samedi 7 décembre 2019

Ministry : Box

Vous me direz que c'est un combat de manchots, mais lorsque je lis certaines chroniques (permettez que je ne mette pas les guillemets, il n'y a là rien à sanctifier, qui soit donc à profaner) sur Rate Your Music, je relativise le récurrent manque de sérieux scientifique de mes propres billets d'humeur (j'en profite pour bien établir que vous ne lisez pas présentement un webzine, et encore moins l'Auto-Journal, mais un journal intime de nos écoutes et dégustations).
Ce type qui par surcroît se vante de connaître par coeur The Mind, et qui compisse la supposée incapacitée totale de Jourgensen dans la pratique du remix (ce qui est aussi ridicule qu'injuste, si l'on repense seulement aux secrets de Meilleur Ouvrier de l'Indus qu'il a mis au service des Red Hot Chili Peppers), assénant de toute la force de sa docte mais acerbe réprobation que la version de "Burning Inside" ici présentée ne fait que rallonger l'intro (partie par définition inutile, on sent bien le sous-entendu) et strictement rien d'autre...
Alors qu'il est si évident à entendre que cette introduction est en effet rallongée, mais surtout copieusement alourdie en colorations horrifique et cauchemardesque, ce qui est tout sauf superfétatoire et décoratif - puisque totalement raccord avec l'apparition, plus loin dans le morceau, d'un sample de cri d'orfraie qui entrera plus tard dans la légende... comme un des piliers de "Just One Fix".
Et le mec vous décrète la même chose sur "Stigmata", qui de même se voit pourtant servie ici dans une version notablement moins minimaliste et sèche que sur l'album, laquelle non plus que l'autre ne disqualifie en aucune façon les versions respectivement prises dans le flot de leur album d'origine - mais en tout état de cause fait plus qu'honneur à la science de Ministry pour donner à ses singles une attaque, mais dites moi, quel étonnant hasard ! - de singles : c'est flagrant avec "Stigmata", à laquelle le simple fait d'introduire dès le début les grincements de guitare de la fin donne de suite une ampleur que l'on pourra certes attribuer à des techniques racoleuses de bande-annonce, ou qualifier d'esthétique du spectaculaire - mais dont l'impact imparable, direct, déflagratoire ne se niera qu'au prix de la pire malhonnêteté - sans même parler de ce qu'ajoute cette version comme nouvelle rasade de sons - guitares ou pas, je préfère préserver le mystère - horriblement chimiques et ululants.
On remercie donc chaleureusement ce monsieur, qui nous aura avant tout permis d'à notre tour rendre hommage à ce talent, qui gagne encore en mérite dans la juste discrétion qui est la sienne. On parle de celui d'Alain et Paul à remettre leurs morceaux au métier, bien sûr.
Celui de l'auteur de la chronique se voit pour sa part chahuté par un challenger, en contrebas de la sienne, qui lui trouve que Nivek Ogre chante assez comme Al Jourgensen sur la version de "Smothered Hope" incluse dans le coffret - alors que n'importe qui doté d'oreilles à défaut d'informations trouvera plutôt, de prime abord, que Jourgensen imite super bien Ogilvie.
Car mis à part ce que l'on a dit plus haut, on trouvera donc également dans ce coffret de singles une reprise de "Smothered Hope" apte à compenser la quelque peu bizarre consonance Iron Maiden de ses guitares par un beat d'un rigorisme admirable, et qui a la grâce de sonner aussi peu live et rock'n'roll que possible, hormis les applaudissements au début et la fin, ce qui en repensant à l'horrible Live Necronomicon est encore plus miraculeux (et rend encore plus incompréhensible les choix qui ont guidé l'édition de ce dernier) ; ainsi qu'un inédit époque KEΦAΛH  ΞΘ nommé "Fucked", qui fait depuis vingt-cinq ans partie de mes chouchous secrets du groupe, entre power electronics et rhythmic noise, velours et fusain, torpeur narcotique et casse automobile, il aurait fait plus que bonne figure sur un Converter... Et encore, de la même époque des versions lourdement enrichies en transe de "Just One Fix" et "Jesus Built my Hotrod", les rendant totalement inaptes à l'écoute sur la voie publique ; quant à celle équivalente pour "N.W.O", à la dernière écoute elle a moins eu ma faveur euphorique que jadis, mais demeure solidement roborative et ronde en bouche.
Le judicieux petit objet qui nous occupe présente, en sus, l'avantage de comporter "Over the Shoulder", soit tout ce qu'il faut retenir - mais alors d'une poigne de rapace - de Twitch, et que du coup ou pas (je n'irai pas vérifier, n'insistez pas) elle donne un relief inédit aux versions présentes ici de deux autres morceaux issu du même fade album, dont "Isle of Man" pour commencer propose une très crédible version harsh-SM de Fad Gadget... Bon, d'accord, "Twitch" est moins précieuse.
Peu importe ; vous ajoutez l'autre inédit "Tonight We Murder", que pour ma part je n'avais jamais été voir non plus, la faute à un titre qui paraissait justifier tristement sa présence sur le disque des Contes de la Crypte - et s'avère en fait lubrique et reptile à l'égal d'une reprise noise-rock d'un très bon morceau de Leaether Strip, ou l'inverse, venant rappeler que des disques comme le premier Oomph!... ou The Land of Rape and Honey sont là pour brouiller la frontière entre rock et EBM, pour un mieux-disant torve. Vous avez un coffret parfaitement beau gosse.

vendredi 6 décembre 2019

Ministry : The Mind is a Terrible Thing to Taste

Soyons honnêtes, tous les uns avec les autres : je ne l'ai jamais trouvé mauvais, lui, ni même moins que bon, et ne commencerai pas ce jour. Mais il m'a toujours laissé avec le goût un brin... attristé.
Sans doute en partie car j'escomptais y retrouver le morceau dont l'intersidéralement ultraviolente connerie du riff m'avait retourné le cerveau, certain réveillon de jeune fumeur de bédo - et avais pioché le mauvais numéro au magasin : "Burning Inside" est super... sauf lorsqu'on croyait qu'on allait entendre "Stigmata".
Allez : peut-être même en grande partie ; mais pas uniquement, ça non. Car en vérité, "Burning Inside" résume bien le disque et son stigmate (désolé) principal : un certain air emprunté, trop bien rasé, à l'image de la police de caractère qu'il utilise (et qui elle aussi m'a toujours chiffonné). Le voilà, le premier album "guitares méchantes" de Ministry, et pour le coup le voilà aussi, l'album "cul entre deux chaises" : pas aussi froid, dans son penchant clinique, que The Land of Rape and Honey, et pas aussi cauchemardesque, dans ses inclinations métaux lourds, que Psalm 69. Prenez justement "Burning Inside", en toute honnêteté : n'est-ce pas une sorte de paradoxal brouillon trop appliqué de "N.W.O." ? De version thrashiquement sportive de l'autre monstre de carcasse de bagnole morte-vivante qui vomit du charbon ? Il a son charme, ce son de grattes ultra-chirurgical, qui est d'ailleurs probablement un choix contextuel - mais c'en est un timide.
La contrepartie positive, c'est que les morceaux les moins ostensibles en une agressivité qui n'a pas encore tout colonisé, sont quant à eux les plus réussis du disque, et en font à eux seuls tout l'intérêt - même si hélas contrairement au disque précédent, les morceaux à guitares patibulaires sont cette fois bel et bien majoritaires. "Cannibal Song" en tête, bien entendu, pour laquelle on n'aura pas tout à fait tort de me rétorquer qu'elle sort à peine du précédent, mais qui n'est pas dénuée d'une certaine étrangeté propre, la marque de l'album (puis bon, eh : y avait-il l'autre taré de corbeau sous PCP qui chantait, sur The Land ? on dirait Flowers of Romance dans une scène de Robocop, ma parole), qui s'entend également sur une "Breathe" en forme de Killing Joke (à bien y regarder, on en trouve un peu partout pour jalonner leur discographie, à ces canailles) converti au défilé militaire pour jeune parti extrémiste, ou le non moins étrange final dans la manière In Slaughter Natives... Mais à côté de cela, combien de regrettables errements ? "So what ?" est fort sympathique, pas de doute, dans un genre encore une fois très KJ,  - mais justement n'est-elle pas une version, aussi nette et fringante que "Burning Inside", des cinglants et prolétaires morceaux de Pailhead (dont la ligne de basse de "Faith Collapsing" est également une chute, flagrante comme le nez au milieu de la figure) ? Et ce rap, dont l'incongruité réveille, de prime abord, de désagréables souvenirs traumatiques de Millenium, avant qu'on discerne sa ligne de basse et son beat impériaux, puis entende le bagout hardcore de son flow ?
Alors je veux bien, évidemment, entendre (comment faire autrement, avec "Thieves" en entrée ?) que tout cela est voulu, que l'album est fait pour doucher la fièvre qui pourrait exister à son approche encore toute émoustillée d'un prédécesseur totalement allumé, pour glacer, pour fusiller en masse dans la méthode, au pas de l'oie, avec du matériel impeccablement réglé et entretenu, où même le hip-hop dans certaines rythmiques scande "voilà du boudin", pour donner à voir un monde où toutes les rues sont arpentées par les chaussettes à clous triomphant au milieu des décombres fumants ; oui, certes, et cela produit son petit effet. Mais on ne m'enlèvera pas de l'idée que par endroits le disque sent le papier glacé, un peu.
Remarquez, ça lui donne une petite touche "en costume" qui n'est pas sans me lui donner un sex-appeal cold aussi séduisant que flippant. Comme qui dirait que - voyez en particulier "Never Believe" - Ministry n'avait toujours pas lâché la new-wave cette année-là : simplement l'avait militarisée - ou, comme je vous dirais bien que la tentation militaire, elle était là dès Joy Division, simplement armée jusqu'aux dents.
Puis après tout, vu les kilotonnes de crasse et de corrosion qui arriveront, par pleines bennes tonitruantes, à la cargaison suivante, et vu comment les rues plus haut seront alors investies par les mutants, les néo-barbares et les gangs, on peut savourer un rien de chic, assez unique dans la discographie de Ministry. Je veux bien même, allez, voir le charme smart qu'il ajoute aux beats de Pailhead sur "So what ?", sans même parler des fantômes.
C'est bon, vous gagnez encore.

jeudi 5 décembre 2019

Ministry : In Case You Didn't Feel Like Showing Up

Alors celui-là, si je conçois à peu près pourquoi, bien que j'aie croisé sa ganache chez mon disquaire depuis aussi longtemps que j'écoute Ministry, je n'ai jamais sauté le pas de l'acheter (pochette naze, que je viens à l'instant de comprendre et que je trouve de ce fait encore pire maintenant que je vois que la photo est parfaitement à l'horizontale, tracklisting aussi peu engageant en quantité qu'en qualité... merci bien), je vois moins bien pourquoi je ne l'avais, de mémoire, toujours pas vérifié depuis l'existence d'internet  : pochette naze, tracklisting... ?
Et si, je vous vois venir, vous croyez qu'il existe le moindre risque pour que je refasse le même genre de retournement de chemise acrobatique, que concernant Land of Rape : comptez dessus et buvez de l'eau fraîche. Il faudrait pour cela que j'aie déjà l'intention de l'entendre une seconde fois dans ma vie : pas fou, eh.
Ce disque transforme Ministry en tout ce qu'il ne doit pas être (mais, soyons fair-play : est cependant devenu depuis... wow, 2004 ?) : un groupe de rock bourré sur une scène.
Des dudes qui jouent, un peu à l'arrache "mais y a l'énergie, mec", qui essuient leur front dégoulinant de sueur avec le poignet (à moins que le fameux bandana...), qui annoncent le titre du morceau suivant un peu essouflés... Le super-foin sur ce live universellement décrété insane, et encore plus sur sa supposée encore-plus-démentielle version intégrale Live Necronomicon (à la pochette pourtant plus potable), laquelle ajoute au tableau de chasse du vandalisme crasse des morceaux de Pailhead - salauds ! - et - pardon, mon Dieu... - Skinny Puppy ?? "J'avoue" : voilà un disque qui donne envie d'allumer des bûchers et de balancer des pavés à travers des tronches.

Nebrus : Dark Forces Reign

Il existe une forme de blackdeath, elle est très rare et précieuse, où plutôt que de bêtement se céder la place alternativement en scène et au mieux (ou pire, selon le point de vue) combiner leurs puissances, black et death voient leurs respectifs vices innés, intimes, leur part la plus enfouie, obscure, viscérale, se rejoindre, devenir la même langue, au fond douillet des replis de la pénombre tiède.
Vu comme cela, il paraît presque normal que l'album de Nebrus, plus indubitablement qu'à l'un ou l'autre des susdits frères ennemis, s'affilie audiblement à De Mysteriis Dom Sathanas - après tout l'un de ces albums encore où la brouille entre les deux était toute fraîche et la frontière, partant... brouillée.
Dark Forces Reign suinte ce satanisme qui est une luxure universelle, permanente, érigée en métabolisme, grésillante, brasoyante, éreintante, un fourneau de vie et un cœur, quelque chose d'aussi fondamental et ordinaire que la respiration soulevant des côtes de bête. Forcément, une chose aussi sensuelle que celle qu'on commence à se figurer, semble également posséder un lien de parenté avec Vorkreist ; et Profanatica, voire Malhkebre et Hell Militia ; on se situe, pour sûr, dans le règne des choses langoureusement gorgées de pus et autres fluides chauds, toutes grumeleuses, coalescentes, épaissies de délicieuses lies... presque autant que dans celui des souterraines et des enfouies : des Sanguinary Trance, Malthusian et autres Rebirth of Nefast. Le royaume, somme toute, des artères, et du sang lourd.
Cette turpitude est un fardeau que porte Nebrus, une manière d'animale intuition de ce que Deathspell Omega met des tomes et des tomes de fiévreuses pattes de mouche à coucher sur la page - et que Nebrus transpire en fièvre crue ; ce harassement amer, salé, inflammatoire, et pourtant jouissant. Une sorte d'état de bonheur se définissant pour commencer par une température idéale, mystique, alchimique.
Et ? Et c'est beau, tout simplement. Comme un sabbat.


Et, quoique je ne bénéficie pas de l'ignorance qu'il faut pour croire que ce soit là leur marque de fabrique prépondérante - un disque typique de ce que j'attends de Third I Rex Records, qui ne pouvait sortir que chez eux.

mercredi 4 décembre 2019

Ministry : The Land of Rape and Honey (part 2)

Et donc, après nouvelle vérification de Twitch (probablement le Ministry qui m'a le plus réitérativement et infailliblement déçu ; prenons "Over the Shoulder", jetons le reste une bonne fois pour toutes, et n'en parlons plus, par pitié), le voici donc LE bon album EBM de Ministry, une fois pris le pli de ne plus se laisser embarquer, comme bibi dans l'article précédent, sur les fausses pistes qu'ouvrent ses trois premiers morceaux... lorsque par malheur on sait la suite de l'histoire. Car après tout "Stigmata" n'a rien de rock ni de metal - ce qui s'appelle rien : tout au plus du Big Black - et "Deity" non plus : de l'EBM, Monsieur, avec des fourmis rouges dans les paraboots 18 trous. Et The Land of Rape and Honey n'est pas un brouillon de The Mind is a Terrible Thing to Taste, non plus que l'album du virage "guitares" (qu'on a plutôt le sentiment de voir amorcé, puis remis à plus tard), mais un autre stade de la longue mutation sans fond qu'est Ministry.
Le voilà, cet album de Front 242 intoxiqué jusqu'aux yeux par le vice, de RevCo paramilitaire, de Stereotaxic Device tourné par Paul Verhoeven, de Pain Station du gang des masques à gaz, de Frontline Assembly avec dans le line-up Antonowski Emil et Clarence Boddicker... Garni en guise de cerise saturée en gnôle sur le gâteau à la soude, parmi d'autres, de la ligne de basse discrète mais suprêmement lourde et cold-wave de guerre froide dans le barrio - de "Golden Dawn". La production ne met pas forcément les choses en valeur, mais dès qu'on se penche enfin plus près, on ne peut qu'être glacé par une chose comme "You know what you are" - du Rabies pour camp d'entraînement -, ou une "I prefer" ni plus ni moins que du Horrorist ; et l'enchaînement des deux à fort volume laisse un peu livide et l'estomac au bord des lèvres, il faut l'avouer.
Je maintiens tout ce que j'ai dit précédemment sur Ministry et sa déglingue constitutive, ne se manifestant ici qu'au stade de menace. Mais pour le vice (qui du reste était dans le fruit dès With Sympathy, ce qui est bien normal : Miami n'est-elle pas une chose à moitié cubaine ?)  : il est bien présent ici sans aucun doute. Et la violence.

mardi 3 décembre 2019

M3TH ΔSSΔSSIN : Reptilian Side of God

Le dernier Urfaust, maintenant ceci : c'est officiel, les mecs sont artistiquement rincés.
Ils entravent plus rien au metal/rock rituel, et ils ont rien pigé à la dark-electro - ce ne sont pas des caractères typographiques witchhouse qui en font autre chose, les mecs, désolé.
Le premier clone venu de Skinny Puppy - et vous savez à quel point sitôt qu'on dit Skinny Puppy, les premiers venus se bousculent - fait mieux que Reptilian Side of God, avec ce titre déjà tellement WYSISYG : la définition, mise en son, de "sans relief". Tout à plat, rien qui se dégage ou s'élève pas même une condensation de H2O, de ce plan où tout est étalé, comme des pots de peinture vidés sur la feuille pour vérifier qu'on a bien toutes les couleurs.
Le même type de merdicité, simpliste et criarde, que le dernier Urfaust - ou l'oeuvre de Wolvennest. Terrifiant comme peut l'être un Suicide Commando - i.e. de platitude - mais alors les crocs limés.
Poubelle.

lundi 2 décembre 2019

Ministry : The Land of Rape and Honey

On fait un foin que je n'ai jamais compris sur ce disque-ci. Autant The Mind is a Terrible Thing to Taste, s'il est encore gauche, et pas tout à fait à la hauteur de ce que moi, soussigné personnellement moi-même, j'identifie à Ministry, soit une musique viscéralement déglinguée, à un point effarant, quoique sur un (ou des) plan légèrement différent selon le disque - mais alors, faites excuse, The Land of Rape and Honey ! En quoi exactement, pourrait-on m'expliquer, est-il moins ringard et con-con que Rio Grande Blood et tout ce qui a suivé ?
Il n'a certes pas la même kitscherie, mais c'est tout, et c'est tout ce qui le sauve si l'on me demande mon avis : forcément, au vu de ce que Ministry a fait après, ce qu'ils firent encore après comme thrash metal cyber-clochard déborde d'une ringardise metal inacceptable pour l'estomac ; mais dans le genre thrash du futur-du-passé, si l'on met de côté l'a priori favorable qu'on accorde à la ringardise EBM de préférence à la ringardise metal... Et puis, quand même, surtout, au-delà de ces considérations finalement secondaires (la ringardise, affaire de perspective, sempiternellement mouvante), dans le genre linéaire, univoque et sans vice : le disque se pose là, avouez. "Deity", quoi ; et "Missing". Même "Stigmata", tenez : sorti de son riff ultime, et même de la simplicité (ce beat ULTRA-con et ULTRA-orgasmique) avec laquelle il faut obligatoirement assaisonner pareille chose... Qu'en font-ils de plus, de ce matériau brut ou presque - d'autre que creuser le puits dans la farine et casser l'œuf dedans ? Le riff de "N.W.O" est facile deux fois plus con, le morceau encore moins complexe, et pourtant... V'là l'entrée d'album qui est tout sauf un trompe l'oeil.
Mais après, peut-être que comme le font même des gens très bien et qui l'écrivent tellement bien (je parle du second article) qu'on voudrait presque être convaincu, vous trouvez qu'il n'y pas grand chose au monde de plus crétin que Ministry : du coup, j'imagine qu'il n'y a rien qui choque à The Land ; du cyber-punkrock con-con, parfait pour pogoter en lunettes de soudeur. En ce qui me concerne, quand je veux entendre Alain Jourgensen jouer du punk-rock, je fais tourner Animositisomina, c'est d'une toute autre tenue ; voilà mon idée du punk, Monsieur.
On me répondra, et l'on aura raison, qu'il n'y a pas que cela et loin de là - du Ministry à guitares incisives - sur l'album : il est vrai que le disuqe comporte encore pas mal d'EBM ; de cette partie-là il convient de retenir (plutôt que les mignons "Destruction" et "Hizbollah") le morceau-titre, ainsi que les suivants à l'exception du dernier ; où l'on voit le groupe faire montre d'un taux de vice et de poison assez saisissant en mettant à profit ce mi-chemin où il se trouve alors, entre son passé synthétique et son futur métallique ; une chose qui toujours à titre personnel m'évoque la pochette de Twitch, son ambiguïté dégueulasse. Une forme de teigne intoxiquée aux dopants, justement, de synthèse et aux effets sur l'organisme de l'usager aussi nocifs qu'ils le sont pour ses proies.
Du coup, en toute logique, l'effet principal de The Land of Rape and Honey est chaque fois de me donne renvie de réécouter Twitch, que je connais toujours aussi mal - ce qui n'est pas bon signe concernant ce dernier, puisque j'ai écouté The Land of Rape and Honey un certain nombre de fois.

dimanche 1 décembre 2019

Secrets of the Moon : SUN

En voilà un bon exemple, sapristi, de disque sur lequel aura fallu que je m'acharne, pour enfin goûter à la saveur que d'emblée je le soupçonnais dur comme fer de posséder.
A savoir une saveur de l'ordre du gothique, mais bien à lui. Elle paraît de l'ordre du "pas bien fin" au départ, et sans doute est-elle très réellement un peu gourde, comme peuvent l'être les métalleux qui se frottent à la dentelle et au crêpe noir, mais peut-être l'est-elle au fond bien moins qu'il n'y paraît.
Gaucherie ou pas, le taux de David Bowie -présent dans la voix du gugusse au micro comme chez l'écrasante majorité des aspirants gothiques un peu en déficit d'assurance - s'avère relativement léger, dilué, presque subtil paradoxalement, ce qui est tout de suite moins casse-gueule, et participe même carrément à ce qui constitue le plus grand charme du disque, à savoir ce psychéglamisme discret, comme étouffé sous la cendre grise, un épais matelas de celle-ci, et les maniérismes de velours violet propres à un certain black metal moderne ; à la vérité, quand bien même tout à peu près ce que le bonhomme tente en voix claire peut sans forcer être rattaché soit à Peter Murphy soit à Rozz Williams - donc à l'admiration impeccable pour David Bowie - le filtre que sa voix pose dessus, modestie ou maladresse peu importe, en fait surtout ressortir, quoique discrètement, sourdement, le côté poppy, ce qui parfois tire les mélodies jusque du côté des jardins étranges de Sex Gang Children ou Uncle Acid and the Deadbeats - rien que ça, pas vrai ? - au moins autant que ce que les ailes de cellophane poussiéreuses de ses inflexions dures, presque acerbes, les emmènent voler avec Atriarch. Car sans aucun doute, du côté des mélodies seules sans même parler de la richesse narrative des morceaux, SUN vaut bien mieux qu'un sacré paquet de scies qu'il fallut se fader au temps jadis dans "nos" soirées -  je te parle, satané London After Midnight de mes deux...
Et puis, dès qu'on parle de forme de psychédélisme hivernal, The Cure n'est pas bien loin (même si, n'allez pas vous méprendre, le nom est dans le vaste spectre du gris l'un de ceux auxquels on pense le moins, à juste titre). A sa façon contrefaite, un brin maugréeuse, SUN possède quelque chose de l'élégance de Soror Dolorosa, une forme, empesée de fer, de la grâce de ceux-là - pas tout à fait les moindres.
Ce qui en fait avec certitude un disque, non pas de suiveurs qui tentent avec leurs grosses pattes poilues dégueulasses d'aller choper de la labellisation "gothique", mais de la petite famille des premier Katatonia, des Valborg, des Tiamat, des Dolorian : ceux qui ont leur propre mot à dire et voix à faire entendre, à la table des corbeaux.
Et, pour peu que l'on s'essaie à un peu plus de clarté, SUN c'est un peu un First and Last and Always chiné parmi des antiquités sixties (quand "pop ou antipop" n'était pas une question qui se posait, quand être mélodiquement irrésistible n'allait pas automatiquement avec être radiogénique, avec le simplisme obligatoire ?), qui paraîtrait sculpté dans le bois dense et lourd d'un Paradise Lost, creusé sévèrement avec le couteau d'un Atriarch pour en cintrer encore la silhouette androgyne, en accuser encore les traits las, hantés, et doté des yeux d'eau d'un Katatonia. Un drôle de beau gosse qu'il faut aller discerner sous les couches de pelure hivernale et la voussure saturnienne.
Secrets of the Moon ont toujours un nom calamiteux, en revanche ils ont rudement bien fait de laisser tomber le "Satyricon" de leur musique d'antan, pour n'en garder que le "littéraire".