vendredi 29 novembre 2019

Deliverance : Holocaust 26-1:46

Deliverance aurait facilement pu, vu la singularité du machin, dérouler un album sur le même moule que CHRST ; il a choisi de ne pas le faire. On aurait pourtant signé les yeux fermés, pour quelque chose dans cette veine sorcière, corrosive, hantée, qui était celle du précédent disque.
Mais à un cheveu de nous, juste là sous l'épiderme d'un album en apparence bien plus ouvert avec ses envolées emphatiques, se love une musique toujours aussi spectrale, outre-mondaine : la moindre des choses pour du black, me direz vous ? Pour sûr, Deliverance ne se contentent pas du moindre. Et pour sûr, le black metal de Holocaust 26-1:46 est aussi chiche en cavalcades que celui de CHRST.
Le beumeu qui se traîne, j'ai toujours eu un faible pour ; à  un groupe qui s'adonne à cela d'aussi belle façon que Deliverance, il sera pardonné beaucoup ; à commencer par un shriek qui, force est de l'admettre, n'est pas où ils se montrent les plus charmeurs et adroits. Cela n'est pas nouveau ? C'a empiré. Et comme la fois d'avant, on baisse le nez et finit par s'y faire. Voire à l'affectionner, parce que tout comme chez Sordide il est personnel, et n'a cure aucune de comment il doit être fait et sonner, et personne ne lui apprend comment on fait noir.
Deliverance, en revanche, a choisi de changer de manière d'être lent. Celle de Holocaust 26-1:46, peu contestablement, dégage une plus grande majesté, invoquant plus nettement des images de manoirs et de vampires, s'avançant par endroits comme une version moderne de MayheM, comme une traduction bien plus lisible de tout ce que précisément MayheM a engendré comme successeurs : Holocaust 26-1:46, disons le clairement, ne sonne pas orthodox au sens suédois de la chose ; non plus d'ailleurs qu'au français, quoiqu'on puisse retrouver des inflexions communes avec des choses elles aussi enclines à une étrange et élégante décadence, telles que Merrimack ; des airs de famille avec des portraits de Dorian Gray exposé dans le grand escalier d'un Manoir des Baskerville ; des choses pourrissantes, malveillantes, et ruisselantes d'un or de royale prodigalité.
De fil en aiguille on en vient à se dire que cet étrange metal, que forgent ici Deliverance, dégage quelque chose d'éminemment vernésien ; qu'une manière d'atmosphère fantastique typiquement, désuètement, délicieusement française émane de cette chose qui ne cherche pourtant pas à renier sa modernité, mais se situe simplement ailleurs, au-delà des considérations d'étiquette et de conventions - d'ailleurs elle ne la met en avant : c'est qu'on passerait presque à côté, de ces arrangements discrètement trip-hop se fondant dans un décor qu'ils ne visent qu'à servir, non à obscurcir par leur narcissisme, tant et si bien que parfois on croit les avoir rêvés, ces moments où l'irréel advient, le pas tout à fait choquant mais pas tout à fait possible, où ni doom, ni black, ni neurocore n'existent plus - qu'un fabuleux dont quelques autres ont approché à leur distincte manière (Heaume Mortal, Dead Woman's Ditch, Eibon, Ramesses, les suspects sont connus) et que Deliverance pour sa part vient toucher d'une lumière élégiaque et inquiétante, pâle et dorée autant qu'elle est abrasive et profonde, à l'image d'un œil de serpent, et visiter de passages d'une grâce sans poids qui évoque les fées alors que sans doute on devrait flairer la présence d'horribles spectres - mais est-il besoin de rappeler le sens du mot "fée" ? Et quelle importance ?
Le black éroticonirique, pour le coup, voilà quelque chose de tout à fait inédit.



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