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Affichage des articles du avril, 2020

Nick Cave & The Bad Seeds : Nocturama

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Je te vous dégainerais bien une punchline facile du style "Hey ! mais en fait c'est Nicholas qui a sorti mes albums préférés des Tindersticks, et on ne m'avait rien dit ?" ; mais, primo, quand bien même seul le premier album de ces olibrius-là parle pour de bon - et pour le coup très fort - à mon coeur de vieil artichaut, quoique je sois infoutu de lui faire ma déclaration aussi brillamment que d'aucuns le gratifient d'un simple "bon", j'ai trop de respect envers tous les autres disques et envers leur style, pour ainsi en faire une sorte de tour que l'autre antipodien puisse reproduire comme qui chique ; et secundo il ne se trouve pas que du violon sapé couturier, ici : il s'entend également pas mal de country et de rock de daron grisonnant et doucement embourgeoisé.
Pour tout vous dire, et pas forcément par quelque instinct plumitif d'inventer n'importe où du pseudo-paradoxe : c'est sans doute cela même qui sauve Nocturama

Portal : Outre'

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Le genre d'album que, même lorsque depuis des mois tu n'arrives plus à écouter de death metal, rien à faire ça ne prend pas, c'est chiant c'est pas ce que tu as envie d'entendre - à peine tu l'as lancé, lui, que tu fourmilles d'envie d'abjurer toute cette connerie de beumeu que tu as écouté depuis des mois, pardon ô Seigneur. Le genre d'album que, même si pour changer cette fois tu te rappelles la dernière fois que tu l'as dit - tu bous du besoin de crier que c'est CA, putain, le death metal, et personne d'autre. Le genre d'album qui te fait réaliser que c'est bien gentil, Saltas, Grave Upheaval, Abyssal et qui on voudra d'autre comme enfants très doués de Portal, et que sûrement Outre' a ouvert des portes - mais que putain, encore aujourd'hui il les défonce, surtout, vos foutues portes et que C'EST QUI TON PAPA HEIN ?
Du metal ? Non. Outre' c'est du bois vermoulu, de la boue, de la corne, de la chitine, e…

Nick Cave & The Bad Seeds : Abattoir Blues/The Lyre of Orpheus

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Pourquoi ce double album est-il le seul album de Nick et son band à me parler pour l'heure, en dehors de Let Love In ? Sans doute en grande partie parce qu'il est le seul avec qui je parvienne à ne point, mal gré que j'en aie, espérer un autre Let Love In, un autre tour de magie à base de favela gothique cramoisie - parce que lui non plus ne l'espère pas, aussi, admettez le.
Abattoir Blues/The Lyre of Orpheus est - de la vision d'ensemble à l'exhaustivité discutable que j'en aie - le seul album des Bad Seeds à délaisser le gothique-bastringue-swamp-déglingue (où se complaisaient, sans effet durable sur moi, tous les disques précédant Let Love In) sans pour cela devoir s'abîmer dans la dépression-piano-altier-stilnox école Boatman's Call. Il contient des ballades, nonobstant, surtout sur The Lyre of Orpheus bien entendu ; mais celles-ci comme tout le reste, se voient ici impeccablement sapées dans la souple élégance de costumes dignes des Tindersticks…

GZA : Liquid Swords

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Le mythique et extensif sample d'ouverture pose l'ambiance impitoyablement (à tel point que je percute seulement aujourd'hui les accents de Cypress Hill que cache ce coquin de morceau goguenardement cool) : western du Japon féodal, nuit dont la chaleur hantée est due aux incendies vengeurs, shuriken et pognards qui volent bas.
La suite s'enchaîne dans la touffeur magnifique d'une production évoquant aussi bien Dälek qu'un disque Wordsound, ambiance obscure où l'on finirait presque, sans y prendre garde, par ne même plus reconnaître les classiques ambiances polar-soul caractéristiques de "la nébuleuse" cornaquée par RZA - encore rehaussée par le contrepoids qu'y apportent la voix et le ton qui sont ceux de Genius : un peu le Prof' du Wu-Tang, mais pas non plus tout à fait aussi vieux (con de) sage, vieux maître ponti-léni-fiant, qu'on voudrait se le rappeler ; la madrée canaille connaît encore quelques prises brusques dont on sent la m…

Nick Cave & The Bad Seeds : Let Love In

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J'ai une prospension certaine à l'auto-présomption de culpabilité, mais en l'occurrence elle se trompe : je n'ai jamais eu de "période Nick Cave" à proprement parler, dont j'aie pu par la suite vouloir me dédouaner, et mortifier à travers la sarcastique fustigation du chanteur.
Oh, j'ai bien lu Et l'Âne Vit l'Ange, nourri une certaine fascination pour From Her to Eternity, mais avec le temps l'honnêteté commanda que je reconnaisse n'écouter jamais que le morceau-titre et "Saint Huck", de ce type que j'avais connu, moi, par Let Love In. Et dès l'album d'après, j'ai vite dû jeter l'éponge et commencé, après une résilience (vivre avec son temps, surtout ; et ne pas trop user du terme "deuil", à propos de Cave) rapide, à le trouver too much avec constance, passé l'émerveillement obligatoire devant son organe à la découverte. Je ne vous parle même pas de The Birthday Party, qui me font le même ef…

Abyssal : Novit Enim Dominus Qui Sunt Eius

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Une réhabilitation s'impose. Le ci-devant album qui, l'on s'en souvient avec assez de certitude, avait donné à l'époque le sentiment d'un death metal à la sauce tout à fait dans le goût d'alors - i.e. Portal, Mitochondrion et autres thalassothérapies primordiales - tout juste sauvé du statut de générique par le tour de passe-passe gentillet que constituaient quelques rajouts blutausnordiques.
Aujourd'hui que les deux albums de Mitochondrion me tombent des mains, Abyssal se confirme comme le groupe qui, lui, continue de me donner - et pas seulement avec son alchimique et synesthésique dernier album - les sensations supraluminiques qui dans mon souvenir étaient fournies par le premier nommé. Pour ne rien gâter, il ne se contente pas de cela, puisque se dégage de sa musique, intacte une fois encore, une froideur sans égale dans le death metal (non funeral, s'entend) : à l'image de globalement tous les points sur lesquels on peut vouloir comparer Novit…

Oranssi Pazuzu : Mestarin Kynsi

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Frustrant, voilà bien ce qu'est le nouvel Oranssi Pazuzu ; peut-être même plus encore qu'à l'accoutumée.
Ce qu'on attendrait d'eux ? Alors comment dire, le black metal... oh, non pas qu'ils le lâchent, s'en affranchissent totalement : juste que, comme le font de jouissive façon plusieurs entames de morceaux sur Mestarin Kynsi, ils jouent au chat et à la souris avec, l'aguichent, l'allument, le suggèrent, mais jamais n'ouvrent le feu à la mitrailleuse, s'éternisant plutôt dans une étrange techno-vaudou-jazz, gorgée de malignité alcaloïde et qui les fait mériter très convenablement ces teintes de pochettes qui rappellent assez précisément la couleur que l'on sent à son sang dans ses veines, lorsqu'y circule la psilocybine - laquelle, sans conteste sérieuse possible, est bien ce qui inspire ces multiples plages où le cosmos se lape telle la plus désaltérante et limpide des encres ésotériques.
Cette musique-là, mon cochon... Là, j'e…

Neurosis : Given to the Rising

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J'ai honte : j'étais resté, plutôt que sur mes souvenirs du disque ci-contre, sur ceux du discours que j'avais tenu dessus, à sa sortie, de ce que j'y avais projeté comme ressenti ; à savoir, malgré moi, une façon de tourner en positif les mauvais impressions colportées par la majorité des fans supposés, qui trouvèrent alors Neurosis fatigué. Ces fieffés imposteurs qui aimaient non pas Neurosis, mais Times of Grace - les sucrés pleutres !
Force est de se le rappeler, d'un œil moins épidermique en réexaminant Given to the Rising : Neurosis à partir de Times of Grace a commencé à peu ou prou toujours (The Eye of Every Storm, pardon ! voilà qui possède une autre envergure) jouer... du Times of Grace ; ce qui rend certes un peu spécieux de, comme je le fais, rejeter comme un errement et une image fausse de Neurosis cette veine-ci, qui a durablement transformé leur esthétique - mais commande, également, de constater cette pure et minérale vérité :
(accrochez vous à vos…

Crowbar : Time Heals Nothing

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De comment je le vois, et crois le voir admis chez autrui de même, c'est un peu chacun le sien, dans le Crowbar période Todd Strange, alias depuis Crowbar jusqu'à Broken Glass ; et le mien, de préféré comme album de hardcore joué les narines encore brûlantes d'une grosse goulée inspirée à même le réservoir du pick-up - c'est lui : Time Heals Nothing.
Rapport à la pochette, bien sûr, et ce titre hardcore à souhait mais version doom, ça tombe bien Crowbar venait d'inventer le doomcore avec son précédent. Et si tout comme les riffs le son, superlativement huileux et nauséeux, est probablement interchangeable avec celui des deux autres, d'où les prédilections variant selon chacun indiquées en préambule - c'est pour ma part ici que je le trouve juste ce petit cran qu'il faut plus poussé que sur les autres, moins cru que sur Crowbar mais moins poli que sur Broken Glass, et parfaite l'osmose des deux, pour ce résultat incroyable, à la fois voisin de Pante…

Crowbar : Equilibrium

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Et si finalement c'était lui, mon préféré dans la veine "Crowbar direct" ? Le constat est difficile à digérer, pour un idolâtre de longue date du très nauséeux et saturnien Time Heals Nothing, avec son hardcore ultra-plombé qui s'auto-noie dans une baignoire où il a vidé tous les jerricans divers qu'il a pu trouver dans sa remise - mais il s'envisage.
Heureusement, ce n'est, comme souvent, que rhétorique puisque les deux sont rigoureusement indispensables. Equilibrium comporte certes une part de hardcore encore non négligeable comparé au disque suivant, avec Sammy Pierre mais sans Sexy T., à savoir Sonic Excess in its Purest Form, mais de ce dernier à venir et d'Odd Fellows Rest qui le précède, il use également généreusement du même rose, que, tenez ! l'on voit justement sur la pochette ; rose qu'il est le seul à afficher ainsi (faisant que contrairement à celle d'OFR, cette pochette-ci est réussie) et qui, donc, se marie si merveilleusem…

Crowbar : Sonic Excess in its Purest Form

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Oui parce que bon : on est d'humeur à disserter de l'extrême, le viscéralement tel, on ressort les Paradise Lost, Unsane - bientôt Morbid Angel, et With The Dead... On ne pense tout de même pas s'en tirer sans aller dire bonjour à Windstein, pas vrai ? N'est-elle donc pas amusante, cette coquetterie chez Thou, de réfuter vertueusement, voire vitupéreusement, toute accusation d'être un groupe de metal ? Non seulement bien sûr parce qu'ils en jouent, n'en déplaise à leur sludge inclusif - mais surtout lorsqu'on écoute Sonic Excess in its Purest Form.
Et qu'on se rend immédiatement compte, pas uniquement en raison de la présence en entame de "The Lasting Dose", que Thou reprendra, mais encore d'une quantité non négligeable des morceaux le suivant - que Thou vient de là, et qu'on parle de l'album le plus metal (tendance chevaleresque) de Crowbar. Doom metal plutôt que doomcore, voilà Sonic Excess : tout en leads doom death majestu…

Unsane : Blood Run

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"Furie homicide", ai-je dit à propos de Blood Run l'autre jour - et j'ai quasiment coupé l'intégralité de l'herbe sous mon pied.
Que dire d'autre, pour un article à lui dédié ? Qu'il est emblématiquement LE album d'Unsane paru chez Relapse (quand bien même Occupational Hazard l'est également) ? Blood Run est l'album explicite d'Unsane, l'album unilatéralement, pornographiquement méchant, meurtrier. Le modèle - c'est le terme approprié - de l'artwork arbore des tatouages : c'est un disque de hardcore, dude, from NYC ; paru sur le label de Pig Destroyer. Les refrains de "Killing time" et "Make them prey" paraissent faits pour être beuglés en tout confort par des veaux en débardeur dans un pit.
Pourtant, dessous ces caractéristiques et cette théatralité hollywoodiennes, Blood Run est un album d'Unsane tourné par Paul Verhoeven : voilà qui est sans commune mesure avec un Unsane tourné par David Finc…

Unsane : Wreck

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Un confinement, ce tête-à-tête à ne plus savoir où la donner, vous fait faire de ces drôles de choses... D'où il résulte que je suis aujourd'hui en mesure de vous en informer : Wreck n'est pas le pire disque d'Unsane, et ce titre revient toujours bien à Visqueen. Le rapport ? Hé, on n'est pas en train de parler d'albums d'Unsane émoussés et essoufflés ?
On me dira que venant d'un qui notoirement trouve de puissants charmes à Honor Found in Decay, voire davantage qu'à A Sun That Never Sets, cela n'a rien pour étonner. On n'aura pas tort et je renchéris même, au rebond : Visqueen est une sorte d'A Sun, l'oeuvre d'un Unsane fleuri et pomponné. Je ne me rappelle d'ailleurs jamais si c'est sur Ipecac ou Hydra Head, qu'il est paru, ce disque qui coulisse et ronronne comme un moteur de BMW. Mais on s'occupera de son cas un autre jour (en attendant, vous pouvez bûcher en méditant quelques considérations philosophiques bi…

Le Vicaire : Le Vicaire

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Depuis le temps que cela devait arriver, et qu'on l'attendait... Ca y est.
Qui, quoi ? Quant à l'un des auteurs, le nom du projet, qui est son pseudonyme dans l'effectif, et les premières syllabes hurlées par sa voix suffiront à le démasquer, mais "Two-headed project from South of France.You don't need to know anything else. We are Le Vicaire.. the Gauntlet of God." : je vous laisserai donc dans la curiosité (même si le vocable "gantelet" ajoute encore une raison de soupçonner le même individu). Quoi ? Eh ! du black metal, pardi, de la part de ce gars-là !
Celui du Vicaire ressemble, de loin, à celui de Mourir : de par la palette utilisée à la production, quoiqu'on ne parle pas non plus d'une copie du son Sauvé, et de l'iode qu'il a donnée à Animal Bouffe Animal, jugez un peu si cela siérait à un disque s'avançant sous la pochette ci-contre ; et par la musique - subjugantes guitares, avec leur troublante candeur - en forme d…

Pombagira : Maleficia Lamiah

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Soul doom, avais-je dit dans le temps, à l'occasion d'un article qui ne vaut pas la peine d'être exhumé.
Maleficia Lamiah semble provenir d'une région bien particulière du territoire doom metal, à savoir l'immortelle "Eko Eko Azarak" - et dès le début du disque s'en éloigner : s'en évaporer. Maleficia Lamiah se diffuse et s'élève, à la façon dont la vapeur fait d'une tasse de thé brûlant.
Ainsi en reviens-je toujours aux mêmes images, aux simples et pures vérités qu'elles recouvrent, concernant ce disque : la vapeur, d'un thé ou d'un bain brûlants, où tout à la fois elle brouille votre vision et lave votre âme (premier terme de l'article, tout comme du disque) ; et les opiacés, dont Pombagira fait, de la consommation, non un rite sordide d'auto-destruction, mais un art auguste, raffiné, de quinceyen - une aristocratie de... l'âme, une fois encore ; qu'il vous émollie, assouplit, emplit de sérénité comme d'un…

Coffinworm : IV.I.VIII

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Une des observations scientifiques qui corroborent, s'il était besoin, l'intime conviction de l'importance d'Unearthly Trance : au niveau contenu, riche et fertile, et, qui en découle, au niveau influence.
IV.I.VIII prouve par son existence que, parti d'un rip-off d'UxTx tel qu'était le premier Coffinworm (et pas un de la meilleure qualité), l'on a déjà pu bifurquer sur des chemins peu empruntés, des destinations peu connues de l'homme : on parle tout de même, faites excuse, d'une manière de dérivé doom de Suicide Silence et consorts ; quelque chose que l'on peut certes épingler vers les mêmes hauteurs de branchages, dans l'arbre généalogique, que Lord Mantis et Indian, mais qui s'écarte notablement de la sensibilité commune à l'un comme à l'autre.
On parle bien, sans aucun doute, du même degré de décomplexion quant à l'extrémisme sonore, de la même musculeuse décontraction cavernicole au niveau batterie, bref de la même …

Circle of Dead Children : The Genocide Machine

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Tu m'étonnes, que je n'aie jamais pu regarder Circle of Dead Children comme un groupe de grind ou de deathgrind comme les autres : dès les premiers morceaux de The Genocide Machine, a-t-on déjà entendu un album - a fortiori de grind - à la fois aussi sourd option malveillance infra-tellurique, à en titiller Incantation - et acide comme du black metal, école quelque part entre Norvège et Goatwhore, tellement on dirait un essaim de paires de ciseaux qui vous fondent dessus ?
"Known for infusing elements of Death Metal, Doom metal, and electronics into their personalized style of Grindcore", qu'elle dit la fiche Discogs : c'est presque rassurant, dans la mesure où chaque fois avec eux l'on eut du mal à mettre le doigt sur exactement quoi ne tournait pas rond, et en faisait décidément autre chose que la musique, partout ailleurs ou presque inoffensive, qu'ils  sont supposés jouer, en tous les cas chez tous les autres pas supposée comporter cette part... …

Serpentine Path : Serpentine Path

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La musique d'Unearthly Trance est une de celles qui avec le temps se révèlent d'une confondante simplicité : celle qui avec le temps devient de plus en plus difficile à décrire par le langage, et ne vous laisse devant elle comme seul arme que l'émerveillement.
La musique de Serpentine Path ne comporte pas que mathématiquement une copieuse par d'Unearthly Trance : Serpentine Path, c'est un peu Unearthly Trance qui joue du death ; écoutez bien, vous entendrez même par-ci par-là Verni piaffer en plans typiquement new-yorkais - du genre Signorelli avec un pentacle scarifié dans un sourcil, voyez ? Et rien que ça - pour peu bien sûr que vous soyez sensible au charme trouble de la musique d'Unearthly Trance, mais j'ai la faiblesse de présumer que je m'adresse à un auditoire de qualité - c'est déjà merveille à contempler.
A part cela, toutefois, Serpentine Path, c'est aussi, selon le principe du donnant-donnant, Ramesses qui joue du hardcore mauvais à…

Paradise Lost : Faith Divides Us, Death Unites Us

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On l'a lu à peu près partout (pour le lire en mots brillants : par ici, deux pour le même prix), à raison, d'ailleurs : The Plague Within renoua fermement avec l'extrémisme et la mine sinistre des années pré-draconiennes de Paradise Lost ; assez logiquement, du coup, il opéra ce virage en enclenchant le metal, growl majoritaire à l'appui, ce qui en fit, me concernant, le premier Paradise Lost où Holmes n'était pas au premier plan des charmes du disque, ne fût-ce que de façon partagée avec les guitares - mais laissait ces dernières afficher comme jamais toute leur hivernale superbe.
Avant lui, toutefois, il convient de reconnaître que Faith Divides Us, Death Unites Us retrouvait déjà l'humeur des années noires - mais pour sa part, sans avoir besoin du recours à des éléments explicitement et règlementairement extrêmes : la voix claire et les tempos déliés sont bien présents ; pour autant, la palette sévèrement dépressive annoncée sur la pochette est-elle démenti…

Paradise Lost : Draconian Times

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Draconian Times, ou le rouge de la vie qui doucement vient aux joues de la statue sinistre - Icon, pour ceux qui ne suivent pas -, rosir ses traits réprobateurs.
On est un peu moins en terre gothique, davantage au royaume du gothic - et assurément la forme rock s'affirme, compacte, souple. Pour autant, bon sang ne saurait mentir, et les fumets plus farouches flottent encore en maint endroit ; le regard n'est pas perdu dans le lointain que pour faire fondre les minettes, qui commencent ici de s'agglutiner, et tant la part The Almighty que la part Sisters of Mercy, dans le rock à la façon Paradise Lost, tiennent fièrement et hiératiquement leur rang ; même si quant à lui le fameux art propre à Nick Holmes, pour ruiner et passer à la cendre les mélodies qui lui tombent entre les mains, s'efface dans le contre-jour, se réduisant à la couleur aboyée de son chant.
Mais juste comme l'on commençait peut-être de faire des mines entendues, qui disent que tout de même les drô…

Paradise Lost : Icon

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Je suis méchant et injuste avec Metallica : ils n'ont pas sorti qu'un seul bon album (à savoir Kill'em All) après tout.
Non, soyons sérieux : je suis méchant et injuste avec Paradise Lost. Si l'on peut être certain que Nick Holmes a écouté et révéré James Hetfield, et peut-être même que Paradise Lost a écouté Metallica... Il serait de la plus abominable malhonnêteté esthétique de réduire aux mêmes dimensions ce que Metallica... n'a justement pas fait au thrash, en se mettant au metal comme forme musclée de rock, et ce que Paradise Lost fit alors avec le doom, le changeant presque en rock, mais sans, du moins ici, lui retirer rien de son extrémisme - celui de l'humeur, mon pote.
Parce que question plomber l'atmosphère, Icon, c'est pas du radio-friendly, oh non. Je me rappelle la première fois que j'entrai en collision sur MTV avec le clip de "True Belief" à peu près dans les mêmes termes que celle concernant "God of Emptiness", c…

Bosque : Passage

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Article initialement publié sur Slow End le 19/10/2010.


Sec comme un os, sec comme un rêve de kétaminé, sec comme une branche morte, sec comme un hiver nucléaire, sec comme le gosier d'une momie, sec comme la nudité, sec comme un cœur, sec comme le vent, sec comme le désert, sec comme la cendre, sec comme la désolation, sec comme un naufrage, sec comme le froid, sec comme la misère, sec comme la paix, sec comme un gravat, sec à perte de vue, sec à l'infini.

Passage en trois mots : je, vois, blanc

Type O Negative : Life is Killing Me

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Article initialement publié sur Slow End le 11/11/2015.


Type O Negative, ce groupe qui incarne à lui tout seul une composante indispensable de ce qui fit les nineties, leur odeur, leur identité, leur veine ou appelez cela comme vous voulez - leur dangereuse confusion est un peu pompeux mais plus proche de ce que je cherche à attraper - sortait en 2003 un disque qui, s'il n'a pas l'extrême mauvais goût de sonner comme de l'humour, ressemble pourtant à pas loin d'une un peu triste parodie des nineties, ainsi que plus spécifiquement de lui-même. Pour dire à quel point Life is Killing Me paraît à la ramasse du train des nineties (comme s'il s'était brusquement mis dans la tête l'idée ridicule qu'à vivre les siennes propres sur sa planète, il avait loupé la véritable action), on croirait un album nineties de Mötley Crüe - là où par le passé Type O ressemblait épisodiquement au télescopage de Mötley Crüe, Biohazard et Bauhaus.
Ce n'est évidemment pas …

Sink : Ark of Contempt and Anger

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Article initialement publié sur Slow End le 13/05/2016.


Petite frayeur à la découverte du nouveau Sink, juste après avoir lu leurs annonces comme quoi la composition en a commencé lorsque, pendant l'enregistrement du Second Saint Testament, ils se sont dit qu'ils en avaient fini de jouer "cette musique-là". On a bien eu en lisant ces derniers mots, comme une sensation de flottement qui nous a traversé, un vacillement de perplexité : mais de quelle "musique-là" pouvaient-ils bien parler ? Je ne connais pas deux albums de Sink qui jouent à dire vrai la même musique.
Ça doit, sûrement, avoir un sens très précis pour eux, mais peu importe à un pauvre non-créatif, tout ce qui compte pour sa vue étriquée est là : Sink joue toujours du Sink - puisque c'est Sink qui décide qui est Sink, bien sûr, parce que ne jamais jouer la même chose est Sink, bien entendu - mais surtout parce qu'on les reconnaît très bien, les brigands. Même quand ils jouent de l'apo…

Zaum : Eidolon

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Article initialement publié sur Slow End le 31/10/2016.


Propositions pour postuler au titre de réformateur du sacro-doom :

- Réussir à sonner hors cadre metallistique, entre world et rituel genre vrai, alors qu'on utilise les mêmes instruments et riffs que tous les autres candidats, et donner aux effets traditionnels toute la place pour se montrer aussi heavy que n'importe quelle guitare accordée en Sabbath

- Envoyer sinuer subrepticement ses mélopées (lovées sur ladite instrumentation limite Hamonia Mundi), lorsque bien sûr elles ne musardent pas dans le sacré pur et dur, dans tous les interstices et anfractuosités existant entre epic doom rugueux (jusqu'à Matt Pike et Adam Richardson inclus), sacro-funeral portugais (Bosque, plus clairement) et ce petit soupçon subliminal de deathrock bien malade de la new-wave, qui donne toujours le cachet érotique intestable à votre musique, car aussi l'on n'a pas tout à fait perdu cette incomparable capacité à faire toutes chose…

Zaraza : Slavic Blasphemy

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Article initialement publié sur Slow End le 07/10/2013.


Laibach qui ferait du doom-death ? Voire. Laibach jouent une musique terrestre, et souvent médiocre, peu importe, justement, son importance historique et esthétique certaine. Sur ces deux plans primordiaux - qualité et étrangeté - je leur ai toujours préféré Mynox Layh, et c'est bien à leur couinant et grinçant occultisme à eux, que j'associe la bizarrerie lunaire de Zaraza, et de ce monastère anti-atomique enfoui sous le pôle Sud, où l'on débouche après deux morceaux qui proposent un compromis assez convaincant entre Meathook Seed et une foreuse céphalopode géante, et où ils semblent vivre tranquillement leur vie blafarde et poussiéreuse, régentée par les poussives illuminations en provenance des dimensions de basse-fosse. La vie d'êtres qui tiennent autant de l'ours mal réveillé devant son frigo entre deux tranches d'hibernation, que du pholcus rongé par l'anxiété dans son fief derrière la brosse à ch…

L'Esprit : Diamond - Port Mourant - 85%

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La violence ? Non : la sérénité.

Rhum brut d'alambic 85 degrés... Est-ce légal ? Entendons par là : l'alcool à 90 degrés pour les fruits n'est-il pas interdit depuis quelques temps, dans cette douce démocratie qui est la nôtre ? Chut. Z'ont trouvé un moyen de contourner les lois, pépouze. Raaaah glouglou.... ça rince ! L'alambic "Port Mourant" est ce fameux alambic partiellement en bois, datant de Robespierre... une parcelle d'histoire à goûter, en méditant longuement.

Au nez : en s'approchant pas trop, aucune agressivité. Bien sûr si on s'amuse à renifler truffe dans le godet quelques secondes après l'avoir servi, comme l'illuminé que vous lisez, il est certain d'être ramené à un peu d'humilité et de tenue, par une violente effluve. Mais dans ce nez il n'y a rien de brutal. Rien de provocateur. Rien de "high ester". Rien qui envahirait la pièce comme un Hampden ou un Savanna. Non. Juste une espèce d'énorme..…

Michel Couvreur : High Privacy 1998

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De l'avantage d'avoir le bon réseau, à défaut d'avoir le bon trousseau : Michel Couvreur High Privacy. Vingt ans de fût de sherry Pedro Ximenez (1998-2018). Enfin je vous laisse les détails au dos, en HD. Si d'aventure le créateur passait par cette page et tiltait sur le numéro de série : ce noble flacon m'a été tendu tel que vous l'aviez laissé, aux bons soins d'amateurs de jus de raisin fermenté. C'est pourquoi ils me l'ont d'eux-mêmes confié, conscients des blessures qu'ils risquaient de lui infliger. Conscient de ma tâche, quant à moi, je me suis isolé entre quatre murs tel un franciscain, dégustant pour y voir plus clair dans l'obscurité complète, et sans musique, libéré au maximum de toute excitation périphérique des stimuli, pour puiser en son cœur la vérité de votre nectar d'orge et de PX, en extirper quelques images à peu près nettes. Sans prétendre rendre hommage à sa complexité mais en faisant de mon mieux avec mes moyens…