vendredi 22 novembre 2019

Varials : In Darkness

Il apparaît que les influences neo-metal sont très présentes dernièrement dans le hardcore, et se portent désormais sans honte : vous trouverez cela fort bien documenté, comme toujours, dans les numéros récents du magazine qui m'a initié au hardcore à savoir New Noise Magazine (je sens comme un courant d'air d'un coup, combien de lecteurs d'un coup ai-je perdu, au juste ?), et les noms dont je n'ai guère retenu que Code Orange et Knocked Loose, là de tête. On se doute que cela m'a d'abord attiré, mais hélas les rencontres furent rarement concluantes. A entendre Meth. et aujourd'hui Varials - et me sentir bien plus agréablement entrepris - j'aurais d'ailleurs plutôt envie de dire que sapristi, je n'aurais pas imaginé entendre un jour Suicide Silence devenir "une influence", ce qui est tout sauf pour me déplaire. Il paraît que pour les riffs quant à Varials ils leur viennent plutôt de la branche Slipknot, mais je connais mal cette dernière, et serais volontiers enclin à croire que ceux de Suicide Silence aussi. Toutefois c'est Korn, dont ces derniers avaient invité le chanteur sur un The Black Crown dont les relents neo, précisément, m'avaient à la fois charmé et frustré, par leur parcimonie.
Pas de ça ici. Le disque de Varials sonne comme du Korn - la batterie, pour sûr, mais elle n'est pas seule - généreusement sali ; par ces inflexions à la Suicide Silence, bien sûr, ainsi que par l'électricité d'un monde déglingué et en pente franche vers la débacle (ah, cet éclairage d'appartement de polar subliminalement cyberpunk, de la pochette, ne fait-il pas merveille, avec la bizarrerie qu'il donne à son objet ? De Palma, Cronenberg et K. Dick, Patricia Arquette et Patrick Bateman... j'en passe) - en l'espèce, ces nombreux mais discrets habillages électroïdes qui donnent envie de vous glisser dans la conque des mots sales comme "skinny puppy", ou "malformed earthborn", voyez ce que je veux dire ? et par la stridence qui ne fait que sous-tendre, sournoisement, le chugga-chugga encrassé semblant prédominer.
Depuis le Cult Classics de Scarlet qu'on n'avait pas entendu ça de façon aussi insidieuse et menaçante - mais c'est encore plus abouti ici, puisque Varials aime et maîtrise son neo au point de pouvoir encore inviter Deftones (tant qu'on est dans la sensualité déviante) à la soirée, dans laquelle du reste il invite et fait passer ni vu ni connu pas mal de choses, Pantera (d'ailleurs peut-être aussi prégnant que Suicide Silence dans l'hérédité d'In Darkness, décidément album de délicieusement mauvais goût), Nine Inch Nails, une voix bien moins monocorde qu'il n'y paraît, toujours sous les apparences gentiment white trash d'un petit disque rebelle bien univoque dans son ton hérissé de rage et vaguement imbécile - et qui au bout du compte cache bien son jeu, et son ambiguïté de tous les instants ou peu s'en faut.
Du neo moderne, au bout du compte, taillé à l'os, âpre comme qui grandit à l'ère des Statiqbloom, des Uniform et des Street Sects : autant vous dire qu'il faut savoir se défendre, pour faire entendre sa propre violence et conserver son identité - on parle assurément bien de neo, ce bâtard au pedigree mal tracé entre crossover et fusion, focalisé certes sur le groove, mais sous une forme qui dès l'origine furète du côté de l'indus. Plutôt que du neo-metal, du neo-slasher, tant Varials paraît également, des origines du genre, remettre à l'honneur son identité si étroitement liée au film d'horreur autant qu'au malaise adolescent - vous me direz, v'là l'incongruité... -, faite autant de la voix de Chino Moreno que du masque de Scream et ceux de Slipknot, le clown de Stephen King et les clowneries de Jon Davis... Et les couteaux, qu'ils servent à se scarifier le malaise au loin, ou à assasiner. Varials a si bien chopé ce feeling morbide, ce vague à l'âme qui se fait taire en se noyant lui-même dans le gore et le secouage de la carcasse telle un pantin sinistre - qu'on aurait tôt fait de les libeller neo-true-neo, dites donc.
Ce qui, plus encore que le fait d'opérer la convergence des luttes de ringards entre neo et ces formes honteuses de hardcore que sont le beatdown et le deathcore, est profondément réconfortant.

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