dimanche 18 août 2019

Siouxsie and The Banshees : Spellbound - The Collection

Oh, une autre compilation. Oui mais ce qui fait aussi - dans certains cas - une bonne compilation, ce n'est pas seulement du bon matériau brut, et partant une suite de bête de bons morceaux : ce peut également être une sélection singulière, qui lui donne autant d'identité qu'un album.
Spellbound porte bien son nom : lorsqu'on a dit cela, il est permis de s'attendre au pire, parlant de Susie et des boys. Qu'on se détrompe, Spellbound est bien moins kistsch et burton-friendly que les sucrés A Kiss in the Dreamhouse et Hyaena, ou même que le mortel (dans le bon sens du terme, précisons) Juju. Les morceaux choisis ici dessinent un fil conducteur à travers les époques et l'évolution du son des Banshees : oh, rien de fondamentalement étonnant, pas plus que ce que n'annonce le titre ; si ce n'est qu'on ne sait, très bien, si Madame Susette est la jeteuse de sort, ou l'ensorcelée.
En tous les cas, voilà pour sûr un disque entièrement consacrée à Siouxsie la foldingue et ses univers en toiles d'araignées de givre euphorisant autant qu'il est coupant. On ne tomberait évidemment pas dans le piège à débiles légers d'affirmer qu'il s'agît là de la vérité sur Siouxsie et les Banshees, laquelle est une affaire bien autrement ambiguë - mais on sera cependant enclin, lorsqu'on lira dans le livret "An introduction to Siouxsie selected by Siouxsie Sioux and Steven Severin", à écouter avec attention - et très vite envoûtement (comme de juste) - ce disque qui coule comme une rivière entre des choses en surface aussi dissemblables que "Happy House" et "Turn to Stone", montrant comme l'enfance de l'art l'exacte identité entre grâce et grincement, entre Glenn Close et Nico, entre la rigueur de l'hiver et celle de la joie... Une chose qui, en effet, n'a fait au fil des années que se raffiner et prendre des manières moins sauvageonnes - témoignant toujours de la même farouche intention ; et n'a pas du tout, excusez la grossièreté, la même tronche qu'un Once ni un Twice Upon a Time. Car vous pouvez croire que, dans la team à Steven et Susan, y a pas que des numéros 10 ; pas que des singles, ni même que des faces A - et, parole ! ça fait plaisir de voir justice rendue enfin à "Not forgotten", qui vient impérialement conclure la lecture.
Non, c'est une toute autre histoire que conte Spellbound, c'est un pan entier de la musique de Siouxsie & The Banshees qui, sous un douloureux éclairage noir, révèle ainsi sa lumière à transpercer la réalité

samedi 17 août 2019

The Cure : Join the Dots

Chic, une compile ! On va pas se casser la nénette à faire ordonné, ni coordonné.
Titre très poétique et chargé de sens mais pas de poids.
Les "faces B" chez Cure, ben tiens je vais t'en parler, en ce qui me concerne certaines me sont plus connues et de plus longue date que certains albums studios, dont je les croyais faire partie sans savoir duquel exactement, et je continue de penser mordicus qu'elles auraient dû y être : "A new day", "Splintered in Her Head", "Descent"...
De toute façon la compilation commence sur "10:15 Saturday Night", en v'là lde la face B ; la moitié de Japanese Whispers, du reste, est là aussi, puisqu'elle est constituée de faces B de l'autre moitié : ça dit assez bien de quel bois est faite une face B chez Cure, pas vrai ?
Pour The Head on the Door, il finit donc par être même presque logique que les face B soient meilleures que les A - pas difficile, me direz vous, quand l'album comportait de bonne la seule "Close to Me" ; mais ça fait tout de même plaisir d'avoir quelque chose à sauver de cette année-là.
La plus célèbre et magistrale face B du groupe n'est pas sur ces quatre disques, puisqu'il s'agit de "Carnage Visors".
Tant qu'à se taper non pas uniquement des compos mais aussi des remixes (et pas les rares qui sont réussis), on aurait bien aimé avoir l'autre face B de "Charlotte Sometimes", à savoir cette mortelle version live de "Faith", mais bon.
"Splintered in Her Head", bon sang.
Certains morceaux avaient peut-être échappé à votre radar jusque là comme ils l'ont fait au mien, et se révèleront des indispensables sans discussion possible : ainsi le "Mais Robert, vous avez bu mon pauvre ami ?!" de "Throw Your Foot", qui rappelle d'euphorisante façon que The Cure aussi étaient un groupe de punks et d'anglais - mais que cela aussi (le punk anglais imbibé) ils le font de façon unique.
"New Day", nom d'une pipe.
On découvre avec "A Japanese Dream" que Pearl Jam aussi ont détroussé Cure.
On découvre avec un brin de désappointement que les face B de Kiss Me sont les plus plates.
On découvre avec ravissement et confusion ce que The Cure peut faire de troublant, d'un morceau des Doors assez benêt... ou encore utiliser le même pour vous rappeler que The Cure sont aussi un groupe de rock - et que cela aussi (le rock'n'roll façon côte Ouest) ils le font avec un feu sans égal, là tout près dessous la tendresse de pêche de Robert.
La reprise d'Hendrix, beaucoup moins acide que le "Foxy Lady" de jadis, ne fera pas se relever la nuit.
Celle de Bowie en revanche, laisse enchanté à nouveau.
Quant à "World in my eyes" : il est toujours, après tant d'années, difficile de se prononcer, lorsque non seulement on parle de The Cure electro (pas de commentaire, je vous prie), mais de l'étrange autant qu'improbable intersection entre deux figures fondamentales de votre âge tendre.
On découvre avec les face B de Disintegration et de Wish que du Disintegration ou du Wish en sourdine, c'est bien agréable aussi, et doux ; puis "Fear of Ghosts", il ne lui manque pas grand chose - rien ? - pour être au niveau de l'album. De pareilles choses prennent les allures délicieuses de petits secrets réservés aux amis, à ceux qui restent tard, lorsque toutes les bouteilles sont vides et qu'il reste surtout du rangement, de la mélancolie et des maux de tête en perspective.
Année de parution oblige, la période Wild Mood Swings est représentée ; mais la période qu'on appellera The Top montre que The Cure n'a rien à envier ni aux Damned ni aux Virgin Prunes sur le registre de la jeunesse sauvage "déglingue et chauves-souris", donc si vous permettez : ça équilibre largement.
Alors l'été n'est peut-être pas pour tout un chacun la saison où de tout temps il a le plus écouté The Cure, mais elle est pour sûr celle des cahier de vacances. Join the dots.

vendredi 16 août 2019

Mentallo & the Fixer : Burnt Beyond Recognition

Certaines fois, tout de même, Mentallo & the Fixer c'est vraiment nunuche comme du Front Line Assembly qui serait non pas prof de sport mais de sciences physiques ; astrophysique, whatever.

jeudi 15 août 2019

Mentallo & the Fixer : Enlightenment Through a Chemical Catalyst

Le disque où Mentallo & the Fixer percute un instant de réalisme, et se rend compte que le cosmos où il s'égaye depuis toutes ces années, n'est qu'un asile psychiatrique ; qu'accessoirement n'y réside ni ne s'y promène plus personne, que lui à travers ces couloirs délabrés, uniquement peuplés de canalisations crevées, odeur de décomposition des souvenirs et autres ampoules en fin de vie. Et décide de continuer à s'en fiche impérialement, parce qu'après tout s'il n'y a personne pour l'y entendre ni hurler ni murmurer, ce n'est pas si différent de l'espace profond quand on y pense, ou du fin fond de son esprit sans fond, où il s'est perdu depuis déjà un bail.
Mentallo prince en son domaine de vide, et heureux de cela, soulagé au bout du compte de ce vide de tout, de cette mort de tout enfin survenue, manifestement, pendant un de ses absences de transe mystique ou autre overdose sacrée. Et qui se met à gambader, ainsi que dans un environnement à gravité réduite, parmi les ululements que fait le vent dans ces interminables couloirs froids, et pirouetter, au son intime des fritouillis et borborygmes de ses cellules usées par toutes ces années de harassantes révélations chimiquement induites, un grand sourire absent peint sur ses joues caves ; en proie éperdument au vertige de la merveille et cauchemar à la fois, qu'est la puissance sans limites du mental...
L'égarement.

mardi 13 août 2019

Mentallo & the Fixer : Algorythum

On ne m'a, j'ose l'espérer, pas compris de travers : la formulation précédente, en préambule du précédent article concernant M&TF, ne visait qu'à traduire la frustration que bien trop de leurs albums, en regard du génie brut et imposant qu'on sent aux deux Dassing, engendre ; il est bien évident qu'ils sont qui ils sont et personne d'autre, et ne cherchent jamais un instant de leur vie à être ni Front Line, ni Skinny.
Et contrairement à une autre formule absolutiste à l'emporte-pièce, que je n'ai également employée qu'à la fin de traduire l'entièreté de l'extase suscitée par Love is the Law, ce dernier n'est, manquerait plus que cela, pas le seul album où entendre resplendir la singularité ardente de Mentallo & the Fixer. Algorythum, ainsi que son titre le laisse entendre, n'est guère moindre œuvre d'alchimie algébroticosmique : c'est d'ailleurs à partir de cet album précis que Mentallo s'arrache à la forme de gravité qui le retenait encore à nos galaxies connues, et s'échappe vers de si lointaines ; et c'est sur ces deux disques-là qu'il réalisera ses mutations les plus douloureuses de beauté inhumaine.
Le groupe a toujours joui d'un don certain pour les intitulés frappants - permettez qu'on s'autorise un petit rappel-gargarisme : Legion of Lepers, Burnt Beyond Recognition, Bring to a Boil, Mother of Harlots, Rapid Suffocation, Virtually Hopeless, Gargantua, Goliath, Dead Days, Where Angels Fear to Tread, Radiant... on s'arrête là : presque tous leurs morceaux ou albums donnent envie d'être entendus à la lecture de leur titre - et le présent ne déshonorera pas les Dassing, avec sa sobriété suggestive ce qu'il faut. On pourra, accessoirement, y lire ce que la musique de Mentallo y montre devoir à - et muter de - celle de The Klinik, les deux relevant d'une forme étrange de transe née dans le rythme évidemment mais ne se limitant pas au niveau strictement percussif des choses - et le présent album vous y plongera même davantage par ses lames d'ambient.
En vérité le langage de M&TF avec Algorythum tient d'une irréelle rencontre, au niveau gazeux, en banlieue de quelque étoile lointaine, entre ce que les débuts de FLA ont montré de plus génial, sur le registre de la science fiction hésitant entre dépression nerveuse et spéculation scientifico-poétique, et ce que The Klinik put instiller de plus narcotique ; et emmène le tout beaucoup plus loin que n'alla chacun jamais séparément (ou bien, du reste, que n'alla un Where Angels Fear to Tread non moins avide de dimensions inouïes de la perception et de l'élément, mais encore un peu raide : la pochette n'en offre-t-elle pas à elle seule une version fantasmagoriquement libérée, comme par l'action de quelque enzyme hallucinogène diaboliquement surpuissant ?).
Algorythum vous étourdit à en perdre le sens, de plaisir, au long de gouffres spiralés, s'enroulant lascivement les uns dans les autres plus profondément, vous emmène au creux des cavités entre les courbes des galaxies, vous y sentir brûlant tel un atome de poignante extase. Non, Algorythum n'est certes pas arrakeen comme peut l'être Love is the Law ; on n'y perd pas encore son identité avec placidité, emportée avec les grains de sable sur les ailes du vent sans début ni fin ; non : il se contente, excusez du peu, d'être un album qui aurait pu sans choquer personne sortir sur Reload Ambient.

lundi 12 août 2019

The Cure : 4:13 Dream

Établissons le contexte avec netteté : l'auteur de ces lignes ne fait, d'évidence, pas partie de ceux qui considèrent Pornography comme le seul album supportable de Cure ; ni comme leur meilleur album ; non plus que comme autre chose qu'un album plus qu'excellent, ce qui serait une autre forme, non moins ridicule que les deux précédentes, de snobisme ; il n'a rien davantage à redire à la face (la taille de celle-ci rendrait le terme de "facette", là encore, grotesque de mauvaise foi) pop du groupe : il adore, évidemment, "Boys don't cry", "Close to me" ou "Just like heaven", mais aussi "Friday I'm in love", si si, et encore "Wendy time", "Hot ! hot ! hot!" ou même "Why can't I be you ?".
Et donc ? Donc il faut reconnaître à 4:13 Dream, qui a l'épineuse qualité à gérer de faire partie de ceux sortis par le fantôme de Robert Smith, qu'il comporte non pas un mais plusieurs morceaux largement plus... beaux, tout simplement et pour continuer à ne pas faire la sainte-nitouche, que le mielleux et pourtant fadasse depuis toujours "In between days". Voilà, c'est dit. Il aura au moins servi à cela que Robert devienne vieux et un peu frileux : il sait désormais ouvrager des morceaux de pop raffinés (ce qui ne signifie pas mégalomanes ou ampoulés) et délicats, sans bien évidemment perdre le contact miraculeux avec l'enfant qu'il est, pour toujours, aussi amère soit à avaler chaque dixième bougie supplémentaire sur le gâteau ; même sur une chose qui est une lointaine cousine, grinçante et désabusée, de "Hot ! hot ! hot !" telle que "The freakshow".
4:13 Dream est, ma foi, bien ce que j'en avais dit précédemment : une version à peu près tout-pop de Wish - ce qui veut bien dire qu'il titre une forte teneur en fruits confits - de grande qualité, donc - mais aussi en iode : simplement n'en fait-il pas, autant que l'autre, une humeur à part entière, un reflet exigeant de son âme. Il est donc tout sauf un album neuneu de la même eau que l'affreux jaune, dont il faut savoir taire le nom, et le laisser s'abîmer dans l'oubli ; il réserve d'ailleurs quelques chiens de la chienne à Robert, à l'auditeur qui s'y aventure. On a déjà signalé "It's over", et son acidité vénéneuse à la "Watching me fall" (quelqu'un n'aurait pas oublié, j'espère, que Bob est fan de Hendrix pour toujours ?), mais il ne s'agirait pas d'oublier "The scream" et son coup de cochon de nous la jouer au pied de la lettre, tout en venant enfin nous débarasser de ce qu'on avait sur le bout de la langue depuis le début, devant cette pochette : The Top, parbleu...
Et puis non : il ne faut surtout pas que vous, non plus que moi, vous imaginiez pouvoir - ni devoir, du reste - procéder au moindre hypothétique sauvetage du disque en y pêchant des rataillons de cruauté et de noirceur. Car pour sûr, le Robert du ci-devant album, sans même en avoir lu les paroles, est plutôt celui qui écrit "It's such a gorgeous sight/To see you eat in the middle of the night", que celui de "One more day like today and I'll kill you" : il faut être capable de l'encaisser, ce Robert-là ; pour autant, des inflexions nerveuses comme celles de ce "Yeah I'm tired/Like I'm sick" sur "Switch", on y sent pour peu que l'on ne soit pas soi-même crispé et donc un peu mort à un moment du parcours, une jeunesse et un tranchant intacts, et un Robert, vocalement en particulier, en plus que pleine forme : généreuse.
4:13 Dream est un album exigeant, et nommément il exige de vous que vous aimiez sincèrement, et non en détournant chastement les yeux jusqu'à sa prochaine crise de grommellements, le Robert joufflu et acidulé jusqu'au trognon qui adresse un ronronnement de tendresse complice à ses baskets en se glissant dans leur moelleux, celui qui chante un gloussement taquin à la première étoile qu'il voit se lever dans le ciel nocturne au-dessus de la mer (là sur cette falaise où commence, et d'ailleurs se déroule tout entier 4:13 Dream, tout comme le faisait Wish) - car il est tout pétri du même débordant amour rafraîchissant que l'autre, qui n'en est pas un. Et Robert au fond, si on le pousse un peu dans ses retranchements, finira toujours pas révéler ses seules griffes : le miracle de son éternelle jeunesse, éternellement joueuse et folâtre. Japanese Whispers, lorsqu'on y pense, n'est guère loin, autant dire certains parmi les tout meilleurs morceaux de Cure.
Oui après tout, 4:13 Dream est tout simplement cela : le plus bel album de Robert as Bobby the Cat.

dimanche 11 août 2019

Mentallo & the Fixer : Love is the Law

Mentallo & the Fixer... Ce groupe chelou avec son nom chelou, cette electro-dark gauche, mélodique et harsh à la fois, wavey et sentimentale mais pourtant toujours trop mentale et austère pour se glisser sur le dancefloor, et tour à tour sonnant comme un Skinny Puppy qui mettrait systématiquement à côté, ou comme un Front Line Assembly qui mettrait systématiquement à côté ; et de façon générale comme un machin chelou qui essaierait de taper entre Skinny Puppy et Front Line Assembly, et du coup mettrait complètement nulle part. Forcément, il doit y avoir quelque chose d'autre à trouver là-dessous, de proprement singulier, potentiellement un trésor - mais n'est-ce pas un peu de leur faute aussi, si chaque fois on n'arrive pas à attraper les wagons de leur mystérieux train cosmique, et reste sur le plancher des vaches à contempler dans la perplexité leurs trajectoires étrangères à toutes efficacité ?
Et, surtout, n'est-ce pas là, avec l'impossible Love is the Law et son titre invincible, qu'ils ont réussi - plus qu'à merveille ? N'est-ce pas là un album d'electro-indus tel qu'on n'en croise pas cent dans une vie, ni dix ni même deux à la vérité ? Une electro  psychotrope plus folâtre et sauvageonne que bien des albums d'IDM et autres ambient-breakcore post-electronica, dont elle passe placidement sous le radar des étiquettes autorisées par le bon goût, et qui vous emplit les veines - et l'esprit - d'un sable aride à vous en brûler d'extase, des beats impalpables et pourtant palpitants, moites, vaporeux, leur masse semblant façonnée dans celle de quelque géante gazeuse irrespirable et enivrante, à moins que ce ne soient les vocaux, presque aussi mystérieux, des nappes abrasives et rosâtres, érotiques et inquiétantes comme des créatures nées de Frank Herbert, des mélodies aux couleurs inconnues de notre vocabulaire émotif, tout comme la structure des morceaux - chansons ? plages ambient ? - et leur humeur l'est de notre grammaire, et de notre biologie ; un disque infusé par-delà l'intoxication de rêves aussi mouvementés que langoureux, qui vous donnerait envie de lire plusieurs romans de SF en même temps et solidement perché - Asimov, Lem, et tout ce qu'on pourrait trouver d'autre d'âpre, poétique, sensuel, affamé...
Love is the Law ne donne assurément PAS envie d'être trivial, alors contentons nous de glisser sans insiter, en réponse à notre propos préliminaire, qu'au moins une fois Mentallo & the Fixer a été largement au niveau des deux grosses pointures citées en entame, question puissance d'évocation hallucinatoire et transfiguration de votre substance - sinon plus haut. Et remarquons que, comme d'autres, il dit tout dès son titre : le drôle ne reconnaît en vérité pas de lois, autres que ce sentiment dévorant et universel au sens le plus littéral. On peut y contempler l'aboutissement - de grade feu d'artifice transcosmique - de la personnalité et appétit qui transparaissait dès le si bizarre No Rest for the Wicked, et s'était vue amortie dans une suite cherchant à se couler dans des contours plus reconnaissables.
C'est peut-être paradoxal, mais des extra-terrestres avérés, dans la dark-electro-indus-aggrotech-whatever et ses aspirations sci-fi, il s'en est rencontré assez peu ; le ci-devant junkie interstellaire, ce William S. Burroughs de space-opera méditatif, l'est d'aussi plein droit qu'un disque de Scott Sturgis. Ce que dans les milieux autorisés et pédants l'on appelle un indispensable, un classique, un incontournable... Et parmi les gloutons de musique un putain de disque. Un de ceux-là qui vous rincent et vous font crier merci, langue pendante, mais que vous ne couperez jamais avant la fin sans en éprouver une grande honte et salissure existentielle de vous-même - enfin, j'imagine : je n'ai jamais essayé, même alors que le soleil allait se lever, ce à quoi je déteste assister dans cet état-là.
Et lorsqu'il s'arrête, pour tout tu dis : merci.

samedi 10 août 2019

Tenebrae in Perpetuum : Anorexia Obscura

Niveau singularité farouche, je vais de nouveau être généreusement servi ce jour, qu'on en juge : déjà, les riffs en usage ici sont de toute évidence de la prestigieuse école De Mysteriis, donc à la fois farouchement attachés à une forme de tradition frisant l'archaïsme sinon l'obscurantisme, et par définition porteurs (lorsque la chose est bien faite, du moins) d'une bizarrerie irréductible malgré le passage du temps, des modes et des légions de candidats ; puis leurs maléfices de sorciers des bois armés de scies, se voient régulièrement traînés dans l'ornière et les ronces par ce penchant à valser de guingois, plus propre à tout ce black déviant à la Woods of Infinity et ce qui s'ensuit ; et puis il y a encore, qui viennent se poser dessus tout cela comme de rares mouches à viande aventureuses, ces éparses touches de synthé, pour apporter non pas de l'onirisme, mais une franche et effrayante étrangeté lunaire, ce qui n'est pas rien vu comment les guitares à elles seules sont déjà supérieurement qualifiées sur ce registre-là.
On songe peu à peu à Craft autant qu'à Il Giardino Violetto - et soudain l'on se rappelle que Tenebrae in Perpetuum sont italiens ; et tout devient alors plus "naturel", si l'on ose s'exprimer ainsi. Comme Malvento, comme Nightmare Lodge, comme tout ce qui ne voit pas de cloisons plus inviolables ou hermétiques que des voilettes de deuil, entre tout ce qui est noir, morbide et sinistre, que ce soit black metal ou dark wave pour commencer - ou encore gothic rock, pour certaines acidités visitant parfois les guitares...
Et ainsi Anorexia Obscura semble-t-il s'avérer le nom d'une sorte d'asile psychiatrique à ciel ouvert, sous une manière de ciel nocturne horriblement blafard, lumière d'une lune dont les rayons d'une cruauté glacée vous tisonnent un esprit engourdi avec une douceur cotonneuse - ou quelque chose dans ce goût-là. L'humeur quotidienne y est tellement horrible et odieuse, figurez vous, que pour se soulager l'on s'y fourre dans les oreilles tout barbelés des riffs de true black givré, pour se dorloter, pour mettre les terreurs en fuite.
La forêt n'appartient ni à l'Italie, ni à la Norvège, ni au cercle des vos amis ou des environnements à vous propices ; mettez vous bien ça dans la tête, et vous ne serez pas trop surpris d'y contempler votre propre rapide déliquescence et dérèglement.

lundi 5 août 2019

All Out War : Crawl Among the Filth

Il faut imaginer le death metal décharné, déchiqueté, ébouillanté et sanguinolent d'Asphyx et Obituary, conjointement perfusé par un vice à la Kickback - certains riffs, pour lesquels "Slayer" ne suffit pas , la voix - et une rage punk - d'autres riffs, la batterie - mis en ordre de bataille pour écumer les rues d'un futur dystopique aux couleurs volcaniques dignes d'Enemy of the Sun (autorisation de se dire "Killing Joke ?" ici ou là).
All Out War donne ici un lustre et un sens nouveau à l'expression "holy terror" : un où le vocable "holy" désigne toutes choses relatives aux prérogatives de la bébète de la déplaisante pochette que se trimballe Crawl Among the Filth.
Un qui fait passer Integrity pour de la musique de messe, Ringworm pour un cri de révolte et de dégoût, et Kickback pour Vincent Cassel.
Non, toutes ces choses ne sont pas l'affaire d'All Out War : il est trop tard pour tout cela ; il est, clairement sur Crawl Among the Filth, l'heure où l'humanité paye son addition. A la rigueur on pourrait se figurer un Ilsa qui aurait cessé de s'empâter le métabolisme et noyer son courroux dans les drogues et les hallucinations ; et partant se réveille, sans autre choix que de se déchaîner en un disque à la fois redoutablement direct, et horriblement malfaisant ; nocif.
N'ayant jamais, mal gré que j'en aie, été retourné par Truth in the Age of Lies, je bombarde donc tout de go Crawl Among the Filth meilleur album d'All Out War.

dimanche 4 août 2019

The Cure : 4:13 Dream

Pas d'embrouille, hein : j'aime vraiment beaucoup "Wendy Time", et même aussi "Friday I'm in Love", et... bon, d'accord : "Doing the Unstuck" coince un peu.
En tous les cas Wish ne serait pas le même album sans elles. Elles sont non seulement les respirations entre ses moments plus chargés en mélancolie et saturnisme iodé, mais également toute la sincérité d'un album œuvre d'un Robert qui n'a plus ni l'âge ni l'envie des Seventeen Seconds, des Faith et tout ce qui s'ensuit - sans vouloir rentrer dans le jeu du Batman vs Superman entre l'amertume existentielle et l'amertume du trentenaire passé.
Mais un album entier - tout aussi honnêtement fait et inspiré, d'ailleurs - de ces chansons-là, Robert... Vraiment ? Il va peut-être me falloir quelques années encore. Mais ce sera toujours plus envisageable que Wild Mood Swings.
En toute confidence, je t'avoue que même si "It's Over" n'a pas tout à fait la même gueule pour porter le même genre de nom, que "End", ce n'est du reste pas plus mal, et elle en a quand même une, de gueule.

samedi 3 août 2019

Korn : Take a Look in the Mirror

Troisième round.
Untouchables est Lindt caramélisé aux éclats (calibre Californien, les éclats) de psilos, SOS est lait-menthe aux glaçons en brownie, CU on the Other Side est chocolat blanc aux paillettes de Trent, Remember est - merci mon Jean-Jean - carambar... T'es que look est un burger de restaurant franchisé.
De la bouffe auditive sale, grasse et sucrée tout en même temps, et pâteuse et informe. Un croisement d'Issues avec Follow the Leader (avec juste un trait de liqueur de Pêche) paraissant impeccable pour servir de bande-son à quelque ninetiezploitation teen-movie bien gothmoche et golmon, genre Blade 4, The Crow VII, n'importe... A la condition préliminaire, donc, de goûter sans faux-semblants ni illusions ce type de plaisirs qui ne font de bien ni à la ligne ni au cerveau, il glisse tout seul avec le même slurp qu'un Sprite géant et le même burp subséquent.
Comment, de par le fait, ne pas le trouver gossbo et mignon, un peu trop pour être honnête ? avec ses dreads minutieusement tressées, ses bandanas repassés, son ADN qui penche plutôt vers la part de Johnny Depp que celle de Gary Oldman ? Voilà un album clairement pensé pour tabasser - mais tabasser dark, bien sûr : ces "growls" aussi ridicules que multiples... - quand d'autres l'étaient pour brasser coulé dans une mer de caramel ; pour jumper mais pas groover : comme un gros sac patibulaire.
Et... vous me connaissez : c'est au bout du compte la raideur pataude, l'engourdissement empoté avec lesquels il met en œuvre cette ambition - assortis de sa grandiloquence penaude, de sa tristounerie bouffie - qui m'inspire aujourd'hui la tendresse à même de le sauver, et lui prendre sa petite mimine boudinée dans la mienne.
Alors, voyons : tu regardes dedans le miroir, et kestuvoi ? Un genre de double caricature, mon pote : du neo et de Korn ; de metal-fusion empâté et fiottasse-dépressif,  épais comme du Biohazard ou Prong mais sans groove ni baloches - beaucoup de rimmel, en revanche, et de pathos, de fragilité guère élégante, de manières de sissy à poignées d'amour tatouées... Et de se dire que cette esthétique gothmoche, dont Korn a évidemment juste un peu fait partie des coupables inspirateurs, ce pas de trop sans retour possible vers l'ère du McDark : ma foi, ils en sont aussi le plus - le seul ? - fréquentable avatar ; et un bien plus goth tous comptes faits que - tout à fait au hasard - Machin Manson.
Non, le seul véritable défaut de Take a Look in the Mirror, celui dont on peine (je n'ai pas dit "échoue", notez bien) à faire une qualité, ce ne sont pas ces mélodies moins brillantes qu'ailleurs, ombrageuses qu'elles sont : c'est sa volonté de brutalité, de donner dans l'épaisseur hommasse, de biffer le virage pop pris par Untouchables (ils reprendront ce chemin aguicheur, heureusement, avec CU), de revenir à la supposée (on n'écoute jamais les fans, Jon, malheureux !) plus grande sombritude d'Issues, mais en prenant soin d'y greffer les couilles rap-metal de Follow the Leader ; de reprendre le gros son sur-cossu d'Untouchables pour le mettre au pas et profit cette fois d'un truc sérieux : un bulldozer maquillé comme un camion volé, qui file droit sur ses chenilles.
Alors... trouvez cela arithmétique, algébrique, logique, ou bien pas le moins du monde, mais tout cela en fait l'album le plus grometal (Paradise Lost encore, mais celui d'Icon pour le coup, la pochette est sans équivoque) de Korn et, dans le genre, un Follow the Leader plus Sômbre (on n'imagine pas Davis en mash-up d'Anna-Varney avec Alain Jourgensen, sérieusement ?), plus grandiloquent, plus pesant... plus réussi. Dieu que cette batterie est lourde, sinistre et lasse, et quel discret héroïsme ne dément-elle pas pour démanteler (oui, j'ai mes instants Bashung) tout le potentiel groove d'un album dont plusieurs fois la basse tente de retrouver le feeling hip-hop spooky-clowny-mutant des débuts, avant de poursuivre simplement, gros Jean comme devant, ses expériences visant à transformer Godflesh en barre chocolatée...
L'album "zonzon" de Korn.

mercredi 31 juillet 2019

Korn : The Serenity of Suffering

C'est une règle de la nature - non, deux : d'une, c'est toujours une fois qu'on a cessé de vouloir à tout prix se prononcer et s'exprimer (la péremption forcément allant de pair) sur un disque, qu'un certain nombre de vérités comme dans un jeu de plates-formes à la con se débloquent ; de deux, c'est toujours trop tôt qu'on arrête de parler d'un album de Korn - ces disques qui, eux, parlent en général beaucoup.
Or donc, d'une certaine façon vous avez de la chance, que le tout ne fasse pas systématiquement plus que la somme des parties ; parce que Serenity, là, c'est juste un peu la somme de Untouchables et Remember Who You Are. Regardez donc, y a qu'à faire terme à terme (les plus saillants seulement, sinon on y est encore demain, avec Untouchables) : Depeche Mode + Britney Spears + Will Haven + The Cure : le compte est bon. De façon moins apothicaire - puisqu'on a déjà redit récemment que Korn est un tout petit peu plus qu'une plate somme des nombreux germes qu'il a fait sur-proliférer - Serenity est une manière de version resserrée (l'attitude Remember ?) d'Untouchables, dont on reconnaît bien la veine mélodique et la fluidité.
Non : où Remember ressemble à un disque de post-hardcore (ce qu'il n'est pas du tout), SOS paraît (d'où les allusions fielleuses à Paradise Lost) à un album de metal, ce qu'il n'est absolument pas lui non plus. Ce qui s'explique avec un logique mathématique toujours aussi éblouissante : parce qu'il est une manière d' Untouchables sans la démence débridée, les métastases et NIN ; cela sonne comme un handicap, une absence de qualités ? Cela prouve, au contraire et si besoin était, que ce n'étaient pas là les seules - qualités - dudit et par extension de Korn.
Écoutez donc : la laiteuse mégalomanie, vous la reconnaissez ? Ce lâcher-prise (Sereni-quoi ?), cette toute-puissance trouvée avec un doux amusement au fond de l'offrande de soi : cette attitude en somme si typiquement goth-wave, qui caractérisait Untouchables... et Issues son jumeau travelo - réconciliées ici par-dessus le marché avec le viril crétinisme de Téma dans le Roirmi : n'est-ce pas un prodige ? Non, SOS n'est pas la jungle ghetto-amazonienne de priapes sous cacao, qu'était l'impossible Untouchables ; pour autant, moyennant un laconisme qui est fatal vu l'âge désabusé qui est celui de ses auteurs, il est bien l'oeuvre de la même insolence, celle d'un talent intact.

lundi 22 juillet 2019

Drastus : Roars from the Old Serpent's Paradise

Il y a eu et il y aura toujours Motörhead, il y a eu et il y aura toujours "le gothique", il y a depuis récemment Mayhem et le black à la DMDS : des feelings que je traque un peu partout, de façon transversale, des grands principes élémentaires de l'univers - et parmi eux se trouve également Cold Meat Industry.
Le premier album de Drastus en est un autre  avatar. Roars from the Old Serpent's Paradise a été qualifié faute de mieux d'industriel, et l'on comprend aisément pourquoi, à entendre non tant l'interprétation mécanisée de ses rythmiques, que l'inhumanité de leur fureur, qui vient corroborer une ample véhémence wagnérienne renvoyant à Elend ou In Slaughter Natives, d'une part, et l'esthétique d'une pochette affiliant davantage le disque à des disques de death industrial et de rituel, Ain Soph, No Festival of Light, Sleep Chamber, tout ce bazar qui sent la magie noire et les noirs desseins - sans parler bien sûr de son titre.
Alors certes, existent également des familles, certaines réduites, d'autres nombreuses : ainsi l'alliage pestilentiel de courroux, de cruauté et de sauvagerie carnassière, qui unit des choses comme Antaeus et S.V.E.S.T. (certains moments donnent la même vertigineuse et périlleuse sensation de fixer le cœur du feu, que Urfaust, et vous en faire roussir le museau, voire un peu davantage, en dedans), et à quoi l'on peut sans commettre d'impair affilier Drastus. Pourtant, encore une fois et sans vouloir manquer de respect à quiconque, il semble réducteur de cantonner l'expression de Drastus au metal, à qui il prend (emprunter n'est pas le genre de la maison, pour des raisons évidentes) des guitares, pour en garnir les rêches bourrasques dont on n'est pas à l'abri dans les vastes salles de son manoir d'ignobles dimensions et proportions.
La production n'a pas ici la puissance qu'elle aura sur La Croix de Sang, les différentes strates de la musique semblent parfois étrangement désynchronisées, et pourtant voilà un disque qui exsude la mal et la menace comme bien peu, juché à cet endroit où le black metal et l'indus-rituel communiquent, créant un sévère appel d'air par où s'engouffre quelque chose de plus ample : cette musique-là vient des profondeurs, s'en lève mais l'élévation n'est pas son désir ; elle vous monte le long des chevilles, elle est une obscurité qui monte comme de l'eau jusqu'à vous noyer, vous avaler. Un serpent qui patiemment enroule ses anneaux autour de vous, et vous embrasse de loin en loin dans son haleine de flammes. La corrosion de toute résistance.
Mais là-dessus, Roars from the Old Serpent's Paradise n'est pas disque à s'avancer masqué, vous êtes au parfum dès que vous y entrez : vous n'êtes pas chez vous, et vous êtes fichu. Dites maudit, damné, souillé, corrompu, ce qui vous chante - du moment que cela vous identifie sans équivoque comme proie, chair que vous êtes.

dimanche 21 juillet 2019

Sheep On Drugs : Does Dark Matter

Il aura fallu rien qu'un peu attendre, dites - que Lee cesse enfin de faire semblant que Duncan ne fût pas parti, c'est à dire ; mais ça aura valu le coup.
Voilà donc ce qu'il avait en sa propre jouissance en fait de talent, et sa nouvelle moitié musicale, aussi (quelle voix !) : quelque chose d'encore plus lunaire que ce qui déjà se dessinait dans la drum'n'bass funambule d'avant ladite séparation et de l'étrange One for the Money : un bizarre machin - la façade prévient - entre dark-wave de freakshow et chanson ambient pour cités-dortoirs-bulles sous la mer ; une manière de médicamenteux reggae-goth du futur pour rebuts de la chaîne de montage des humanoïdes, dans une manière de Japon gazeux, qui vient donc confirmer de magnifique façon ce qu'on entendait de prometteuse beauté cabossée dans le titre du disque.
Quelque chose comme une méduse dont les filaments rêveusement caressent Icarus, les Creatures, Porno for Pyros et Fetisch Park, pour vous donner une idée de la réalité et la pondérosité du truc.
Et figurez vous qu'avec tout ça, la coloration Velvet Underground qu'on trouvait sur One for the Money s'accentue encore un peu plus - ce qui ajoute encore à ce que le disque peut avoir parfois d'un brin pénible aux nerfs, à la façon d'une plume vous caressant une dent dont l'émail est entamé, dans le même exact temps qu'il regorge de moments de beauté, tels une réappropriation de "I Love Rock'n'Roll" façon chant de marin interprété par Emotional Joystick, qui vous démangera d'aller vérifier très vite si Amer Béton n'aurait pas des fois été adapté en anime par le réalisateur de Paprika.; ou le polar extra-terrestre de "Loose Change" ; en fait il n'y a presque que cela, dans cet album somnambule qui titube entre médiéval (ces punks anglais, tous les mêmes, ils ne peuvent rien contre) et futuriste.

C'est tout de même bath, dites, lorsqu'un grand groupe redevient grand.

samedi 20 juillet 2019

Tool : Lateralus

On va la faire courte sur la mise en contexte, ce n'est pas le propos :
- sortie d'Undertow : pages metal alternatif des magazines de hard, légendes urbaines à base de caniveau et de suicide sur le bouquin à l'origine du groupe et sa supposée malédiction, clip de "Sober" sur MTV, jaune d’œuf de guitare, livret choc, piste-fantôme satanico-Délivrance, image cachée sous le socle du cd... trauma et vénération. Album culte.
- sortie d'Aenima : bibi est passé à tout autre chose que le hard entre temps, découverte un peu à la masse dans une médiathèque, écoute rapide par curiosité, désintérêt.
- sortie de Lateralus : pas vue passer non plus, apprise quelques années plus tard, bibi se remettant méthodiquement au metal en commençant par prendre des nouvelles des quelques amis dont il se rappelle le nom ; il aime beaucoup Aenima, et trouve Lateralus un peu trop - assumons, allez - positif ; coloré ; sensible. C'est qu'on est écorché vif.

Quel con. Je suis aujourd'hui convaincu que Tool ne sont bons que lorsqu'ils sont chauds. Et si Undertow l'est mais pas Aenima ni 10,000 Days... Il ne s'agirait pas de méconnaître que Lateralus, lui aussi, l'est. Et que pour n'avoir certes pas - ni prétendre une seconde l'avoir, d'ailleurs, son âme est aspirée ailleurs, vers le haut où existe pour ceux qui ne redoutent pas l'ascension une toute autre sorte de fournaise - l'animalité suante d'Undertow, il n'en est pas moins tout aussi zeppelinien avec fureur. Ni moins hallucinatoire et mystique.
Lateralus vous emmène dans une sorte de gouffre solaire, dans la jungle d'une dangereuse et concupiscente Olympe, où devant notre regard émerveillé et nos sens émoustillés son groove déjà invraisemblable d'origine prend une carrure bacchique qui le révèle comme autre chose qu'un simple produit de son époque : imaginez un peu Helmet ou Rage Against the Machine, avec leurs guitaristes premiers de la classe, nous pondre pareils riffs magiques, pour voir... Oui, Lateralus fait partie de ces disques doux et brûlants à la fois, qui accréditent la théorie selon laquelle certains élus, parmi l'humanité, ont déjà goûté l'ambroisie, au moins en rêve, et si vous avez déjà rêvé de voler vous savez à quel point certains rêves sont vécus. Apollon, Dionysos, Héphaïstos, Kundalini, on ne sait plus à quel saint se vouer, en ces demeures du saint, au fil des langoureux méandres d'un album qui cette fois délaisse avec superbe et sans un regard en arrière les formats compacts et coup de poing (même s'il ne peut pour autant se défaire d'un don inné à n'enfanter quasiment que des riffs au fer rouge et qui attrapent au ventre) des précédents pour s'étirer, se perdre, s'enfoncer, confondre lave, or et miel, s'enrouler, planer, spiraler - tout ce que ne saurait, au passage, faire un Aenima qui est au fond leur Around the Fur : une version poliment en colère, avec un petit bouc impeccablement dessiné et parfumée.
Qui a besoin d'eau de toilettes quand le corps a toutes ces phéromones et ces sécrétions ? Lateralus, lui, est bien le disque qui s'enfile à la suite d'Undertow, dont il n'a pas la sexualité polluée, marécageuse, faisandée, il dégage pour sa part les nombreuses odeurs inouïes de la sainteté et de la sublimation - mais il a pour sûr la même nature : sexuelle, donc prédatrice. Ce qui, pour un disque de prog-metal encyclopédiste avec un logo en masque de tortue ninja, n'est pas peu, reconnaissons le.

vendredi 19 juillet 2019

Korn : Life is Peachy

Adrenaline + Undertow + The Downward Spiral avec aux guitares Robert Smith & Vindsval, et Tricky aux platines.
Et contrairement aux trois ambitieux sus-cités, Life is Peachy lui, il n'est arrivé nulle part à la fin, ni enfer ni ciel ni trouver du nouveau. Perpète à Ploucville. Jour de la Marmotte. Puis Korn c'est des gosses, tout ce que le pot aux roses leur inspire c'est des sanglots de terreur ravalés la seconde d'après dans un ricanement hideux (la naissance l'enfant-chien, c'est par ici) de qui dit qu'il s'en bat les couilles, dude. La nuit est encore longue, y a encore plein de poubelles et de ruelles qu'on a pas visitées.

Foursquare : Doorly's X.O.

Des fonds des navires aux villages avoisinant leurs ports d'attache, pour ne pas dire de cale en bourg, des rumeurs courent à propos du rhum... Serait-ce la chaleur du moment ? Il paraît même que les chroniques à son sujet aident à lever de jolis pouces approbateurs sur un certain réseau soit-disant social. Que fait la police ? L'élixir caribéen serait-il donc une sorte de viagra pollicial ? Il paraît aussi, si on en croit d'autres rumeurs, que le taulier de ces lieux de plus en plus celliers chérit depuis sa tendre enfance un certain album de Graham Parker - sans The Rumour - dont j'ai hésité à acquérir le vinyle sur une des mille brocantes virtuelles le vendant au pris d'un caoua, juste pour l'amusement de coller ces deux aras hyacinthes côte à côte... C'est mon côté fétichiste... C'est mon côté précieuse ridicule... C'est mon côté Nextclues.

Rhumons... Humons... Screugneugné ? Guère loquace, pour un perroquet ! L'ara ne chante pas... L'ara fait bien ?... Snif, snifff... Diantre, c'est lège... Faut-il donc que je remplisse ce verre ara bord ? Tsss, ça valait bien la peine de m'échiner à faire du Rhumon Devos dès l'intro ! Ce gentil petit rhum civilisé n'est pas bien sujet à la dégustation, mais plutôt à l'honnête moment de douceur timorée. Un peu antiseptique... Un peu cire à bois... Une pincée de cannelle... Y a du "cappuccino" instantané des distributeurs d'aire autoroutière (vous savez avec l'option "vanille" ou "caramel"), aussi... Et un Werther's original... Et c'est tout... Snif sniffffff... Allez, en poussant vraiment le bouchon et en plissant bien les yeux avec la truffe bien collée au fond du godet en mode "balayage chirurgical du terrain olfactif" comme un Marc Veyrat Predator juste au cas où j'aie loupé quelque chose - mais vraiment parce que j'ai ma conscience professionnelle hein - j'y décèle une note ténue de mucus nasal desséché. Même s'il est plus que probable que cela vienne de l'hygrométrie caniculaire et de mes narines n'ayant pas honoré de mouchoir depuis hier.

Goûtons... Bouais de sauvetage. Comment décrire au mieux ce Doorly's ?... Bredouille... Aqueux... Et, paradoxalement, sec, châtré... c'est p't'être bien là que le rhum perd son h... Trop dilué... Évasif... Vaguement cacaoté, vaguement fruité - à ce propos je cherche encore le vieillissement "sherry" indiqué sur l'étiquette ; pour le côté Speyside on repassera, point de cake aux fruits bien généreux en vue même en tendant bien la longue... vue... ENFIN BREF, peu de choses à l'horizon, moussaillons ! Parfaitement buvable, et rigoureusement inoffensif. La prod est pas top quoi, y a les synthétiseurs mais ça manque de grosses guitares et de basse. C'est un mini-Barbades, un peu comme si on avait pris mon Antigua chéri et qu'on l'avait délavé, réduit à une peau de chagrin ne laissant qu'ombres sèches et molles sur son chemin... Oh ! Attendez, c'est... mais oui : un arrière-goût de pastis-menthe ! Je sais, je suis irrécupérable. Mais c'est un peu vrai quand même, hein (un côté p't'être pas mentholé mais anis-réglisse, ça c'est sûr). Arrivé à ce stade penaud, j'me demande quand même si vaudrait pas mieux siffler du Diplomatico ou du Don Papa. Ben quoi ? Au moins y a un bon goût de, euh... de sucre... Enfin non, quand même pas. Pourquoi je dis ça moi ? Ouf, c'était moins une, j'ai bien failli perdre mon snobisme dégustateur là, saperlipopette ! Restons vigilants je vous prie, et - contrairement à ce Doorly's - concentrés...

Verdictons : comme dirait Bob en citant Bébert, killing an ara bleu... Un rum trop fiotte, trop flotte, convenable pour se rincer la glotte, dont le capital sympathie tient à peu près entièrement dans sa mignonne bouteille au trognon coco-roquet bleuté, et son nom un peu aussi (même si j'ai jamais entendu les Doors à Orly... p't'être aussi parce que j'prends toujours mes avions à Roissy). Un rum qui vaut, pour tout dire, moins que son prix plutôt doux (entre 35 et 40 euros). Ils devraient en sortir une version à degré plus tonton flingueur pour voir, histoire de réveiller un peu les papilles qui ronflent un peu sur ce "X.O." (...ah, on me fait signe dans l'oreiller que le Foursquare cask strength existe pour le double environ ; autant pour moi !)
Reste une série d'étiquettes à perroquets charmantes dans cette gamme Doorly's - qui de son plumage turquoise aguicheur qui de son rouge coquelicot taquin - même si elles ne sont jamais qu'une version prolétaire des splendides flacons tropicaux estampillés Silver Seal, avec leurs motifs bigarrés à rendre jalouse Mackie Osborne...
Hélas, comme vous vous en doutez, ces bouteilles-là coûtent un ara.

jeudi 18 juillet 2019

Venom : Metal Black

Aujourd'hui on a High on Fire et Totengott : c'est la classe... mais c'est la classe. Hélas, vous voyez ce que je veux dire ?
On pourrait regretter qu'elle soit bien morte et enterrée, l'ère héroïque du vrai moche-metal pas beau, du poilu qui sent dessous les bras, et ne vous décoche pas un regard farouche de Comanche ou de Cimmérien - mais un de garagiste mal embouché ; l'Âge des Riffs en Sourire de Plombier, des Gorefest et des Entombed, voire des Danzig...
Ce  serait un tort.
Metal Black, c'est l'album que Motörhead n'a jamais sorti avec Lars-Goran Petrov au chant et Tommy Victor à la guitare. Oh, c'est vilain, vous pouvez le croire, moche comme le cul de Mikkey Dee dans un benne en cuir, moche comme White Zombie envahi par l'équipe de Nine Pound Hammer, dont la première mesure consiste naturellement à virer toutes ces merdes de synthétiseurs. Mais comme Entombed n'a guère sorti qu'Inferno de fréquentable après To Ride - et que justement l'on entend également des relents bien Spartacus d'Inferno dans le disque de Venom - c'est impeccable.

mercredi 17 juillet 2019

Korn : The Serenity of Suffering

Il est pas si pire, en fait, lui.
Ben quoi ? J'avais pas prévenu, que j'insisterais forcément un jour ou l'autre ? Je vous rassure, je ne vais pas vous les refaire tous, ni trois ou quatre fois Untouchables encore pour la route, ni même uniquement tous les recalés de la précédente session... En fait, pour ne rien vous cacher : si, je les ai retentés, mais N'A Pas de Nom et Path of Totality se sont de nouveau plantés ; vous dites ? Paradigm Shift ? T'es pas un peu fou, dis ??
Mais Serenity... Évidemment, il est lourd sur l'estomac ; mais peut-on même déplorer que les quelques fugitives tentations deathcore (on est potes avec Suicide Silence, eh ?) et autres parties "brutales", malgré un son général qui reprend la densité de Remember Who You Are, tombent un peu à plat (quoique, la fin de "The hating"...) ? Cela ne fait-il pas partie de son identité, d'une part, et de l'autre écoute-t-on vraiment Korn aujourd'hui pour SE MANGER UNE PATATE COUSIN ? Le neo a passé son tour pour ça, à présent il y a douze-mille dérivés de blackmetal et de hardcore qui se bousculent au portillon pire que des cyclistes Deliveroo devant un studio à burgers, pour le titre hebdomadaire de champion de la bagarre post-bagarre - et c'est tant mieux. Aujourd'hui on écoute Korn pour entendre du Korn : y avait le G-funk, le P-funk, y a le psi-funk, oui avec une lettre grecque comme dans Billy Ze Kick si vous voyez ce que je veux dire ?
Tenez, téma : c'est pas une mélodie chipée chez Lionel Ritchie, que j'entends en motif mélodique principal de "A different world" - entre des refrains pendant lesquels les guitares, c'est même plus du Deftones : c'est le dernier Will Haven (avec dessus le gugusse de Slipknot qui vient réclamer le trône de Philip Anselmo) ? Je vous le dis, quel que soit le trip qu'ils se tapent, nos enfants du maïs - retour aux sources, grosses dépression, orgie peura, j'en passe - c'est chaque fois perchés dans leur monde de permanente fête foraine sous ké, qu'ils le font.
Et puis Serenity possède en force et en forme l'autre caractéristique qui fait Korn (et qui fait la seule vraie qualité de Path of) : les mélodies. Oui, on peut se permettre de le dire tout haut, les âmes sensibles ne sont de toutes manières pas en train de nous lire : Korn c'est, encore plus constitutivement que ce bouquet improbable (Alice in Chains Psycho Realm Britney Spears Biohazard Depeche Mode Michael Jackson Nine Inch Nails), de beaux refrains irrésistibles. Et pour le coup, sur le registre Britney-au-lait-de-lune, on est servis, royal. Au point qu'à plusieurs reprises, on finit même par ne plus les trouver lourds, comme dit plus haut et précédemment, mais carrément déliés, aériens, et gracieux. Comme qui dirait que le disque, il s'appellerait peut-être pas Serenity pour rien ? Bon, sur les deux bonus, ils arrivent un peu à court, mais on ne leur en veut pas puisque là ce sont les couplets qui se dégustent. Puis n'allez pas, cependant, vous amuser à passer à côté de petits détails comme les guitares cauchemardesques de "When you're not there", ou la fin de "Everything falls apart", où pointe en (toutes choses étant relatives) sourdine la démence de Peachy et Untouchables - car contrairement à ce dont on se persuade trop volontiers, Korn ne fait pas tout à la fois, sait se concentrer sur une tonalité dominante, et laisser certaines de ses idées dans la subtilité (voir plus haut) - c'est à dire, aussi, qu'ils n'en manquent toujours pas, d'idées et d'envies. Ce qui au moment de patienter, un peu anxieux, jusqu'à la publication de The Nothing, donne  de l'espoir.
En fait Serenity c'est un peu le frère lyrique, grands espaces et fleur bleue, de Remember, dont il reprend un peu tous les traits qu'il transpose dans une humeur apaisée, lavée de ce que celui-ci a de heurté, ulcéré, écorché... souffrant.
Ce qui en fait une sorte de cousin phuture r'n'b en Reebok Pump (désolé pour Adidas, mais on est clairement pas dans leur gamme, là) de Wish, si mes calculs sont bons. Ça me va.



Ndlr : après vérification sous la surveillance de Jean-Jean, ce n'est pas Lionel Richie, mais carrément "Another day in paradise" de Phil Collins, dont on entend quelques notes dans le motif mélodique de "A different world".

mardi 16 juillet 2019

Gorogoroth : Under the Sign of Hell

Des fois je vous jure, je me décourage. C'était si compliqué, bonhomme (oui, des fois je me parle avec la voix de Gérard Lanvin), de faire une bonne vieille synthèse des familles ?
Under the Sign of Hell et moi, ç'a longtemps été un coup sur deux. Un coup il me plie de rire et d'embarras - je suis empathique, que voulez vous ? - et un coup il m'impressionne ; je ne l'ai acheté que deux fois à ce jour, mais il était temps de débrouiller un peu tout ça, avant que cela ne finisse par une revente, et donc une troisième acquisition en embuscade.
Comme dirait Michel Chevalet, en fait c'est simple : Under the Sign of Hell est terriblement impressionnant justement parce qu'il est ridicule. Ces mélodies à vous démanger de, je cite, "envahir la Pologne avec une épée en plastoc" ? Un peu, qu'elles sont à se rouler par terre : d'une, c'est du black, de deux c'est cela même qui donne bien plus de mordant et de sel à la sale production lavomatic de cet album, qu'à tant d'autres où non seulement tout est illisible du sol au plafond, mais misérable, sans puissance, sans aucune accroche émotionnelle, tout dans la cérébralité élitiste. La force de ce disque, c'est le pathétique et la vulnérabilité totale avec lesquels il se donne.
Là encore, merci Lords of Chaos en ce qui me concerne : Under the Sign of Hell, c'est cette scène où Kristian Vikernes, tout tête-à-claques suprême que soit déjà son personnage à ce stade, avec son fatras tolkieniste de geek evil (louse compte double), entre en studio et, avec sa sale gueule et sa sale aura de merde, te vous balance la musique la plus saisissante qui soit dans sa naïveté qui ne laisse subsister aucune barrière avec l'auditeur, à en faire verdir le charismatique Euronymous et ses yeux rêveurs. La foi, totale. Le souffle torride de l'enfer, qui brusquement te caresse le visage avec la même aménité que lorsque tu ouvres la porte du four pour faire coucou à ta pizza congelée (le parallèle entre Varg est une pizza n'était pas voulu au départ, mais de toutes façons ils l'ont déjà fait jouer par un Juif, n'importe quoi est indulgence après ça). Les photos de Nattefrost écroulé dans son vomi dans sa baignoire, et ainsi de suite. Le coming out satanique de Mz.412. La présence du Mal, entre deux bouteilles de Biactol éreintées, tel qu'on ne l'a guère ressentie bien souvent depuis les débuts de Slayer. Le black metal, dans tout son pouvoir bien réel de malfaisance, né dans le caca mental et le palpable.

Korn : See You on the Other Side


Ça faisait longtemps, pas vrai ? Trop.
Je me refaisais récemment ce constant, particulièrement aigu en repensant à Remember Who You Are, et qui régulièrement vient parasiter la réflexion lorsqu'on médite sur Korn - que Korn, si tough, dru et sous-accordé tentent-ils parfois de jouer, ce n'est jamais du hardcore, et ça n'a jamais été du metal, n'en déplaise tant aux défenseurs qu'aux détracteurs du neo. Korn, ç'a toujours été bien plus de la fusion que la fusion elle-même, laquelle pour sa part et mis à part Faith No More, était du rap-metal ou du funk-metal ou du disco-metal.
Korn, c'est la fusion qui a réussi, et donc abouti à une nouvelle matière, caoutchouteuse, élastique, même pas tout à fait décidée non plus entre rock et pop - et si on y regarde, d'ailleurs, même quand elle est supposée avoir commencé à grave pomper sur NIN, eh bien finalement elle a compris avant Trent lui-même à quel point le r'n'b à 98%, dans la recette libre de son pot hyper-hybride, c'était extrêmement cool. Et même s'il est un petit cran dessous en termes de bride lâchée à sa propre légitime et réjouissante mégalomanie, See You on the Other Side est bien de la famille des Untouchables, des Issues, des Peachy et des Remember (d'ailleurs regardez : le bonus japonais pourrait aussi bien être sur le premier que sur le troisième cités). Du Korn pervers plus-que-polymorphe. Un vrai marchand de glaces ; de ceux où on a toutes les peines à pas prendre 6 boules.
Oui, Korn a physiquement compris un paquet de choses importantes, à plusieurs moments de son parcours ; à l'heure où va sortir bientôt (la rentrée, au poil pour décorer votre nouveau sac à dos) un nouvel album, espérons qu'ils s'en soient rappelé. En particulier qu'ils ont inventé un genre, et que ce n'est pas le neo, mais : Korn. Et que par conséquent ils ont tous les droits, hormis celui de faire ce que les gens ont décidé qu'était un disque de neo. Je vous fais confiance, les garçons.

lundi 15 juillet 2019

High Fighter : Champain

Certaines musiques sont si fort associées entre elles par le biais transversal de la personnalité d'un de leurs fans, qu'elles finissent par l'être à lui dans ma cosmogonie, et dans le respect dû à ces formes d'harmonieuse cohésion. Au rayon, l'on trouve d'évidence le Bernard-metal ; mais également la Elovier-Dranis-music : encore appelée par l'un des intéressés (dans un texte  brillant dont le prétexte ne me revient pas à la mémoire) la musique de bâtard.
On y rencontre bien sûr rien moins que Life of Agony, Acid Bath et Hangman's Chair - mais plus précisément, pour le sujet qui nous occupe aujourd'hui, Starkweather, Treedeon et Crisis : comme chez ceux-là, la température ou le pH chez High Fighter sont aussi ardus à déterminer que le genre sexuel, ou la direction ascendante ou descendante des riffs. High Fighter peint un féroce, grandiose et ombrageux contre-jour tout en rasantes lumières sanguinolentes de jour qui tombe et nuit qui monte, en brûlures rafraîchissantes. De hardblues héroïque et d'âpre blackrust : voilà de quoi est fait un Champain qui pourra aussi remuer des souvenirs, arômes de Chrch, de Crowskin, de Sacrilege... et des précieux Herem - tiens donc, Bernard, vous ici !
Pour faire rien qu'un brin de tourisme parmi les références extérieures à tout cette lunaire famille du metal-carcajou, imaginez ce que Kylesa a pu jadis avoir de terrifiant et de vampire, et faites le jouer du heavy-doom glorieusement vénéneux, et régulièrement pris de violentes contractions sur la poignée d'accélération, qui l'envoient hurler un stoner nocturne, campé dans de cruelles cuissardes de cuir noir, dont les hordes motardes déboulent toutes environnées d’érinyes et autres harpies. Une musique profondément bizarre, qui n'a pas une goutte de salive rabique à perdre à paraître à tout prix l'être, un hard rock inquiétant, vespéral, animal, aux crocs que l'on devine prêts à déchirer, un truc lycanthrope - quoi de plus bâtard ? Mona Miluski à elle seule est déjà un bestiaire mythologique complet, mais son groupe derrière ne l'aide pas petit-bras pour, au hasard, aux virages redoutables d'un "Kozel" transformer une trajectoire en cruise control hard rock pur jus, limite Kyuss meilleure époque (Wretch), en un chaloupement particulièrement viandard de bandan'hardcore new-yorkais (le Saint Nom de LoA fuse rarement par hasard) - et bon Dieu, cette vociférante à fiche une descente d'organe à Candace Kucsulain... De la musique de gros bâtard, je vous le dis.
Bref : j'ai écrit une fois que continuer année après années de lire New Noise/Noise Mag se justifiait toujours par un disque incontournable par numéro ; cela n'exclut pas pour autant qu'il y en ait, parfois, un peu plus d'un.
Alors je ne devrais probablement pas finir cet article là-dessus, mais je ne peux m'en empêcher au vu de récents, moins récents, et récurrents incidents : tous ceux qui bavent sur le magazine, c'est avec la plus cordiale joie que je vous chie dans le cou.

Heaven Hill : Mellow Corn


"L'A-mé-ri-queuh, l'A-mé-ri-queuh - je veux l'avoir, et je l'aurai...
L'A-mé-ri-queuh, l'A-mé-ri-queuh - si c'est un rêveuh, je le saurai..."

(P't'être pas le bon Joe remarquez, vu les couleurs et le caractère du liquide, on penserait plus au cadet d'Averell au bagne... tagada tagada...j'ai rien dit, donc).

Bouteille entamée mi-2015.

Eau-de-vie de maïs du Kentucky, réduite à 50% ("100° proof" pour ces tarlouzes de ricains).

Du pur whiskey de maïs ? Miam ! Un cow-boy incarné par Terence Hill en 1973 ne saurait refuser. Son blair ? Putassier. L'équivalent olfactif des 'Yeah' de Rob Zombie et p't'être même de Marilyn Manson. Mellow Korn ? Du bourbon en plus bourbon, en encore plus chimique, sans chichis de bourbon de capitaliste à la Blanton's / Eagle Rare, juste le côté "vernis-vanille" qui se limite à une surface odorante parfaitement uniforme, lisse, et immuable. Un air de cousin-frère (y a consanguinité dans ces coins dit-on) du Gentleman Jack. Flan pâtissier (œuf-vanille). Laque. Avec un fond vaguement cartonneux.

Au goût, basique, mais pas impersonnel pour autant, et même assez bizarre. À l'ouverture on était dans le bourbon idéal pour déboucher les canalisations, avec son nez bien plus séducteur que la bouche. Mais en se tassant, je dois dire qu'il est devenu plus civilisé, voir assez gouleyant - même si pas du tout subtil ou voué à la dégustation ; plutôt à la descente de larynx sans préavis, marquant son passage d'une note chelou que je qualifierai de "ionisée", mutante, comme qui dirait une version "brundle mouche" du bourbon classique, les molécules du breuvage connu ayant été ré-assemblées à la hâte par un programme non-humain pour obtenir un liquide du nom de Mellow Corn dont personne ne veut sinon les hobos peu sourcilleux, orné d'une étiquette d'épicerie du trou du fond de l'Est américain tenue par des bouseux psychopathes à la Délivrance... Il a toujours ce goût vanilleux ou vanillesque à la fois commun et bizarroïde, je ne sais pas dans quelle mesure ça tient à la proportion de maïs dans la distillation, mais c'est comme ça. Et ce fond savonneux... Rien d'aimable dans ce Mellow Corn, seulement l'assurance d'être toujours là pour faire office de whiskey à flasque. Le vrai tord-boyau du Kentucky comme il doit l'être, donc.


dimanche 14 juillet 2019

Pràban na Linne : Té Bheag


Té Bhéag (prononcez Tché Vek), un nom qui me faisait sourire, une bouteille de matelot marin tout à fait sympatouille. Puis à la découverte : ce fut "ouais, bien", mais rien de folichon, enfin comme dirait Gégé, "un goût de jus de vieux meuble", ou comme je dis quand je suis d'humeur synthétique : boisé... En somme, ce fut le fût (j'sais pas vous mais je sens qu'elle va être pénible, celle-là...)

Pour tout dire rien de plus qu'un blend quelconque en plus "sale". Sale et banal. Et pis j'ai ressorti la teille au pic de la canicule - alors qu'il faisait 32 degrés dans mon appartement et que mes whiskies commençaient à bouillir tranquillou. J'ai décidé de la boire parce que les gérants de Neuneuland ont dit qu'il fallait se réhydrater régulièrement, et que donc, sachant que dans un whisky à 43 % il y a tout de même plus d'eau que d'alcool, si on se laisse 1 gros % classable en "divers" pour les arômes et les bouts de liège qui sont tombés dedans, y en a quand même 56 % ! 56 % de flotte : je suis dans les clous. Et ce Té Bhéag y est aussi. Mais de girofle (qu'est-ce que je vous disais ?) Reprenons : sur gros glaçons, donc (ma clim' à moi, efficace et écolo) : il est bon, le con. Oh, ça reste un blend boisé-trivial, mais avec la p'tite touche taquine de reviens-y genre épice (girofle, si j'l'ai pas déjà dit) + ch'tiot goût de fumée poivrée. Paraît qu'ils foutent du Talisker dans leur sauce, j'y crois sans mal, y retrouvant carrément ce goût d'iode poivrée fumée encapsulée dans un genre de bourbon écossais. J'ai l'impression qu'il y a aussi du Ben Nevis... Taliskis ou Ben Never ? Le seul truc qui m'emmerde c'est de l'avoir payé plus de 40 balles, alors qu'à ce prix on a un Talisker ou un Ben Nevis, justement. 'Foiré de caviste !
Je mélangerai les deux un jour pour voir ce que ça donne, tiens. Parce que j'aime bien qu'on se foute de ma gueule mais y a des limites, Monsieur Tché Vek !


vendredi 12 juillet 2019

Pig : Wrecked

Raymond Watts est un sournois ; qui s'accommode fort bien de n'être que rarement dans la lumière, et encore est-elle alors temporaire et bien relative ; de passer pour un second couteau, un suiveur plutôt qu'un débroussailleur ; le pote qui passe de temps en temps, et entre les deux bricole des trucs dont on ne sait pas grand chose de précis.
Pig n'est certes pas des vieux groupes d'electro-industriel métallisé celui qui a la réputation la plus saillante, la plus étincelante, ni la plus extrême ; Wrecked, assurément, n'est ni aussi thrash et mécanique que Ministry, ni aussi sexuellement déviant que Nine Inch Nails, ni aussi sociopathe et détraqué que Sielwolf... Il rôde, décidément plus squale que suidé, dans des eaux troubles, où il est un peu tout cela à la fois (en sus d'apparaître par éclairs comme l'album que je n'ai jamais, à mon grand dam, entendu de la part de Die Warzau).
De façon probablement assez logique, Wrecked montre Pig comme un genre de KMFDM où la potacherie s'est vue remplacée (et le résultat rendu plus... mat : écouter Wrecked pendant une crise de KMFDM-ite peut le faire paraître terne, ce qui serait un tort, surtout pour vous) par une forme de grivoiserie déviante - jamais ostentatoire, toutefois, ni au détriment d'un groove fort moelleux et accommodant ; un peu KMFDM qui rencontrerait Foetus au hasard des méandres d'une version intégralement cartoon et défoncée de Natural Born Killers, canicule comprise. Bref, en un mot comme en cent : Wrecked est une pénombre chaude, vorace, moite et accueillante. Et Monsieur Watts est un homme discret, qui pioche un peu partout ce qui lui donne de l'appétit ; il est également homme à mettre du Foetus un peu dans tout ce qu'il fait - mais même cela, il le fait avec cette discrétion qui le caractérise : oh, pour sûr on pourra se croire loin, ici, d'un Risen à venir bien plus tard, par exemple, et de ses extravagances en équilibre, telles Jean-Claude Van Damme en écart entre deux poids-lourds, sur White Zombie et Prince - mais l'est-on d'ailleurs vraiment, où le glamour à la tronçonneuse dudit album n'est-il pas lui aussi une forme de cette même ombreuse discrétion, qui faut que tout aussi bien que les noms précédemment évoqués Wrecked en évoquera d'autres plus européens, par de certaines approches instrumentales ; et donner envie de crier plutôt à un croisement entre Psychopomps et Foetus... avant que de nouveau pester que ce n'est pas cela non plus.
Wrecked et Pig ressemblent en vérité à tout cela et ceux-là, l'espace d'un instant mais souvent plus - et chaque fois pourtant invinciblement l'analogie vous glisse entre les doigts, comme une serpent en vous couvant d'un air gourmand et brillant d'une forme de torve miséricorde digne de Bain Wolfkind, tandis qu'il se retire loin de vous et que cela n'a rien de rassurant - pour chaque fois retourner s'enrouler dans les ombres, où les contours et les formes sont mal définies et mouvantes, où ne se distingue tout au plus que son œil de braise et de velours, ombres qui semblent faites de la matière même de la voix de Ray - car déjà vous l'appelez Ray, et déjà vous accordez moins d'importance que tout à l'heure à savoir dans quoi exactement vous êtes en train de vous fourrez... Bien ; bien...
Probablement n'aurez vous même rien de plus qu'un sourire béat sur les lèvres lorsqu'il vous sautera à la gorge.

mercredi 10 juillet 2019

Tovarish : If the War Comes Tomorrow

Tu parles d'un camarade... Tovarish ne te facilite pas des masses les choses : If the War Comes Tomorrow c'est ambient, mais y a de grands cris de guitares black déchiquetées et de micro tout frit, c'est sporadiquement ponctué par une batterie mais n'y a aucune colonne vertébrale rythmique au disque pour te maintenir le muscle cardiaque en activité... C'est un putain de serpent mais ça passe tout son temps à dormir, ou alors à paraître déployer autant de force, dans les accès de rage déliquescente, qu'un lombric obèse. Ça paraît thématiquement mélanger un peu, dans une sorte d'abchronie radioactive ou plutôt passive, tout ce que ça peut sur le thème de la guerre froide et de l'aversion réciproque américano-soviétique, à ne plus trop savoir de quel côté du rideau de fer et de la foi l'on se trouve, ni en quelle année, entre raclements industriels et samples sépia, entre Wilt, Nadja, Nine Inch Nails (ces élégies ambient polaires, comme des inversions d' "A Warm Place"...), The Great American Desert...
La clé s'en trouve probablement (avouez que c'est bien organisé) fournie, ou plutôt suggérée,  délavée, dans le titre, et le thème être non pas la guerre, mais cette angoisse permanente si typiquement moderne, depuis plusieurs dizaines d'années déjà ce qui prouve bien la réalité de son effet - d'une sorte d'état permanent de guerre imminente et présente à la fois, toujours dans la vision périphérique, faisant que l'on perd justement la notion du temps où l'on est dans les faits, et jusqu'à la certitude - aidés par de pareils disques - de n'être pas encore au pays des spectres éplorés et des trépassés, à se dissoudre dans l'acide de thrènes  electro-indus écorchés, dans la manière de Gridlock ou Holocaust Theory... et d'y voler dans les mols courants tels des méduses, ainsi que mollement flotte l'album entre ambient, trip-hop sub-pharmaceutique et blackdrone, avec une absence de contour net qui va encore un peu plus loin que chez Khost, et finit un peu hagard et paumé tel un clochard de sa propre conscience, dans les friches  industrielles de ses rêves par trébucher sur une manière de forme plus-que-crépusculaire, rappelant tout au plus la désolation de Svartmyrkr, de religion qui ne relie personne pas même soi.
On n'est pas beaucoup plus avancé ; on se sent vide... peut-être juste un peu plus évidé qu'au début, creusé, sans savoir de quoi, comme d'avoir subi à peu près sous anesthésie une ablation chirurgicale scélérate. Volé sans laisser de traces, laissé à hanter un désert, celui de votre propre personne.
Ce doit être ça, qu'ils appellent la guerre froide.

mercredi 3 juillet 2019

KMFDM : Naive

Angst montrait KMFDM à l'apogée de son thrash funky, Naive l'expose au pinacle de son funk thrashy. On n'ira pas jusqu'à dire que c'est encore plus synthétique parce que c'est là une impossibilité physique - mais, forcément, pour le coup ça sonne moins (les rares fois où ça thrashe un brin) Metallica et plutôt Megadeth : qui s'en plaindra, je vous le demande ? D'autant que, surtout, je vous le donne en mille ? Ça sonne plus funky, exactement !
Ce qui signifie que, bien sûr, les lignes de basses sont plus en valeur, et elles n'ont rien à craindre de l'être, tant le talent à l'époque était là et peuvent-elles claquer avec impudence ni pudeur, mais aussi que les guitares sont là pour griffer plutôt que déchirer, et que les beats sont toujours aussi proéminents, simplement un poil moins autoroutiers (vous savez ce que funk veut dire, exact ?), et là aussi : quelle insolence, et quelle science ! Vous pouvez donc vous préparer à transpirer à profusion, tant le disque vous met dans la peau d'une jeune canaille gothique tout de cuir et de paraboots vêtu traînant ses guêtres goguenardes sous le soleil de Venice Beach, la faim du loup au ventre, l'aplomb de la jeunesse chevillé au déhanché. C'est bien simple : on se prend par endroits à songer carrément à Sheep on Drugs, ceux de One for the Money, tant on croirait parfois entendre une version club quasi-caribéenne d'Appetite for Destruction (d'ailleurs, maintenant que j'y pense, "Rocket Queen", ça aurait-y pas fait un bon nom de morceau pour Lee et Duncan ? à moins que plutôt pour Alien Sex Fiend ?), lacérée, par éclairs, de visions issues du cerveau d'Insekt ; ou au Treponem Pal d'Excess & Overdrive, tant "Godlike" (le riff de "Angel of Death", pour mémoire) accuse des températures tropicales dans sa version Doglike ; et pour en finir au passage avec les considérations hiérarchiques, on met céans la pâtée à presque tout ce qu'ont pu faire les Revolting Cocks à part Cocked and Loaded : comme on dit, "c'est dit".
Alors tant qu'on est dans les affirmations audacieuses : Naive, c'est l'electronic body moustache à la cajun.

mardi 2 juillet 2019

KMFDM : Angst


J'étais jeune, j'étais beaucoup plus poétique ; je ne faisais pas tous ces parallélismes, ces analogies et ces clashes systématiques. KMFDM alors me paraissait complètement unique avec sa musique.
Je suis vieux aujourd'hui et à moitié blasé, puisque malgré une capacité toujours plus aigüe et puérile à m'émerveiller éperdument, je ne peux m'empêcher, toujours, encore, sans repos, de comparer. Je n'avais jamais percuté à quel point KMFDM avait fait le buvard, avec Nihil, sur Nine Inch Nails, et plus généralement ailleurs, sur Ministry ; je n'en suis pas fondamentalement mécontent.
Parce que ce constat, une fois fait, ne fait que rehausser encore ce que KMFDM avait d'unique - et n'a plus, puisque depuis la reformation à laquelle soigneusement éviteront de participer trop vigoureusement (Raymond Watts passe encore quelquefois dire bonjour, je suis intimement convaincu que cet homme st un vrai gentil), qui les a vus remplacer l'EBM et le funk par la dance, et le r'n'b et le gospel par, euh... la dance aussi. Les cons, putain, mais quel con ce Konietzko ! J'te jure.
Bref : je l'avais oublié pour la partie que je savais, je l'ignorais pour tous les vieux albums que comme un con j'avais toujours négligés - mais Nihil n'est pas le seul album gospel de KMFDM, seulement l'unique de gospel autoroutier. Le truc de KMFDM-le-vrai, c'était le rhythm'n'blues-indus-thrash. Et (au sens de "en sus", non pas de "donc", si vous me suivez) KMFDM était un grand groupe : parce que ce truc invraisemblable auquel personne n'aurait pensé, qui frappe si violemment au premier abord au point de heurter voire causer des renvois, comme le jus d'un alambic robuste, et continue d'emporter l’œsophage des centaines d'écoutes après - personne non plus n'en aurait été capable, de le jouer si bien, si flamboyant, si brûlant, si fier et croyant.
Allez, soyons beau joueur : la carrière solo d'En Esch est certes plus qu'honorable si on la met en regard de celle solo de Konietzko (il a un nouveau projet, qu'il a nommé KMFDM), mais elle ne provoquera pas les mêmes émois irrépressibles, ni ne fera se relever la nuit ; ne parlons même pas de Gunter Schulz ; KMFDM était une osmose, un équilibre... Et quel équilibre ! Celui d'ingrédients chacun si robustes seuls et forts en gueule (pour résumer : du r'n'b, du DAF et du early Metallica), alors à fourrer comme des matous dans le même sac, vous comprendrez que l'estomac bien souvent fasse des nœuds et des bonds - mais pourtant, quel résultat ! L'electrofunk-housegarage-acidhard-thrash, rien de moins ; mais vous avez la permission de dire chainsaw-funk.
Les formules à base de "blitz" et de "krieg" ne sont pas les plus brillantes (vous l'avez ?) à faire pour l'occasion, mais force est de constater qu'ici en deux morceaux l'affaire est faite et tout est dit, entre une "Light" aux allures d'éblouissant et presque intolérable manifeste, et une "A Drug Against War" en forme de superconcentré hystérique de "Jesus Built My Hotrod" et "Hero" - et pourtant le bombardement impitoyable continue puisque non seulement Angst, au contraire d'un Nihil, ne se résume pas à sa première moitié, mais encore "Light" sera-t-elle déclinée en remixes jusqu'à plus soif, là aussi à la longueur d'un disque sans le moindre signe d'épuisement - à part pour vous sur le dancefloor.
La version chromée de KMFDM est là, à son climax le plus aigu - ce qui ne dispense évidemment pas de se goinfrer sans modération avec Light, donc, pour le maximum de transpiration, et Naive (et son appendice Godlike) pour l'apothéose du versant acid-electrofunk de leur identité.
En vérité je vous le dis, on n'a pas vraiment réalisé de leur vivant ce qui nous était offert là en fait de rédemption, et plus tard, même s'il était alors temps que l'on enterre quelqu'un puisque la peste et le choléra Tim Skold étaient entrés dans la place, et qu'ils allaient éveiller le pire chez Konietzko, on aurait dû pleurer comme des évangélistes (en se trémoussant la gagneuse) lorsqu'est paru Adios. C'est comme je vous le dis.

samedi 29 juin 2019

Whispering Sons : Image

Évidemment, il y a la voix de Fenne : magnétique en soi, et davantage encore de par cette androgynie à couper au couteau, qu'elle manifeste dans sa soul toxique. Forcément. Mais pas uniquement.
Il y a le rythme aussi - et le rythme s'il n'est pas tout, est beaucoup - Whispering Sons a tout compris, de cette cold-wave si bien dans le vent par les temps qui courent, et qu'en particulier leurs guitares, presque trop parfaitement vampires, paraissent jouer en bons élèves, appliqués, sans imagination ni démangeaison aucune d'en posséder. Tout ce que la pulsation qui habite cette musique doit avoir à la fois de sauvagerie féline acculée, et de roideur robotique, déshumanisée, pré-cadavérique ; de sensualité auto-brutalisée.
Vous lirez ici ou là les noms d'Interpol, Editors et que sais-je encore : n'en croyez pas un traître mot. Fiévreuses et heurtées, les chansons qui forment Image sont plutôt pareilles à une sorte de version punk-rock de la wave polluée de Boy Harsher, hantée de loin en loin par un soif romantique n'en rendant guère qu'à Soror Dolorosa ou Pornography : non, on ne parle pas ici d'un n-ième interchangeable groupe de cold coupée à l'eau tiède pour ne pas trop heurter le touriste moderne ; mais d'un disque glorieusement goth, voué au malaise et au sang noir.

KMFDM : Nihil

Et si l'on s'était mépris, de longues années durant, en voulant voir dans Nihil le début de la catastrophe pour KMFDM, un album où l'on entend les traces de la flamboyante pole-dance de Naive, Light ou Angst commencer de se délayer et perdre, dans un son plastique et insipide qui deviendra le leur pour une chute qui n'en finit plus ; les prémices du pire autobahn-indus-metal en tranches prêtes à intégrer dans un jeu vidéo cyber-con...
Ne serait-il pas plutôt, en fait de terme, un chant du cygne ? L'apothéose dans la soul, le rhythm'n'blues, le gospel, d'un KMFDM qui allait bientôt disparaître : celui funk et moustache où En Esch n'était pas qu'un invité, parmi d'autres, de plus en plus épisodique et désinvesti - comme on le comprend ! à voir changer peu à peu la déco intérieure comme elle le fera... - mais une bonne moitié sinon plus, dans l'identité de KMFDM.
Or comme le signalent justement certains chroniqueurs fainéants au moment de remplir les fiches techniques des albums de KMFDM : "line-up : il varie selon les morceaux" ; la variation en question n'a pas peu d'incidence sur la qualité des morceaux. Et de remarquer à peine aujourd'hui, au passage, la fraternité vocale existant entre En et le Révérend Watts - car en fait de variations, c'est ce dernier qui pour une fois s'accapare toutes les chansons, et partant irradie tout Nihil de sa présence chaude et princière, changeant ces riffs pétrochimiques et ces beats à boîte automatique en tapis de fourrure pour son organe d'ambre et de velours, faisant de Nihil ce miracle de gospel-metal aéroglisseur.
Bon : la réalité n'est pas aussi impeccablement ajustée à ma pirouette - et c'est heureux du reste : suivront encore de largement plus-que-potables l'inégal, bizarrement tentatif mais truffé de pépites Dogma, et un Symbols carrément garni : "Megalomaniac" la matelassée, mais surtout les stellaires "Leid und Elend" et "Unfit", chantées respectivement par Esch et Watts, au sommet tous deux comme de juste ; et tous les deux, bien plus qu'Adios à venir, sonnant cette fois comme des adieux brillants au style historique.
L'été indien, au moins, dans toute la fauve chaleur de ses teintes pleines de cœur.

Pig : Risen

On a récemment eu devant Candy la révélation de Raymond Watts comme un considérable constricteur dont la voix rampant sur votre pulpe érogène vous donne à sentir chacune de ses robustes écailles... Raymond, toutefois, n'est pas seulement cet anaconda de calibre au-delà de l'alarmant, ce Jennifer Charles au masculin.
Type O Negative, Nine Inch Nails, Marilyn Manson, Depeche Mode, Foetus... Watts est un vampire pansexuel. Il serre même tellement tout ce qui passe que, fatalement, par endroits l'on relèvera quelques excès de glucose, ou plutôt de Malibu, à flanquer la nausée : la générosité du prédateur, que voulez vous ?
Rien en tous les cas qu'on ne pardonne, puisque l'heure est à confesse, avec langoureuse mansuétude, à entendre tous les autres moments de gloire dont n'est pas avare Risen, inclus celui où l'on réalise qu'au fond (désolé) Revolting Cock sans s aurait aussi bien pu faire un surnom pour Peter Steele, ceux où l'on se dit que Marilyn Manson en version pour adultes ça passe tout de même mieux, que Thirlwell en empereur de la Playboy Manson il assure carrément - et globalement la révélation que le funk-indus-gospel-metal, bien lourd sur le beat, bien ambré sur les choeurs, c'est vachement sexy.

vendredi 28 juin 2019

Abyssal : A Beacon in the Husk

Esoteric accouche une fois les douze ans, Evoken porte désormais des couches, et Indesinence s'est hélas définitivement couché : bien content, lorsqu'on a envie de se faire broyer par le regard des étoiles, d'avoir le nouvel Abyssal, si peu était-il attendu.
Surtout qu'Abyssal, pour autant, n'a pas vraiment cessé de jouer le death malaxeur de matière, école ouvertement Portal-Antediluvian : discrètement bizarres, comme seuls des Anglais peuvent l'être, pas à dire.
Abyssal, cependant, non moins discrètement montent en grade, de seconds couteaux sympathiques qu'ils étaient, pour révéler ici un insolent talent à créer la confusion entre metal sur-grandiloquent, sur-emphatique (pensez, en sus d'Esoteric, à Morbid Angel et Mitochondrion) et ambient pure - donc potentiellement plus assourdissante, monumentale et concassante que tout autre style... a fortiori lorsqu'elle surgit justement des composants metal de l'affaire, en l'espèce le fracas des guitares et le froissement de l'espace qui sert ici de growl, à moins que ce ne soit l'inverse, les deux se confondent à l'occasion et c'est un des grands envoûtements qu'accomplit A Beacon in the Husk - l'espace entre eux tout naturellement venant s'emplir de hululements et tintements aussi fantomatiques et rêvés les uns que les autres.
En plus clair et percutant, parce que malgré tout ce qui pourrait le prédisposer à l'indigestibilité et à l'ampoule prétentiarde, A Beacon in the Husk s'enquille sans sourciller comme la grosse boule de viande mormétal qu'il est : v'là le mash-up infernal d'Indesinence, Morbid Angel et Troum... De cette glaise d'étoiles, Abyssal fait surgir une âpre cathédrale.