pizza n'était pas voulu au départ, mais de toutes façons ils l'ont déjà fait jouer par un Juif, n'importe quoi est indulgence après ça). Les photos de Nattefrost écroulé dans son vomi dans sa baignoire, et ainsi de suite. Le coming out satanique de Mz.412. La présence du Mal, entre deux bouteilles de Biactol éreintées, tel qu'on ne l'a guère ressentie bien souvent depuis les débuts de Slayer. Le black metal, dans tout son pouvoir bien réel de malfaisance, né dans le caca mental et le palpable.

Korn : See You on the Other Side


Ça faisait longtemps, pas vrai ? Trop.
Je me refaisais récemment ce constant, particulièrement aigu en repensant à Remember Who You Are, et qui régulièrement vient parasiter la réflexion lorsqu'on médite sur Korn - que Korn, si tough, dru et sous-accordé tentent-ils parfois de jouer, ce n'est jamais du hardcore, et ça n'a jamais été du metal, n'en déplaise tant aux défenseurs qu'aux détracteurs du neo. Korn, ç'a toujours été bien plus de la fusion que la fusion elle-même, laquelle pour sa part et mis à part Faith No More, était du rap-metal ou du funk-metal ou du disco-metal.
Korn, c'est la fusion qui a réussi, et donc abouti à une nouvelle matière, caoutchouteuse, élastique, même pas tout à fait décidée non plus entre rock et pop - et si on y regarde, d'ailleurs, même quand elle est supposée avoir commencé à grave pomper sur NIN, eh bien finalement elle a compris avant Trent lui-même à quel point le r'n'b à 98%, dans la recette libre de son pot hyper-hybride, c'était extrêmement cool. Et même s'il est un petit cran dessous en termes de bride lâchée à sa propre légitime et réjouissante mégalomanie, See You on the Other Side est bien de la famille des Untouchables, des Issues, des Peachy et des Remember (d'ailleurs regardez : le bonus japonais pourrait aussi bien être sur le premier que sur le troisième cités). Du Korn pervers plus-que-polymorphe. Un vrai marchand de glaces ; de ceux où on a toutes les peines à pas prendre 6 boules.
Oui, Korn a physiquement compris un paquet de choses importantes, à plusieurs moments de son parcours ; à l'heure où va sortir bientôt (la rentrée, au poil pour décorer votre nouveau sac à dos) un nouvel album, espérons qu'ils s'en soient rappelé. En particulier qu'ils ont inventé un genre, et que ce n'est pas le neo, mais : Korn. Et que par conséquent ils ont tous les droits, hormis celui de faire ce que les gens ont décidé qu'était un disque de neo. Je vous fais confiance, les garçons.

lundi 15 juillet 2019

High Fighter : Champain

Certaines musiques sont si fort associées entre elles par le biais transversal de la personnalité d'un de leurs fans, qu'elles finissent par l'être à lui dans ma cosmogonie, et dans le respect dû à ces formes d'harmonieuse cohésion. Au rayon, l'on trouve d'évidence le Bernard-metal ; mais également la Elovier-Dranis-music : encore appelée par l'un des intéressés (dans un texte  brillant dont le prétexte ne me revient pas à la mémoire) la musique de bâtard.
On y rencontre bien sûr rien moins que Life of Agony, Acid Bath et Hangman's Chair - mais plus précisément, pour le sujet qui nous occupe aujourd'hui, Starkweather, Treedeon et Crisis : comme chez ceux-là, la température ou le pH chez High Fighter sont aussi ardus à déterminer que le genre sexuel, ou la direction ascendante ou descendante des riffs. High Fighter peint un féroce, grandiose et ombrageux contre-jour tout en rasantes lumières sanguinolentes de jour qui tombe et nuit qui monte, en brûlures rafraîchissantes. De hardblues héroïque et d'âpre blackrust : voilà de quoi est fait un Champain qui pourra aussi remuer des souvenirs, arômes de Chrch, de Crowskin, de Sacrilege... et des précieux Herem - tiens donc, Bernard, vous ici !
Pour faire rien qu'un brin de tourisme parmi les références extérieures à tout cette lunaire famille du metal-carcajou, imaginez ce que Kylesa a pu jadis avoir de terrifiant et de vampire, et faites le jouer du heavy-doom glorieusement vénéneux, et régulièrement pris de violentes contractions sur la poignée d'accélération, qui l'envoient hurler un stoner nocturne, campé dans de cruelles cuissardes de cuir noir, dont les hordes motardes déboulent toutes environnées d’érinyes et autres harpies. Une musique profondément bizarre, qui n'a pas une goutte de salive rabique à perdre à paraître à tout prix l'être, un hard rock inquiétant, vespéral, animal, aux crocs que l'on devine prêts à déchirer, un truc lycanthrope - quoi de plus bâtard ? Mona Miluski à elle seule est déjà un bestiaire mythologique complet, mais son groupe derrière ne l'aide pas petit-bras pour, au hasard, aux virages redoutables d'un "Kozel" transformer une trajectoire en cruise control hard rock pur jus, limite Kyuss meilleure époque (Wretch), en un chaloupement particulièrement viandard de bandan'hardcore new-yorkais (le Saint Nom de LoA fuse rarement par hasard) - et bon Dieu, cette vociférante à fiche une descente d'organe à Candace Kucsulain... De la musique de gros bâtard, je vous le dis.
Bref : j'ai écrit une fois que continuer année après années de lire New Noise/Noise Mag se justifiait toujours par un disque incontournable par numéro ; cela n'exclut pas pour autant qu'il y en ait, parfois, un peu plus d'un.
Alors je ne devrais probablement pas finir cet article là-dessus, mais je ne peux m'en empêcher au vu de récents, moins récents, et récurrents incidents : tous ceux qui bavent sur le magazine, c'est avec la plus cordiale joie que je vous chie dans le cou.

Heaven Hill : Mellow Corn


"L'A-mé-ri-queuh, l'A-mé-ri-queuh - je veux l'avoir, et je l'aurai...
L'A-mé-ri-queuh, l'A-mé-ri-queuh - si c'est un rêveuh, je le saurai..."

(P't'être pas le bon Joe remarquez, vu les couleurs et le caractère du liquide, on penserait plus au cadet d'Averell au bagne... tagada tagada...j'ai rien dit, donc).

Bouteille entamée mi-2015.

Eau-de-vie de maïs du Kentucky, réduite à 50% ("100° proof" pour ces tarlouzes de ricains).

Du pur whiskey de maïs ? Miam ! Un cow-boy incarné par Terence Hill en 1973 ne saurait refuser. Son blair ? Putassier. L'équivalent olfactif des 'Yeah' de Rob Zombie et p't'être même de Marilyn Manson. Mellow Korn ? Du bourbon en plus bourbon, en encore plus chimique, sans chichis de bourbon de capitaliste à la Blanton's / Eagle Rare, juste le côté "vernis-vanille" qui se limite à une surface odorante parfaitement uniforme, lisse, et immuable. Un air de cousin-frère (y a consanguinité dans ces coins dit-on) du Gentleman Jack. Flan pâtissier (œuf-vanille). Laque. Avec un fond vaguement cartonneux.

Au goût, basique, mais pas impersonnel pour autant, et même assez bizarre. À l'ouverture on était dans le bourbon idéal pour déboucher les canalisations, avec son nez bien plus séducteur que la bouche. Mais en se tassant, je dois dire qu'il est devenu plus civilisé, voir assez gouleyant - même si pas du tout subtil ou voué à la dégustation ; plutôt à la descente de larynx sans préavis, marquant son passage d'une note chelou que je qualifierai de "ionisée", mutante, comme qui dirait une version "brundle mouche" du bourbon classique, les molécules du breuvage connu ayant été ré-assemblées à la hâte par un programme non-humain pour obtenir un liquide du nom de Mellow Corn dont personne ne veut sinon les hobos peu sourcilleux, orné d'une étiquette d'épicerie du trou du fond de l'Est américain tenue par des bouseux psychopathes à la Délivrance... Il a toujours ce goût vanilleux ou vanillesque à la fois commun et bizarroïde, je ne sais pas dans quelle mesure ça tient à la proportion de maïs dans la distillation, mais c'est comme ça. Et ce fond savonneux... Rien d'aimable dans ce Mellow Corn, seulement l'assurance d'être toujours là pour faire office de whiskey à flasque. Le vrai tord-boyau du Kentucky comme il doit l'être, donc.


dimanche 14 juillet 2019

Pràban na Linne : Té Bheag


Té Bhéag (prononcez Tché Vek), un nom qui me faisait sourire, une bouteille de matelot marin tout à fait sympatouille. Puis à la découverte : ce fut "ouais, bien", mais rien de folichon, enfin comme dirait Gégé, "un goût de jus de vieux meuble", ou comme je dis quand je suis d'humeur synthétique : boisé... En somme, ce fut le fût (j'sais pas vous mais je sens qu'elle va être pénible, celle-là...)

Pour tout dire rien de plus qu'un blend quelconque en plus "sale". Sale et banal. Et pis j'ai ressorti la teille au pic de la canicule - alors qu'il faisait 32 degrés dans mon appartement et que mes whiskies commençaient à bouillir tranquillou. J'ai décidé de la boire parce que les gérants de Neuneuland ont dit qu'il fallait se réhydrater régulièrement, et que donc, sachant que dans un whisky à 43 % il y a tout de même plus d'eau que d'alcool, si on se laisse 1 gros % classable en "divers" pour les arômes et les bouts de liège qui sont tombés dedans, y en a quand même 56 % ! 56 % de flotte : je suis dans les clous. Et ce Té Bhéag y est aussi. Mais de girofle (qu'est-ce que je vous disais ?) Reprenons : sur gros glaçons, donc (ma clim' à moi, efficace et écolo) : il est bon, le con. Oh, ça reste un blend boisé-trivial, mais avec la p'tite touche taquine de reviens-y genre épice (girofle, si j'l'ai pas déjà dit) + ch'tiot goût de fumée poivrée. Paraît qu'ils foutent du Talisker dans leur sauce, j'y crois sans mal, y retrouvant carrément ce goût d'iode poivrée fumée encapsulée dans un genre de bourbon écossais. J'ai l'impression qu'il y a aussi du Ben Nevis... Taliskis ou Ben Never ? Le seul truc qui m'emmerde c'est de l'avoir payé plus de 40 balles, alors qu'à ce prix on a un Talisker ou un Ben Nevis, justement. 'Foiré de caviste !
Je mélangerai les deux un jour pour voir ce que ça donne, tiens. Parce que j'aime bien qu'on se foute de ma gueule mais y a des limites, Monsieur Tché Vek !


vendredi 12 juillet 2019

Pig : Wrecked

Raymond Watts est un sournois ; qui s'accommode fort bien de n'être que rarement dans la lumière, et encore est-elle alors temporaire et bien relative ; de passer pour un second couteau, un suiveur plutôt qu'un débroussailleur ; le pote qui passe de temps en temps, et entre les deux bricole des trucs dont on ne sait pas grand chose de précis.
Pig n'est certes pas des vieux groupes d'electro-industriel métallisé celui qui a la réputation la plus saillante, la plus étincelante, ni la plus extrême ; Wrecked, assurément, n'est ni aussi thrash et mécanique que Ministry, ni aussi sexuellement déviant que Nine Inch Nails, ni aussi sociopathe et détraqué que Sielwolf... Il rôde, décidément plus squale que suidé, dans des eaux troubles, où il est un peu tout cela à la fois (en sus d'apparaître par éclairs comme l'album que je n'ai jamais, à mon grand dam, entendu de la part de Die Warzau).
De façon probablement assez logique, Wrecked montre Pig comme un genre de KMFDM où la potacherie s'est vue remplacée (et le résultat rendu plus... mat : écouter Wrecked pendant une crise de KMFDM-ite peut le faire paraître terne, ce qui serait un tort, surtout pour vous) par une forme de grivoiserie déviante - jamais ostentatoire, toutefois, ni au détriment d'un groove fort moelleux et accommodant ; un peu KMFDM qui rencontrerait Foetus au hasard des méandres d'une version intégralement cartoon et défoncée de Natural Born Killers, canicule comprise. Bref, en un mot comme en cent : Wrecked est une pénombre chaude, vorace, moite et accueillante. Et Monsieur Watts est un homme discret, qui pioche un peu partout ce qui lui donne de l'appétit ; il est également homme à mettre du Foetus un peu dans tout ce qu'il fait - mais même cela, il le fait avec cette discrétion qui le caractérise : oh, pour sûr on pourra se croire loin, ici, d'un Risen à venir bien plus tard, par exemple, et de ses extravagances en équilibre, telles Jean-Claude Van Damme en écart entre deux poids-lourds, sur White Zombie et Prince - mais l'est-on d'ailleurs vraiment, où le glamour à la tronçonneuse dudit album n'est-il pas lui aussi une forme de cette même ombreuse discrétion, qui faut que tout aussi bien que les noms précédemment évoqués Wrecked en évoquera d'autres plus européens, par de certaines approches instrumentales ; et donner envie de crier plutôt à un croisement entre Psychopomps et Foetus... avant que de nouveau pester que ce n'est pas cela non plus.
Wrecked et Pig ressemblent en vérité à tout cela et ceux-là, l'espace d'un instant mais souvent plus - et chaque fois pourtant invinciblement l'analogie vous glisse entre les doigts, comme une serpent en vous couvant d'un air gourmand et brillant d'une forme de torve miséricorde digne de Bain Wolfkind, tandis qu'il se retire loin de vous et que cela n'a rien de rassurant - pour chaque fois retourner s'enrouler dans les ombres, où les contours et les formes sont mal définies et mouvantes, où ne se distingue tout au plus que son œil de braise et de velours, ombres qui semblent faites de la matière même de la voix de Ray - car déjà vous l'appelez Ray, et déjà vous accordez moins d'importance que tout à l'heure à savoir dans quoi exactement vous êtes en train de vous fourrez... Bien ; bien...
Probablement n'aurez vous même rien de plus qu'un sourire béat sur les lèvres lorsqu'il vous sautera à la gorge.

mercredi 10 juillet 2019

Tovarish : If the War Comes Tomorrow

Tu parles d'un camarade... Tovarish ne te facilite pas des masses les choses : If the War Comes Tomorrow c'est ambient, mais y a de grands cris de guitares black déchiquetées et de micro tout frit, c'est sporadiquement ponctué par une batterie mais n'y a aucune colonne vertébrale rythmique au disque pour te maintenir le muscle cardiaque en activité... C'est un putain de serpent mais ça passe tout son temps à dormir, ou alors à paraître déployer autant de force, dans les accès de rage déliquescente, qu'un lombric obèse. Ça paraît thématiquement mélanger un peu, dans une sorte d'abchronie radioactive ou plutôt passive, tout ce que ça peut sur le thème de la guerre froide et de l'aversion réciproque américano-soviétique, à ne plus trop savoir de quel côté du rideau de fer et de la foi l'on se trouve, ni en quelle année, entre raclements industriels et samples sépia, entre Wilt, Nadja, Nine Inch Nails (ces élégies ambient polaires, comme des inversions d' "A Warm Place"...), The Great American Desert...
La clé s'en trouve probablement (avouez que c'est bien organisé) fournie, ou plutôt suggérée,  délavée, dans le titre, et le thème être non pas la guerre, mais cette angoisse permanente si typiquement moderne, depuis plusieurs dizaines d'années déjà ce qui prouve bien la réalité de son effet - d'une sorte d'état permanent de guerre imminente et présente à la fois, toujours dans la vision périphérique, faisant que l'on perd justement la notion du temps où l'on est dans les faits, et jusqu'à la certitude - aidés par de pareils disques - de n'être pas encore au pays des spectres éplorés et des trépassés, à se dissoudre dans l'acide de thrènes  electro-indus écorchés, dans la manière de Gridlock ou Holocaust Theory... et d'y voler dans les mols courants tels des méduses, ainsi que mollement flotte l'album entre ambient, trip-hop sub-pharmaceutique et blackdrone, avec une absence de contour net qui va encore un peu plus loin que chez Khost, et finit un peu hagard et paumé tel un clochard de sa propre conscience, dans les friches  industrielles de ses rêves par trébucher sur une manière de forme plus-que-crépusculaire, rappelant tout au plus la désolation de Svartmyrkr, de religion qui ne relie personne pas même soi.
On n'est pas beaucoup plus avancé ; on se sent vide... peut-être juste un peu plus évidé qu'au début, creusé, sans savoir de quoi, comme d'avoir subi à peu près sous anesthésie une ablation chirurgicale scélérate. Volé sans laisser de traces, laissé à hanter un désert, celui de votre propre personne.
Ce doit être ça, qu'ils appellent la guerre froide.

mercredi 3 juillet 2019

KMFDM : Naive

Angst montrait KMFDM à l'apogée de son thrash funky, Naive l'expose au pinacle de son funk thrashy. On n'ira pas jusqu'à dire que c'est encore plus synthétique parce que c'est là une impossibilité physique - mais, forcément, pour le coup ça sonne moins (les rares fois où ça thrashe un brin) Metallica et plutôt Megadeth : qui s'en plaindra, je vous le demande ? D'autant que, surtout, je vous le donne en mille ? Ça sonne plus funky, exactement !
Ce qui signifie que, bien sûr, les lignes de basses sont plus en valeur, et elles n'ont rien à craindre de l'être, tant le talent à l'époque était là et peuvent-elles claquer avec impudence ni pudeur, mais aussi que les guitares sont là pour griffer plutôt que déchirer, et que les beats sont toujours aussi proéminents, simplement un poil moins autoroutiers (vous savez ce que funk veut dire, exact ?), et là aussi : quelle insolence, et quelle science ! Vous pouvez donc vous préparer à transpirer à profusion, tant le disque vous met dans la peau d'une jeune canaille gothique tout de cuir et de paraboots vêtu traînant ses guêtres goguenardes sous le soleil de Venice Beach, la faim du loup au ventre, l'aplomb de la jeunesse chevillé au déhanché. C'est bien simple : on se prend par endroits à songer carrément à Sheep on Drugs, ceux de One for the Money, tant on croirait parfois entendre une version club quasi-caribéenne d'Appetite for Destruction (d'ailleurs, maintenant que j'y pense, "Rocket Queen", ça aurait-y pas fait un bon nom de morceau pour Lee et Duncan ? à moins que plutôt pour Alien Sex Fiend ?), lacérée, par éclairs, de visions issues du cerveau d'Insekt ; ou au Treponem Pal d'Excess & Overdrive, tant "Godlike" (le riff de "Angel of Death", pour mémoire) accuse des températures tropicales dans sa version Doglike ; et pour en finir au passage avec les considérations hiérarchiques, on met céans la pâtée à presque tout ce qu'ont pu faire les Revolting Cocks à part Cocked and Loaded : comme on dit, "c'est dit".
Alors tant qu'on est dans les affirmations audacieuses : Naive, c'est l'electronic body moustache à la cajun.

mardi 2 juillet 2019

KMFDM : Angst


J'étais jeune, j'étais beaucoup plus poétique ; je ne faisais pas tous ces parallélismes, ces analogies et ces clashes systématiques. KMFDM alors me paraissait complètement unique avec sa musique.
Je suis vieux aujourd'hui et à moitié blasé, puisque malgré une capacité toujours plus aigüe et puérile à m'émerveiller éperdument, je ne peux m'empêcher, toujours, encore, sans repos, de comparer. Je n'avais jamais percuté à quel point KMFDM avait fait le buvard, avec Nihil, sur Nine Inch Nails, et plus généralement ailleurs, sur Ministry ; je n'en suis pas fondamentalement mécontent.
Parce que ce constat, une fois fait, ne fait que rehausser encore ce que KMFDM avait d'unique - et n'a plus, puisque depuis la reformation à laquelle soigneusement éviteront de participer trop vigoureusement (Raymond Watts passe encore quelquefois dire bonjour, je suis intimement convaincu que cet homme st un vrai gentil), qui les a vus remplacer l'EBM et le funk par la dance, et le r'n'b et le gospel par, euh... la dance aussi. Les cons, putain, mais quel con ce Konietzko ! J'te jure.
Bref : je l'avais oublié pour la partie que je savais, je l'ignorais pour tous les vieux albums que comme un con j'avais toujours négligés - mais Nihil n'est pas le seul album gospel de KMFDM, seulement l'unique de gospel autoroutier. Le truc de KMFDM-le-vrai, c'était le rhythm'n'blues-indus-thrash. Et (au sens de "en sus", non pas de "donc", si vous me suivez) KMFDM était un grand groupe : parce que ce truc invraisemblable auquel personne n'aurait pensé, qui frappe si violemment au premier abord au point de heurter voire causer des renvois, comme le jus d'un alambic robuste, et continue d'emporter l’œsophage des centaines d'écoutes après - personne non plus n'en aurait été capable, de le jouer si bien, si flamboyant, si brûlant, si fier et croyant.
Allez, soyons beau joueur : la carrière solo d'En Esch est certes plus qu'honorable si on la met en regard de celle solo de Konietzko (il a un nouveau projet, qu'il a nommé KMFDM), mais elle ne provoquera pas les mêmes émois irrépressibles, ni ne fera se relever la nuit ; ne parlons même pas de Gunter Schulz ; KMFDM était une osmose, un équilibre... Et quel équilibre ! Celui d'ingrédients chacun si robustes seuls et forts en gueule (pour résumer : du r'n'b, du DAF et du early Metallica), alors à fourrer comme des matous dans le même sac, vous comprendrez que l'estomac bien souvent fasse des nœuds et des bonds - mais pourtant, quel résultat ! L'electrofunk-housegarage-acidhard-thrash, rien de moins ; mais vous avez la permission de dire chainsaw-funk.
Les formules à base de "blitz" et de "krieg" ne sont pas les plus brillantes (vous l'avez ?) à faire pour l'occasion, mais force est de constater qu'ici en deux morceaux l'affaire est faite et tout est dit, entre une "Light" aux allures d'éblouissant et presque intolérable manifeste, et une "A Drug Against War" en forme de superconcentré hystérique de "Jesus Built My Hotrod" et "Hero" - et pourtant le bombardement impitoyable continue puisque non seulement Angst, au contraire d'un Nihil, ne se résume pas à sa première moitié, mais encore "Light" sera-t-elle déclinée en remixes jusqu'à plus soif, là aussi à la longueur d'un disque sans le moindre signe d'épuisement - à part pour vous sur le dancefloor.
La version chromée de KMFDM est là, à son climax le plus aigu - ce qui ne dispense évidemment pas de se goinfrer sans modération avec Light, donc, pour le maximum de transpiration, et Naive (et son appendice Godlike) pour l'apothéose du versant acid-electrofunk de leur identité.
En vérité je vous le dis, on n'a pas vraiment réalisé de leur vivant ce qui nous était offert là en fait de rédemption, et plus tard, même s'il était alors temps que l'on enterre quelqu'un puisque la peste et le choléra Tim Skold étaient entrés dans la place, et qu'ils allaient éveiller le pire chez Konietzko, on aurait dû pleurer comme des évangélistes (en se trémoussant la gagneuse) lorsqu'est paru Adios. C'est comme je vous le dis.